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À Massy, on a poussé la porte des futures réserves du Centre Pompidou

Le centre Pompidou francilien. Photo Sergio Grazia
Le centre Pompidou francilien. Photo Sergio Grazia

Le Centre Pompidou va transférer à Massy les 150 000 œuvres de sa collection, aujourd’hui réparties dans huit sites de stockage. Nous avons visité en avant-première le bâtiment qui les accueillera : un lieu de conservation et de travail, mais aussi un espace d’exposition pensé pour raconter les coulisses de la collection.

Le coffre-fort et ses deux visages

La visite commence dans un grand hall vitré, face à un long comptoir en bois. À l’étage, le plateau d’exposition est encore vide : sol en béton brut, grands piliers, une salle immense. Au fond, une porte de deux tonnes marque la frontière entre les espaces accessibles et les réserves. Elle s’ouvre sur 13 000 mètres carrés de stockage et près de 4 000 mètres carrés d’ateliers.

À Massy, en Essonne, le Centre Pompidou Francilien – fabrique de l’art, c’est son nom, s’étire sur 155 mètres de long et s’élève à 27 mètres de haut. Conçu par l’architecte Philippe Chiambaretta, le bâtiment doit accueillir les 150 000 œuvres aujourd’hui réparties dans huit sites au nord de Paris. Le déménagement commencera dans quelques semaines et durera près de deux ans. Il mobilisera l’équivalent de 695 semi-remorques. Le lieu aura « deux visages, tel Janus », résume Alexia Fabre, sa directrice : celui du « coffre-fort », consacré à la conservation, et celui des espaces de rencontre avec le public. « C’est un projet inédit qui permettra de transmettre et d’expliquer ce qui se passe en coulisse avec la collection, et ainsi de partager », ajoute-t-elle.

Le centre Pompidou francilien. Photo Sergio Grazia
Le centre Pompidou francilien. Photo Sergio Grazia

Quatre quais pour accueillir les œuvres

Derrière la porte, les camions pourront se garer le « cul contre » quatre quais de déchargement. Les caisses rejoindront une zone de transit, puis les salles de déballage ou d’emballage. Elles seront fabriquées sur place, dans un atelier de menuiserie, comme les cadres. Avant de rejoindre les réserves, chaque œuvre passe par la salle de constat. Elle y est examinée. Si les équipes repèrent des champignons ou des insectes, elle peut être dirigée vers la salle d’anoxie, un espace étanche où l’oxygène est remplacé par de l’azote pour éliminer les parasites, ou vers une salle de quarantaine. Les œuvres abîmées partent en restauration.

« Tout est pensé pour le flux, la marche en avant », précise Raphaëlle Baume, cheffe du service de la régie des œuvres. Le parcours est conçu pour que les œuvres avancent d’une étape à l’autre, sans croiser les flux.

Les œuvres les plus lourdes et les plus grandes seront installées au rez-de-chaussée, dans des travées mobiles et électrifiées. Elles pourront accueillir des formats allant jusqu’à sept mètres de haut. Les films et les photographies couleur, particulièrement fragiles, auront une chambre à part, maintenue entre 5 et 7 °C.

Le Centre Pompidou prête plus de 6 000 œuvres par an, ce qui en fait le plus gros prêteur au monde, loin devant le Metropolitan Museum de New York. Le nouveau site doit faciliter ce travail : les œuvres pourront être retrouvées, préparées et examinées dans de meilleures conditions. « C’est l’infrastructure qui manquait à notre institution », explique Xavier Rey, directeur du Musée national d’art moderne du Centre Pompidou. « Nous allons retrouver le contact avec l’ensemble des œuvres des collections. »

Le centre Pompidou francilien. Photo Sergio Grazia
Le centre Pompidou francilien. Photo Sergio Grazia

Sortir les œuvres de leurs caisses

Une salle sera consacrée au montage à blanc : les œuvres pourront y être sorties de leur caisse et assemblées avec soin, avant d’être exposées. Juste à côté, la salle dite « d’aller voir » permettra à un commissaire ou à un conservateur de les découvrir dans des conditions réelles. Ces espaces changent la manière de travailler avec les collections. Une œuvre ne sera pas seulement stockée avant son prochain prêt ou sa prochaine exposition : elle pourra être examinée sur place, rapprochée d’autres pièces et préparée sans quitter le bâtiment.

Dans les ateliers de restauration, une trompe d’extraction et une sorbonne permettent de manipuler les solvants en sécurité. Une armoire vitrée et ventilée est également prévue : on y passe les mains pour mélanger les produits. Deux laboratoires complètent les équipements, l’un consacré à l’imagerie, l’autre à l’analyse physico-chimique. Ils permettront d’observer les œuvres et leurs matériaux avec des outils adaptés.

Beaubourg en filigrane

Le Centre Pompidou de Paris vient d’être classé monument historique. À Massy, son héritage se retrouve jusque dans le code couleur des portes, inspiré de celui imaginé par Renzo Piano et Richard Rogers : vert pour les ateliers de restauration, rouge pour les réserves, jaune pour la logistique.

La grande salle des machines, chargée de la ventilation et du maintien des températures, rappelle elle aussi les tuyaux de Beaubourg. Et dehors, le projet a été modifié pour préserver le parc voisin : « Nous avons reculé la façade de sept ou huit mètres par rapport à ce qui était prévu pour ne pas couper d’arbres », assure Philippe Chiambaretta.

« Un outil pareil, un tel édifice à trente minutes de Paris, c’est extraordinaire », estime Laurent Le Bon, président du Centre Pompidou. Derrière les portes de Massy, les collections auront désormais un lieu où être conservées, étudiées et préparées avant de repartir vers les musées.

Le centre Pompidou francilien. Photo Sergio Grazia
Le centre Pompidou francilien. Photo Sergio Grazia
Le centre Pompidou francilien. Photo Sergio Grazia
Le centre Pompidou francilien. Photo Sergio Grazia

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