
La 48e édition du Festival international de films de femmes de Créteil, prévue du 4 au 12 mars à la Maison des arts et de la culture, n’aura pas lieu. Pas d’annonce, pas de communiqué. C’est Le Parisien qui révèle l’affaire : des subventions départementales supprimées, une situation financière critique. Le FIFF, l'un des plus anciens festivals de cinéma féministe au monde, se bat pour survivre.
Il y a deux ans, nous rencontrions Jackie Buet pour les 45 ans de son festival. Elle nous disait qu’en 1979, les fondatrices imaginaient que ça durerait « cinq ou six ans. Le temps d’agiter le milieu du cinéma. » Ça a duré 47 ans. Et ça risque de s’arrêter en catimini en 2026 : A quelques jours de la date prévue, la 48e édition est suspendue, sans qu’une date de report soit connue.
Né à Sceaux, grandi à Créteil
Le Festival naît en 1979 d’un constat simple : les femmes réalisent des films partout dans le monde, et ces films n’existent nulle part. On connaît Wim Wenders, pas Margarethe von Trotta. Jackie Buet et Elisabeth Tréhard, qui se sont rencontrées dans les luttes féministes des années 70, créent un festival qui n’est pas « sur » les femmes mais « par » les femmes — « ce qui permet de brasser toutes les thématiques possibles », nous disait Jackie Buet. En 1985, après sept éditions au Gémeaux de Sceaux, il prend ses quartiers à la Maison des arts et de la culture (MAC) de Créteil. Une salle de banlieue, un public qui n’est pas celui des Cahiers du Cinéma. L’évidence même.
Les grandes heures
Le Festival s’installe dans le paysage, devient un acronyme (FIFF) et programme année après année celles que personne d’autre ne programme. Il révèle aux Français Kira Muratova, réalisatrice ukrainienne censurée en URSS, à Gilles Jacob — qui la sélectionne pour Cannes dans la foulée. Il donne un espace à Monika Treut quand le cinéma queer n’en a aucun en France. Et toutes les cinéastes viennent, de Jeanne Moreau à Justine Triet.
Ce qu’il construit aussi, c’est un public. Jackie Buet les appelait ses « cinéfilles » — « parce que ce n’est pas rien de se sentir reconnue. » Elle parlait du public féminin de banlieue, d’une banlieue populaire. Avec 30.000 spectateurs par édition. En 2022, Virginie Despentes consacre au FIFF une page entière de compliments dans Cher connard. Ça vaut tous les bilans.
Le festival d’une génération ?
On pourrait le croire. Le cinéma queer a ses propres festivals aujourd’hui. Les réalisatrices que le FIFF programmait en exclusivité circulent autrement, Cannes a un peu bougé. La génération qui faisait le voyage jusqu’à Créteil pour un film ukrainien suivi d’un débat a peut-être vieilli. Mais Jackie Buet nous mettait en garde, il y a deux ans : « Au bout de 45 ans, on constate que les institutions sont dures à faire bouger. Prenons l’exemple de Cannes : seules deux femmes ont obtenu la Palme d’or. » #MeToo avait accéléré les choses, les portes s’étaient entrouvertes — mais « les femmes ne bénéficient toujours pas des mêmes budgets que les hommes pour réaliser leurs films.» Le festival n’avait pas fini son travail. Il s’arrête quand même.
La MAC fête ses 50 ans. Le FIFF s’éteint ?
En mars 2026, la Maison des arts fête son demi-siècle. C’est au moment précis de cet anniversaire que le festival qui habitait ses murs depuis quarante ans se retrouve en suspens. Selon Le Parisien, la 48e édition serait seulement reportée, pas annulée. Jackie Buet chercherait des financements privés, notamment du côté de Xavier Niel, cristolien d’origine et propriétaire de l’US Créteil depuis l’an passé. Un mécène privé à la place d’un département qui finançait le festival depuis des décennies : un signe de l’air du temps ?
28 février 2026 - Créteil