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Château de Breteuil en vallée de Chevreuse : on a tenté d’y aller sans voiture (et on a presque réussi)

Le château de Breteuil, dans les Yvelines. DR

À quarante minutes de Paris, un château à l'anglaise, un labyrinthe, des contes de Perrault qui s'animent et des madeleines à la pistache pour finir. Le château de Breteuil, à Choisel (Yvelines), fait partie de ces endroits qu'on croit inaccessibles sans voiture. On a vérifié. C'est presque vrai.

Un trajet à surprises

Mon RER a cinq minutes de retard et ma navette ne m’attendra pas. Bienvenue dans l’aventure grande couronne : pour rejoindre le château de Breteuil depuis Paris sans voiture, il faut un plan, un plan B, et un soupçon de fatalisme. Le plan, c’est le RER B jusqu’à son terminus de Saint-Rémy-lès-Chevreuse, quarante minutes montre en main, puis un transport à la demande (TàD) jusqu’au château. Ces navettes mises en place par Île-de-France Mobilités se réservent jusqu’au jour même – mais mieux vaut s’y prendre une semaine à l’avance – et desservent gratuitement les arrêts de bus et les gares pour les détenteurs d’un passe Navigo. Sauf que mon TàD, lui, n’a pas attendu les cinq minutes de retard. Me voilà plantée à Saint-Rémy en pleine semaine, sans bus aux alentours. Le plan B, donc : un VTC à 9 euros, pas glorieux mais franchement utile.

Dans le train, le paysage avait pourtant bien commencé à raconter quelque chose, en mode évasion. Les immeubles lâchent prise passé Bourg-la-Reine, la végétation s’installe, et les Yvelines apparaissent sans prévenir. Depuis le VTC, c’est encore mieux : routes sinueuses, sombres sous-bois, puis une fantastique allée d’arbres qui débouche sur les grilles du château. Bien, comme carrosse !

Proust au bout de la cuillère

Le domaine est perché sur un point culminant de la vallée de Chevreuse, au-dessus du village de Breteuil. On entre par les jeux – immenses structures où des enfants déjà en vacances se poursuivent – avant de tomber sur la bâtisse, imposante, flanquée d’un jardin anglais impeccable et d’un labyrinthe où l’on se perdrait très vite. Mais il fait froid, et l’ancienne Faisanderie me tend les bras : c’est là que se cache le Café d’Achille, salon de thé tout juste ouvert.

Salle bleue, tableaux, trophées de chasse : l’ambiance est aristo jusqu’au bout des moulures. On déjeune de petits bocaux maison, on goûte d’une madeleine fourrée à la pistache trempée dans un chocolat chaud épais signé Jean-Pierre Thevenin, chocolatier du coin. Difficile de ne pas penser à Proust, d’autant que son personnage aurait été inspiré par Henri de Breteuil, 8marquis du domaine. Le clin d’œil est assumé : toute la carte décline la célèbre pâtisserie. Le goûter pris, j’entame ma visite l’estomac comblé, mais l’esprit aux aguets.

Quand Barbe Bleue s’anime sur commande

Le château doit beaucoup à Charles Perrault – l’un des marquis de Breteuil fut son proche collaborateur à la cour de Louis XIV. Dans les jardins et les dépendances, on appuie sur un bouton et les contes s’animent : Barbe Bleue, Peau d’Âne ou Cendrillon se meuvent devant nous grâce à des pantins et un système son et lumière plutôt malin. On vadrouille de scène en scène, chacun son parcours.

À l’intérieur, la visite se fait avec une médiatrice, escortée par les peluches du Chat Botté, mascotte du lieu. La famille de Breteuil est installée ici depuis près de 400 ans, et chaque pièce rejoue un moment de son histoire à travers des mannequins de cire du musée Grévin : Édouard VII d’Angleterre, Gambetta, Mitterrand, et même un authentique fauteuil roulant de Louis XVIII. En sortant, je passe une tête dans la chapelle gothique. Vitraux préservés, pierre nue, charme fou.

La chambre de Proust au château de Breteuil, dans les Yvelines. DR

L’isolement en miroir

L’hiver n’a pas déplumé les extérieurs. Arbres remarquables, balançoires, un labyrinthe au feuillage persistant où l’on se perdrait volontiers par grand froid : le parc ne fait pas semblant. Quinze minutes à pied depuis le château et l’on tombe sur les étangs, de nouvelles saynètes, et un bassin d’eau qui renvoie le ciel comme un miroir.

Mais en partant, la réalité rattrape la féerie. Pas de train direct, pas de navette régulière depuis une gare reliant Paris : Breteuil subit l’isolement de beaucoup de lieux patrimoniaux en grande couronne, alors même que son agenda est rempli d’animations à chaque période de vacances. Bonne surprise tout de même : ma navette TàD m’attend en avance devant le château. Je valide sans supplément grâce à mon Navigo, le conducteur récupère une collégienne avec moi et m’explique que bon nombre d’adolescents font appel à ces navettes, aussi utiles pour rejoindre un monument qu’un arrêt de bus. Il nous fait traverser la campagne et nous dépose au RER, bien à l’heure.

À condition de s’armer d’un plan B et d’un brin de patience, la grande couronne sans voiture, c’est facile !

Infos pratiques : Château de Breteuil, Choisel (78). Ouverture du parc tous les jours de 10 h à 19 h. Accès : gare de Saint-Rémy-lès-Chevreuse (RER B), puis trajet en transport à la demande pendant 15 min (à l’aller et au retour). Réservations sur iledefrance-mobilites.fr ou cliquez ici pour installer l’appli. Prévoir l’après-midi sur place. Tarifs : 13,50 euros (plein tarif) sans la visite du château, 19,50 euros avec, gratuit pour les moins de 5 ans. Plus d’infos et réservations sur breteuil.fr

Le château de Breteuil, dans les Yvelines. DR

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