
Le 6 juin 2026, six lieux d'art contemporain s'allient pour une Nuit blanche métropolitaine inédite, des Magasins Généraux de Pantin à La Galerie de Noisy-le-Sec. Mode d'emploi d'une nuit à vivre à pied, et raisons supplémentaires d'arpenter un canal devenu en quelques saisons l'une des grandes promenades culturelles du Grand Paris.
En partenariat avec la Métropole du Grand Paris
Il existe deux écoles pour faire Nuit blanche. La première consiste à essayer d’entrer dans un musée parisien à 22 h, à lâcher l’affaire à 22 h 17 parce que la file n’a pas bougé d’un centimètre. La seconde consiste à marcher, longer un canal, pousser des portes qu’on ne pousse jamais. C’est cette seconde école que nous vous proposons avec un randonnée de quelques kilomètres pour découvrir six lieux au fil de l’eau et de l’art. Le tout sous un thème imposé : l’amour. À prendre comme on voudra. Voici votre carnet de route.
Le parc de la Villette
Commencez par le commencement : le parc de la Villette. C’est ici, dans le bassin de la Villette, que naît le canal de l’Ourcq. Et que la promenade prend tout son sens si vous arrivez en avance, disons en fin d’après-midi, avant que la nuit ne tombe vraiment. Profitez-en pour faire un détour par la nouvelle extension du parc, ouverte le 28 mars dernier dans un repli qu’on croyait définitivement dévolu aux services techniques. Sur 1,5 hectare entre la darse du Rouvray et le canal, c’est la dernière friche du parc, rendue à la promenade. On y débusque des chèvres du Velay, un alambic à lavande, un observatoire ornithologique, et l’ancienne halle de Rouvray reconvertie en lieu de médiation. Plus rien à reconquérir après ça.
Puis remontez le canal vers l’est. Vous longez Mia Mao (le club électro de 3 000 m² ouvert en janvier dernier, façon Berghain), puis Kilomètre25 sous le périph, puis Jardin21 dans son artichaut géant, et vous entrez dans le 93. Passer le périph, ici, se fait en marchant.
Les Magasins Généraux de Pantin
Vous voilà devant le bâtiment Art déco posé face à l’eau comme un vaisseau échoué. Carte blanche est donnée à Silly Boy Blue pour un concert-projection sur le thème de l’amour. Au fil de la soirée, l’endroit prend des airs de guinguette puis bascule en karaoké géant consacré aux plus belles chansons d’amour. C’est là, soyons honnêtes, qu’il faudra trouver le courage d’enchaîner Je l’aime à mourir sans trembler.
Le Wonder à Bobigny
Reprenez les berges vers l’est. Après deux kilomètres de marche tranquille, le canal à votre gauche et les barges occasionnelles à saluer, vous arriverez au Wonder, friche artistique installée dans une ancienne usine, l’un des collectifs d’ateliers les plus vivants d’Île-de-France. Le programme y annonce, sans rire, « le plus grand banquet du monde » : les artistes résidents promettent d’extirper le dîner de bouches enflammées incrustées dans le bitume. C’est le genre de phrase qui ne s’invente pas et qui justifie, à elle seule, le déplacement.
La Fondation Fiminco et les Réserves du FRAC à Romainville
Après le Wonder, on quitte le canal pour la friche pharmaceutique Roussel-Uclaf reconvertie en quartier culturel FAST (Fiminco Art Studios). Sur 120 000 m², dont 50 000 dévolus à la culture, il est présenté par ses gestionnaires comme le plus grand quartier culturel d’Europe. Mais la majorité des Grand-Parisiens ne sait toujours pas qu’il existe.
À la Fondation Fiminco, l’exposition « Illumination » avec le Centre culturel coréen présente une installation monumentale de Yiyun Kang déployée dans la Chaufferie, ancien espace industriel de 1 200 m² avec 14 m sous plafond. Quatre jeunes artistes coréens émergents complètent l’accrochage. Trois sets électro-punk avec Fat Hamster et Kang New rythment la soirée. Des ateliers familles sont prévus si vous avez emmené la marmaille.
À deux pas, dans le même quartier culturel, les Réserves du FRAC Île-de-France accueillent le collectif La Ville en feu, qui s’attaque au Sacre du Printemps de Stravinsky en version dansée et chantée a cappella. Stravinsky sans orchestre, sans piano, sans rien. On prend le pari que c’est soit la chose la plus belle de la nuit, soit la plus risquée. Ce sera probablement les deux.
La Galerie à Noisy-le-Sec
Redescendez vers Noisy. La Galerie Centre d’art contemporain ouvre ses portes pour restituer une résidence menée plusieurs mois auprès d’enfants de la ville par Amine Benattabou, Élise Brion, Virginie Capizzi et Pierre Klein autour de la partition, de ses formes et de son interprétation. Dans la foulée, la performance Seven Thirty Till Nine de Cally Spooner est réactivée dans le cadre du programme hors-les-murs Le Syndrome de Bonnard du Frac Île-de-France. C’est probablement le moment le plus pointu de la soirée.
En partant de Noisy, le RER E vous ramène à Magenta en quinze minutes, et le T1 à Bobigny pour rattraper la ligne 5. Vous aurez marché un peu plus de cinq kilomètres, traversé quatre communes, vu six expositions ou performances et chanté au moins une fois en public. C’est à peu près ce qu’on appelle une bonne nuit blanche.
Nuit blanche dans la Métropole du Grand Paris avec les Magasins Généraux (Pantin), le Wonder, la Fondation Fiminco & FRAC (Romainville). Samedi 6 juin 2026. Inscription gratuite ici.
2026, l’année où le canal a définitivement gagné
Il est bien loin, le temps où la création de la Philharmonie de Paris faisait scandale. À l’époque – c’était hier, c’était il y a dix ans –, on s’étonnait de voir la « grande musique » s’aventurer aux portes de Paris. Aujourd’hui, le canal de l’Ourcq aligne, sur une dizaine de kilomètres entre le 19e et Bobigny, à peu près tout ce qu’une métropole peut souhaiter d’une rive. La Nuit blanche du 6 juin n’est qu’un rendez-vous de plus dans une année 2026 qui, sur ces berges, n’arrête pas de prendre de l’ampleur.
Le 23 mai, le Centre national de la danse a déroulé un 1 km de danse d’anthologie. Le CN D a fermé ses studios en septembre dernier pour trois ans de travaux ; pendant le chantier, il s’est promis d’aller chercher le public là où il est. Six scènes en plein air se succèdent entre le bâtiment Kalisz et les Magasins Généraux, du gwoka guadeloupéen au krump, du contemporain à la samba, jusqu’à minuit. Une journée qui restera dans les annales pantinoises et qui rappelle, s’il en était besoin, que le canal n’est pas un décor mais une scène.
Toujours en mai, le Canal barboteur souffle ses dix bougies. Dix ans que la péniche culturelle navigue entre Paris et le 93, dix ans de concerts, de DJ sets, de friperie solidaire et de restauration maison sur ses quatre escales entre la Villette et le quai Raymond-Queneau à Bobigny. À elle seule, elle aura accompagné toute la mue du canal. Quand elle a démarré, on lui prédisait six mois.
Jusqu’au 21 juin, la Fondation Fiminco déploie Illumination dans la Chaufferie à Romainville. Avec les 140 ans des relations diplomatiques France-Corée pour cadre, l’art numérique sud-coréen prend ses quartiers dans 1 200 m² de halle industrielle réhabilitée. C’est l’occasion, si vous ne le connaissez pas encore, de découvrir le quartier culturel FAST, l’un des plus gros écosystèmes pluridisciplinaires d’Europe – résidences d’artistes, galeries, ateliers techniques, salles d’exposition – installé sur l’ancien site Roussel-Uclaf qui faisait travailler 5 000 personnes au siècle dernier.
Et bientôt, les Grandes Serres. Juste en face des Magasins Généraux, sur la rive nord du canal, l’ancien site des usines Pouchard, désaffecté en 2017, a entamé sa mue. À terme, un nouveau quartier mixte (Bouygues Bâtiment Île-de-France pour Alios Développement, agences Moatti-Rivière, Leclercq Associés et ECDM) se déploiera sur 83 000 m² avec en pièce maîtresse une grande halle patrimoniale de 12 000 m² convertie en tiers-lieu culturel : auditorium de 300 places, académie musicale de Philippe Jaroussky, ateliers d’artistes, espaces d’exposition. Une nouvelle passerelle piétonne en acier corten vient d’enjamber le canal pour relier le futur lieu à la station Église de Pantin. L’ouverture est annoncée pour 2026.
Faisons les comptes. En quelques mois, le même tronçon de berge accueille un jardin qui ouvre, un kilomètre de danse mémorable, une péniche qui souffle ses dix bougies, six lieux d’art contemporain qui se fédèrent pour une Nuit blanche commune, une fondation qui sert d’ambassade à l’art numérique sud-coréen, et une halle patrimoniale qui se prépare à accueillir Philippe Jaroussky, reliée à un quai de métro par une passerelle flambant neuve. Continuer à parler de « périphérie » n’a plus aucun sens.

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2 juin 2026 - Pantin