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Désolé Nanterre mais Lutèce est bien née à Paris : on a trouvé son berceau Ile de la Cité

Chantier de fouilles du mur gaulois de l'APHP. Photo Anastasia Choquet DRAC IDF
Chantier de fouilles du mur gaulois de l’APHP. Photo Anastasia Choquet DRAC IDF

On creusait le sous-sol pour transformer l’Hôtel-Dieu en hôtel de luxe. Et l'inattendu : sous la cour, un mur gaulois, et sans doute le berceau de Paris. Notre reporter John Laurenson est descendu voir ces quelques pierres, et l’événement qu’elles racontent.

Je suis descendu à 3 mètres sous la cour de l’Hôtel-Dieu

Dans une cour de l’hôpital transformée en site archéologique, je descends à l’aide d’une échelle trois mètres au-dessous du niveau du sol. Tout autour, des hommes et des femmes portant casque sur la tête creusent délicatement. Leur pêche miraculeuse dans la terre de l’Île de la Cité a donné un cadeau superbe et je vais le voir, le toucher même. On retire une bâche en plastique noire et le voilà : le mur gaulois.

Il n’est pas – disons-le tout de suite – très impressionnant à première vue. En tout, on a découvert une vingtaine de mètres de mur, mais là ce n’est qu’un petit bout. En pierres calcaires de taille très différente. Il ne fait même pas un mètre de haut. Ce n’est donc pas le tombeau de Toutânkhamon. Le trésor de ces pierres-là est en ce qu’elles racontent.

« En 2000 ans, on n’a jamais rien trouvé de gaulois à Paris. »

Quand ils ont commencé à le déterrer, les archéologues avaient pensé d’abord à une construction de l’Antiquité ou du Moyen Âge. Mais quand on le regarde de plus près, il y a quelque chose d’inattendu : une strate de bois carbonisé entre les pierres. Quand ils ont vu ça, ils sont tombés des nues. Personne ne construit comme ça. Personne sauf les Gaulois.

Mais même là, ils n’ont pas osé le croire, raconte Julien Avinain, chef du pôle archéologique de la Ville de Paris. « Pour moi, le vrai moment d’émotion, c’est quand on a fait venir des experts de toute la France. Après la visite sur le chantier, on s’est réunis dans une salle et le tour de table a été unanime : c’était bien un mur de fortification gauloise. C’est-à-dire qu’on a un truc de dingue ! » s’exclame-t-il.

« En 2000 ans, on n’a jamais rien trouvé de gaulois à Paris. De temps en temps des monnaies, de temps en temps des armes dans la Seine. Mais rien de construit, rien qui permettrait de dire qu’ils se sont installés de façon durable », explique-t-il.

Le récit de César reprend forme

Ce qui est merveilleux aussi avec cet humble mur gaulois, c’est qu’il correspond au récit de la bataille de Lutèce en 52 avant J.-C., que raconte Jules César dans La Guerre des Gaules, avec toute la précision topographique du général des armées qu’il était. Julien Avinain nous explique : « La bataille décisive se passe sur l’île de Lutèce. C’est la première fois qu’on a la mention de ce nom. César décrit les manœuvres : il change de rive pour assiéger l’île (maintenant l’île de la Cité, NDLR)… » César raconte aussi comment ça s’est terminé. Les Gaulois renoncent à défendre cette ville fortifiée de Lutèce. Ils partent. Et en partant, ils mettent le feu. C’est la politique de la terre brûlée. Pour que l’ennemi, en gagnant, gagne un tas de cendres.

Le bois du petit mur gaulois est carbonisé. Est-ce dans l’incendie allumé par les Gaulois eux-mêmes qu’il a brûlé ? Les traces de feu sont compatibles avec le récit de César, mais ne permettent pas encore de dater l’incendie de 52 avant notre ère. Il est permis de le croire.

Bientôt démonté, peut-être exposé dans un musée. 

Le passé du mur gaulois, on le connaît donc un peu, son avenir aussi. Il ne restera pas là. Il sera démantelé et reconstruit dans un musée. Peut-être Carnavalet, celui de l’histoire de Paris. Où on va pouvoir désormais avancer avec (quasi) certitude que Paris s’est construit sur les traces de Lutèce et que nos ancêtres à nous les Parisiens étaient bel et bien les Gaulois. Bref, que Paris est bien née à Paris.

Chantier de fouilles du mur gaulois de l'APHP. Photo Anastasia Choquet DRAC IDF
Chantier de fouilles du mur gaulois de l’APHP. Photo Anastasia Choquet DRAC IDF
Chantier de fouilles du mur gaulois de l'APHP. Photo Anastasia Choquet DRAC IDF
Chantier de fouilles du mur gaulois de l’APHP. Photo Anastasia Choquet DRAC IDF

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