Culture
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Le XVIIe siècle n’était pas si cul-serré, la preuve au futur musée de Saint-Cloud

Vue aérienne du chantier de Saint-Cloud. Photo CD92
Vue aérienne du chantier de Saint-Cloud. Photo CD92

En 2028 s’ouvrira à Saint-Cloud un nouveau musée : le musée du Grand Siècle. Consacré à la civilisation du XVIIe siècle, celui de La Fontaine, Molière, Louis XIV et Le Nôtre, il entend aussi montrer que l’époque était moins guindée qu’on ne l’imagine. Comme petit aperçu, quelques œuvres du futur musée ont été exposées ces derniers jours au salon Fine Arts Paris au Grand Palais. On y est allé.

Le moment de sortir son mouchoir en soie jaune

Un vendredi après-midi ensoleillé, je me trouve devant le Grand Palais, dans l’ombre des platanes, derrière un panneau marqué « VIP et presse ». C’est Fine Arts Paris. À prononcer à l’anglaise, of course. C’est le salon où les marchands d’art courtisent les gens susceptibles d’acheter un petit Renoir pour leur chalet de Courchevel. C’est une avant-première pour les beautiful people… et les journalistes. Deviner qui est l’un et qui est l’autre est tellement facile que ce n’est même pas du jeu. Même moi, qui ai fait un effort en mettant une vraie chemise achetée à Monoprix il n’y a pas plus longtemps que l’année dernière, n’entretiens pas, je le crains, beaucoup de doute.

Distinguer les galeristes des VIP est plus difficile, je le constate en rentrant sous la verrière, parce que les premiers sont extrêmement élégants aussi. Mais ils ont le chic discret alors que les collectionneurs fortunés affectionnent les touches flamboyantes. Fine Arts Paris, c’est the moment pour porter un mouchoir en soie jaune dans sa poche poitrine.

Un Vuillard sur le chemin

Je me fraye un chemin entre les stands vers celui du musée mais une petite huile de Vuillard m’arrête en route. Elle n’est pas excessivement belle, mais quand même, c’est un Vuillard. On peut donc venir ici et, un coup de carte bleue plus tard, sortir avec un tableau d’un des plus grands peintres du XIXe siècle. Happé par le Vuillard, je commence à rentrer un peu dans les stands pour regarder ce qui est accroché aux murs. Je vois des tableaux de Pissarro et de Picasso, une statuette de Camille Claudel… Les prix ne sont pas affichés. Peut-être que ça prendrait trop de place.

Le stand du futur musée du Grand Siècle, lui, n’a rien à vendre. Sur ses murs, quelques-unes des dernières acquisitions du grand collectionneur Pierre Rosenberg, ancien président-directeur du Louvre. Le don de son énorme collection est la raison d’être du futur musée qui s’ouvrira dans une ancienne caserne du XIXe siècle dans deux ans. Les quelques œuvres exposées ici en sont un avant-goût.

Laurent de LA HYRE, Allégorie du bon gouvernement, huile sur toile, vers 1652. Photo Willy LABRE, CD92
Laurent de La Hyre, Allégorie du bon gouvernement, huile sur toile, vers 1652. Photo Willy Labre, CD92

Mon petit problème avec le XVIIe siècle

Je m’arrête devant la première, Allégorie du bon gouvernement. J’avoue avoir un petit problème avec la peinture française du XVIIe siècle. C’est le siècle de Versailles, de Molière et de la Comédie-Française, mais la peinture peut s’embourber un peu dans la mythologie grecque, la peinture religieuse et les personnages en toge représentant la Vérité, la Justice, etc. Et puis on peut avoir l’impression d’un art sous contrôle.

« En France, l’art est très politique. Le roi, la Cour jouent un rôle très fort, appuient sur les choses, sur l’architecture, sur le décor, etc. » Et il y a « cette image convenue, officielle, académique », concède Alexandre Gady, professeur d’histoire de l’art à la Sorbonne, spécialiste du XVIIe et directeur de la préfiguration du musée du Grand Siècle. « Mais c’est faux ! », plaide-t-il.

« Au XVIIe, on voit se développer le portrait et le dessin ; on voit se développer la peinture de paysages très poétiques et, au XVIIe, on s’amuse, il y a une sensualité… En fait, ce n’est pas du tout une époque formelle, cul-serrée, comme on dirait vulgairement aujourd’hui. Sur le stand, par exemple, on a mis des natures mortes gorgées de soleil, des fruits, des grands effets de décoration qu’on aimait, pour le plaisir. »

Le Grand Siècle n’était pas si cul-serré

La sculpture aussi occupe une place importante au Grand Siècle. Les sculpteurs comme Jacques Sarrazin, dont on voit le travail ici, ont pu aller étudier la statuaire à Rome. Sur le stand : un buste de sainte Anne, la mère de Marie, saisissant dans sa représentation humaine et vraie, avec son âge mûr et ses traits durs.

Et pour le « paysage très poétique » dont parlait Alexandre Gady, il y a un bel exemple ici : Paysage idéal avec ruines de Pierre Patel. « Il y a une douceur. On peut rester devant ce tableau, méditer, rentrer dedans lentement. On n’est pas séduit par une espèce de coup. Il n’y a pas un personnage important. Il ne se passe rien. Ce sont des paysans avec des vaches, des moutons et ils sont au milieu de ruines qui nous montrent évidemment que le temps passe et que tout va passer. Mais en même temps, cette lumière poétique, cette manière de mettre en scène le lointain avec plusieurs plans jusqu’à la brume, c’est vraiment très émouvant », dit-il.

Je quitte le stand. Il fait chaud. On me met un verre de jus de pêche de vigne dans la main. C’est sympathique. Puis je n’arrive pas à trouver un endroit où poser le verre vide. Ça commence à ressembler à du Mister Bean. Par ailleurs, il est assez convaincant sur l’art du Grand Siècle, Monsieur Gady, n’est-ce pas ? Voilà mon petit problème avec le XVIIe résolu. Si je pouvais juste trouver un endroit où poser mon verre…

Infos pratiques : musée du Grand Siècle, ancienne caserne Sully, 10 CD907, Saint-Cloud (92). Ouverture prévue au printemps 2028. Plus d’infos sur batiment.fayat.com

Pavillon de préfiguration. Photo Willy Labre
Pavillon de préfiguration. Photo Willy Labre