
Le Festival international de jardins ouvre ses portes le 22 mai dans les hortillonnages d’Amiens, à une heure de la gare du Nord. La lecture du programme nous a donné envie de raconter le lieu avant les œuvres, parce que l’histoire de ce marais de 300 hectares survivant au cœur d’une agglomération est déjà, en soi, une bonne raison de prendre le train.
À 1 h 02 de Paris Gare du Nord (train direct, pas de changement), Amiens commence fort. En sortant de la gare, la tour Perret vous tombe dessus : cent dix mètres de béton brut, l’un des premiers gratte-ciel d’Europe, planté là comme un phare sans mer au milieu de la plaine picarde. On n’est pas préparé. On reprend ses esprits, et on suit. À 300 mètres de la gare, on rejoint le chemin de halage des bords de la Somme. De là, à pied ou à vélo, on longe l’eau jusqu’aux hortillonnages. Le temps de comprendre où on est, on y est déjà.
Les hortillonnages, ou plutôt ce qu’il en reste. Autrefois s’étendaient 1 500 hectares de jardins maraîchers taillés dans le marais, découpés par des canaux que les hortillons parcouraient en barques à fond plat pour aller cultiver leurs parcelles. Il en reste 300 hectares, enserrés dans l’agglomération, grignotés par un siècle d’urbanisation et de voies ferrées. Les derniers vrais hortillons se comptent sur les doigts d’une main. Les parcelles ont largement évolué, transformées en jardins d’agrément populaires, résidences secondaires ou chambres d’hôtes le long du chemin de halage, mais le lieu conserve une mixité sociale rare pour un espace naturel périurbain.
Un archipel d’art et de nature
C’est là que le festival a eu l’intelligence de s’installer en 2010. Ce n’est pas que l’art en milieu naturel était alors inexploré : Chaumont avait ouvert la voie dès 1992, le land art bien avant. Mais installer une création vivante, permanente, qui se sédimente année après année dans un site écologique fragile et habité était un pari d’une autre nature. Des paysagistes, des plasticiens, des architectes ont investi les parcelles, travaillé avec le site, sa fragilité, son eau, sa mémoire maraîchère : les marais deviennent balade, musée et lieu de création.
A chaque édition, de nouvelles œuvres rejoignent les plus anciennes : une partie vieillit avec le site. On dirait que le festival sédimente. On se retrouve ainsi à naviguer en petit bateau électrique (à louer sur place, pas besoin de permis) dans un archipel artistique qui s’est constitué depuis quinze ans, où les créations de 2010 coexistent avec celles de 2026, comme les couches du marais lui-même. La 17e édition propose cette année 49 installations au total, dont 12 nouvelles, sélectionnées parmi 218 candidatures venues de 22 pays. On vous reparlera bientôt de nos coups de cœur 2026.
Infos pratiques : 17e édition du Festival international de jardins des hortillonnages d’Amiens, du 22 mai au 11 octobre 2026. Deux parcours : en barque électrique sur l’étang de Clermont (Camon), à pied sur l’Île aux Fagots (Amiens). Le parcours à pied est gratuit et en accès libre. La barque est en autonomie, durée 2 h 30 max. À partir de 28 € pour 1 ou 2 personnes, réservation conseillée sur artetjardins-hdf.com. Ouverture : du mercredi au dimanche (mai-juin, sept-oct) / du mardi au dimanche (juillet-août). Fermé les 25 mai, 14 juillet et 15 août 2026. Accès : Paris Gare du Nord – Amiens direct en TER, 1 h 02. Le chemin de halage des bords de la Somme est à 300 mètres de la gare. Location de vélos sur place.



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6 mai 2026 - Amiens