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Changement climatique : À +4 °C, ira-t-on toujours visiter le Roi-Soleil ou Le Louvre ?

Le Jardin des Tuileries. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Le jardin des Tuileries. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Le temps faisait les monuments, le climat les fragilise. Aujourd’hui, pour survivre, châteaux, musées et forêts historiques doivent s’adapter. À l’occasion des Journées nationales de l’architecture, deux rapports invitent à regarder autrement Versailles, le Louvre et Fontainebleau.

Deux publications dressent un constat sans appel sur l’avenir de notre patrimoine face au dérèglement climatique. D’un côté, le rapport Patrimoine en danger : vingt sites face au changement climatique du Réseau Action Climat, une fédération d’associations parmi lesquelles Greenpeace, WWF et France Nature Environnement. De l’autre, une étude du Centre des monuments nationaux, l’établissement public chargé de conserver et d’ouvrir au public une centaine de sites historiques. Quand les défenseurs du climat et les gardiens des vieilles pierres tirent la même sonnette d’alarme, il devient difficile de regarder ailleurs.

La galerie des Glaces bientôt transformée en serre ?

La galerie des Glaces est une merveille. C’est aussi désormais un piège thermique. Orientée plein ouest, elle reçoit chaque après-midi des torrents de soleil par ses dix-sept fenêtres ouvertes sur les jardins. À la chaleur s’ajoute celle des milliers de visiteurs. Résultat : les touristes cuisent, les agents aussi. Pour les collections, ce sont les variations de température et d’humidité qui inquiètent : le bois se déforme, les moisissures prospèrent, les insectes trouvent un terrain favorable.

Pour l’instant, les relevés cités par le Réseau Action Climat ne montrent pas de dégradation spectaculaire des collections. Après tout, ces objets ont déjà survécu à plusieurs siècles d’étés. Mais le véritable enjeu, c’est le demi-siècle qui vient.

À l’extérieur, les dégâts sont déjà visibles. Près de 1 500 arbres sont morts dans le parc après les canicules de l’été, et les essences historiques du domaine dépérissent. Préserver le jardin d’André Le Nôtre pourrait bientôt exiger d’en changer les arbres. Garder le décor, changer les acteurs.

C’est tout le problème de l’adaptation du patrimoine : comment conserver un lieu quand les conditions qui lui ont permis d’exister changent ? Les Journées nationales de l’architecture ont justement pour thème « Réhabiliter : bâtir l’avenir ». Pour un vieux bâtiment, cela signifie aussi apprendre à encaisser la chaleur.

Au Louvre, l’eau monte, la température aussi

Le Louvre connaît déjà les déménagements préventifs. En juin 2016, la crue de la Seine avait forcé l’évacuation de 35 000 œuvres et la fermeture du musée pendant plusieurs jours. Depuis, une partie des collections a pris le chemin de Liévin, près de Lens. Pour protéger le patrimoine parisien, il faut désormais en éloigner une partie.

La Seine débordait bien avant le réchauffement. La chaleur, elle, impose d’autres adaptations. Un palais historique ne se règle pas comme un réfrigérateur, et chaque visiteur y ajoute ses calories. Le Louvre lui-même reconnaît que son bâtiment historique n’est « pas suffisamment adapté au changement climatique ». Pour le public, cela peut se traduire par des horaires modifiés ou des salles inaccessibles. Pour le musée, il faut parvenir à stabiliser le climat autour des œuvres sans faire exploser la consommation d’énergie. Et continuer à accueillir des visiteurs venus parfois de très loin, à une date qu’ils n’ont pas choisie en fonction de la météo parisienne.

Fontainebleau, patrimoine inflammable

Une collection peut être emballée puis déplacée. Une forêt, non. C’est ce que rappelle brutalement Fontainebleau. Cet été, près de 2 000 hectares du massif ont brûlé. La sécheresse et les fortes chaleurs n’ont peut-être pas allumé l’incendie, mais elles lui ont offert un terrain idéal.

Le palais et son parc sont déjà inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Un projet d’extension, inscrit sur la liste indicative française, y associerait la forêt, au nom notamment des artistes qui ont appris à regarder ces paysages.

Or une forêt patrimoniale reste un organisme vivant. L’ONF abat les arbres dangereux, sécurise les chemins, puis observe la régénération. Certains secteurs repousseront seuls, d’autres demanderont un coup de main. Mais une certitude demeure : retrouver un couvert forestier prendra des années. Et personne ne peut garantir que le paysage retrouvé ressemblera à celui qui a disparu.

Pour les promeneurs, les conséquences ont été immédiates : sentiers fermés, accès interdits, itinéraires coupés. Pendant plusieurs semaines, la forêt où l’on venait chercher la fraîcheur est devenue un lieu dont il fallait s’éloigner.

Demain, l’ombre vaudra de l’or

Le scénario retenu par l’État table sur une hausse moyenne de 4 °C en France d’ici à la fin du siècle. Derrière ce chiffre se cachent surtout des vagues de chaleur plus fréquentes, plus longues et plus intenses.

Cela changera aussi notre manière de visiter les monuments. Une sortie culturelle ne dépendra plus seulement de l’intérêt du site, elle dépendra de son ombre. Partir tôt le matin, privilégier le printemps ou l’automne, éviter certaines heures de la journée : ces réflexes pourraient devenir la norme. Car il suffit déjà aujourd’hui d’une file d’attente en plein soleil ou d’un parcours sans abri pour transformer une visite en épreuve.

L’étude du Centre des monuments nationaux souligne une évidence : l’adaptation du patrimoine ne concerne pas seulement les bâtiments, elle concerne aussi ceux qui les fréquentent. À +4 °C, un système de ventilation discret, une fontaine d’eau fraîche ou un banc à l’ombre compteront sans doute autant qu’une façade classée. Le patrimoine ne devra plus seulement être conservé, il devra rester habitable. C’est peut-être le plus grand défi qui l’attend.

Le jardin du Carrousel prolonge les jardin des Tuileries. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Le jardin du Carrousel prolonge le jardin des Tuileries. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

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