
Pékin, La Havane, Dubaï, São Paulo… et Boissy-le-Châtel. Daniel Buren aux verrières, Ai Weiwei dans la cour, Pascale Marthine Tayou dans toutes les mémoires. L'une des plus puissantes galeries d'art contemporain au monde vient de fêter ses 20 ans de présence en pleine campagne briarde, à une heure de Paris par la ligne P. Et c'est gratuit toute l'année.
On a fait le pari d’y aller à pied. Descendre à la gare de Coulommiers, terminus de la ligne P depuis la gare de l’Est, et marcher quelques kilomètres par les chemins jusqu’à Boissy-le-Châtel. On peut prendre l’autocar gratuit que la galerie affrète au départ de Paris à chaque vernissage, ou le vélo à la sortie du train. Mais à pied, on comprend mieux pourquoi l’une des plus grandes galeries d’art contemporain au monde avec des antennes à Pékin, La Havane, São Paulo, Dubaï, Rome, Paris et San Gimignano, s’est installée là, dans un vallon de la plaine briarde.
Ce n’est pas pour le fromage, c’est pour les volumes. Fondée en 1990 à San Gimignano par trois amis – Mario Cristiani, Lorenzo Fiaschi et Maurizio Rigillo – dans un ancien cinéma, la Galleria Continua a fait de l’implantation dans des lieux atypiques sa signature. D’abord à Pékin en 2004 dans une ancienne usine d’armement. Puis, en 2007, Les Moulins s’installent en pleine campagne francilienne pour accueillir des créations à grande échelle. Une ancienne papeterie de 10 000 mètres carrés à Boissy-le-Châtel a fait l’affaire. Trois ans plus tard, la galerie rachète l’ancienne papeterie de Sainte-Marie, à un kilomètre du Moulin de Boissy. Quinze hectares au total, et 40 000 mètres carrés consacrés à l’exposition en pleine nature.
Des verrières Buren, des totems Ai Weiwei
On arrive par la route. Le bâtiment est moderne, constitué d’une ancienne usine aux verrières recomposées en damiers de jaune, bleu, rose et vert. Oui, ce sont des Buren : Comme un jeu d’enfant, travail in situ installé en 2014 et reconduit jusqu’en 2026, qui prend toute la lumière de la cour intérieure et la rejoue en mosaïques translucides sur les façades.
Passé le patio et sa passerelle de bois qui traverse un parterre de lierre, on entre dans un dédale. Les pièces sont étroites dans la partie XVIIIe du moulin, mais elles deviennent monumentales dans l’ancien atelier de moulage plastique accolé au bâtiment historique. Dans la cour, des totems de porcelaine empilée – vases bleu et blanc, motifs floraux chinois – s’élèvent vers le ciel briard. Du Ai Weiwei.
À l’été 2025, Les Moulins inauguraient « Tchâm : Confidences », vaste rétrospective consacrée à Pascale Marthine Tayou pour les 25 ans de complicité entre l’artiste belgo-camerounais et la galerie. On y admire un vase de verre soufflé prisonnier d’un nid de branches mortes, un mur entier disparaissant sous des centaines de calebasses sombres et une tornade de déchets agglomérés tombant du plafond comme un astéroïde domestique. Plus de cent œuvres sont ainsi déployées sur les 10 000 m² du Moulin de Boissy. L’exposition devait se clore en décembre, elle a été prolongée jusqu’au printemps 2026 en raison de son ampleur et de l’écho qu’elle a reçu. Entretemps, Tayou recevait le Grand Prix de sculpture de l’académie des Beaux-Arts. Elle vient juste d’être démontée pour laisser place à l’exposition des 20 ans. C’est ce que produit ce lieu, au rythme des saisons : des œuvres qui n’auraient leur place nulle part ailleurs en Île-de-France.
Et surtout, à chaque visite, des médiateurs accompagnent les visiteurs dans les salles, gratuitement. Ils racontent les œuvres, les artistes, les techniques, les anecdotes, ce qui change absolument tout parce qu’on n’est pas obligé d’être bilingue en art contemporain pour y trouver son compte. C’est tout sauf l’entre-soi des galeries parisiennes. Il y a du monde, mais pas trop. On peut discuter, traîner, s’asseoir, on peut revenir sur une pièce sans qu’on vous regarde de travers. On peut jouir de l’endroit.
Et il y a la rivière : celle qui alimentait autrefois le moulin longe les ateliers. L’équipe de la galerie y a installé des terrasses en bois avec des transats. On peut s’y asseoir.

La journée des 20 ans, le 31 mai c’était archi complet. Mais il reste tout l’été
Au Moulin de Boissy, l’exposition collective « Les 20 ans des Moulins » rassemble les œuvres emblématiques de l’histoire de la galerie et des pièces présentées pour la première fois dans ces espaces. Elle sera visible bien au-delà de la journée anniversaire du 31 mai. Daniel Buren, lui, est là toute l’année avec Comme un jeu d’enfant. Au Moulin de Sainte-Marie, When Walls Become Doors (commissariat Leo Orta) court jusqu’au 12 juillet : Leila Alaoui, Yoan Capote, Leandro Erlich, Carlos Garaicoa, Subodh Gupta, Jorge Macchi, Pascale Marthine Tayou, Nari Ward, Sislej Xhafa. Au Studio Orta, For Want of a Nail, the Golden Shoe was Lost (commissariat Inès Carrazé et Emily Orta), une exposition de céramique qui convoque l’univers des contes populaires entre réalisme magique et zones de trouble, reste accrochée jusqu’au 5 juillet.
Et tout ça, gratuitement.
Infos pratiques : Galleria Continua / Les Moulins, 46, rue de la Ferté Gaucher, Boissy-le-Châtel (77). Ouvert du mercredi au dimanche de 12 h à 18 h. Visites guidées gratuites, réservation conseillée par téléphone (01 64 20 39 50) ou par e-mail : publics@galleriacontinua.fr.
Accès : gare de Coulommiers (ligne P), puis 8 km à pied (tracé ici) ou à vélo jusqu’à Boissy-le-Châtel. Bus possible de Coulommiers direction La Ferté-Gaucher, arrêt Chailly – Boissy-le-Châtel. Autocar gratuit affrété par la galerie à chaque vernissage (réservation obligatoire). En voiture : environ une heure depuis Paris par l’A4.





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4 juin 2026 - Boissy-le-Châtel