Culture
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Cremonini, le peintre qui passe de l’ombre à la lumière à Versailles

On l'avait perdu de vue. Leonardo Cremonini (1925-2010), figure majeure de la peinture figurative de l'après-guerre européen, n'avait pas eu droit à une grande rétrospective en France depuis plus de quarante ans. Versailles répare l'oubli avec "Le regard en miroir", et plus d'une centaine d'œuvres déployées sur deux sites emblématiques de la ville, jusqu'à l'automne.

Italien installé à Paris en 1951, repéré dès ses débuts par la grande collectionneuse Peggy Guggenheim, ami de Francis Bacon, salué par Italo Calvino et Umberto Eco, Cremonini fut de son vivant adoré par les élites intellectuelles et artistiques européennes. Et pourtant il peint des plages qui ne sont jamais des plages, des espaces plus vides qu’ouverts. Tout est en place : les miroirs, les portes entrouvertes, les fenêtres qui donnent sur autre chose ; et pourtant quelque chose cloche, fait tiquer. Voire dérange. Un enfant joue, un adulte regarde ailleurs, une cabine se démonte. On reste devant la toile à se demander ce qui se passe. Sans angoisse, mais sans confort. On est comme devant un théâtre vide, spectateur engagé malgré lui. Mais en douceur, en finesse.

Régis Debray résume : « Les divertissements passent, les avertissements restent. Cremonini restera. » À aller vérifier sur place — et plutôt deux fois qu’une, puisque l’exposition se déploie en parcours. À l’espace Richaud, ancien hôpital royal du XVIIIe siècle dont la chapelle néoclassique fait toujours office d’écrin aux grands formats, on suit soixante ans de carrière dans les scènes balnéaires monumentales. À dix minutes à pied, le musée Lambinet, hôtel particulier édifié en 1751 pour un entrepreneur des bâtiments de Louis XV et devenu musée d’art et d’histoire de la ville, accueille le registre intime : dessins, aquarelles, petits formats, mis en dialogue avec le Portrait de Madame Lambinet ou la Marine de Bonington. À la rentrée, le Carré à la Farine prolongera l’héritage avec cinq « disciples » passés par l’atelier de Cremonini aux Beaux-Arts de Paris.

Infos pratiques : « Leonardo Cremonini. Le regard en miroir », exposition à l’espace Richaud (78, boulevard de la Reine) jusqu’au 4 octobre 2026 et au musée Lambinet (54, boulevard de la Reine) jusqu’au 20 septembre 2026, Versailles (78). Ouverts du mercredi au vendredi de 12 h à 19 h, samedi et dimanche de 10 h à 19 h. Fermé les lundis, mardis et jours fériés. Tarifs : 7 € (plein tarif), 5 € (tarif réduit), billet couplé pour les deux sites 9,50 €, gratuit pour les moins de 26 ans.

Prolongement à la rentrée : exposition des « disciples » de Cremonini au Carré à la Farine, du 28 septembre au 11 octobre 2026 (à confirmer). Accès : gare de Versailles Rive Droite (Transilien ligne L). Plus d’infos et réservations sur versailles.fr.

Leonardo Cremonini. DR
Leonardo Cremonini. DR
Leonardo Cremonini. DR
Leonardo Cremonini. DR

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