
Fermé pendant dix-sept mois, le Musée de la vie romantique a rouvert ses portes dans le 9e arrondissement. Nouvelle scénographie, 300 œuvres, tissus muraux flamboyants : le parcours redonne au romantisme sa part d'ombre et de fièvre. On est tombé sous le charme.
Un pavillon aux airs de belle maison italienne, au fond d’une venelle, non loin de la place Pigalle. Une serre élégante transformée en cafétéria, des tables de jardin sous un arbre, des rosiers en fleurs aux beaux jours. On y prend le thé comme on s’évaderait de Paris sans quitter le 9e. C’est le Musée de la vie romantique, et c’est l’un des plus charmants petits musées de la capitale.
Le lieu a été fermé pendant dix-sept mois, le temps d’une rénovation d’ampleur : toiture en ardoise, décoration des salles tendues de splendides tissus muraux colorés — bleu ciel, rouge, jaune mordoré. Une entrée vitrée permettant les contrôles de sécurité a été construite côté rue, mais elle est transparente et laisse voir, au fond, la maison presque campagnarde, totalement en décalage avec la ville alentour. La bâtisse arbore à présent des volets marron, qui trancheront davantage avec la végétation au printemps que les anciens, d’un beau vert amande. Mais cette teinte terre de Sienne est la couleur historique des huisseries de l’édifice, construit en 1830.
Ary Scheffer et le vendredi des romantiques
À l’intérieur, toute la scénographie a été revue. Plus de 300 œuvres sont présentées dans cette ancienne demeure d’un peintre d’origine néerlandaise aujourd’hui largement oublié, Ary Scheffer (1795-1858), contemporain du célèbre Eugène Delacroix. Le début du parcours, au rez-de-chaussée, a été repensé afin de mieux raconter qui était Scheffer et quel était son cercle. Il recevait ici, tous les vendredis soir, artistes, écrivains, musiciens, historiens, politiciens. George Sand, dont le célèbre portrait par Auguste Charpentier (1838) trône dans le salon — un peu la Joconde du musée —, Chopin, Liszt… Toute une intelligentsia romantique et exaltée.
George Sand se voit d’ailleurs consacrer une petite pièce, avec ses bijoux, son bureau, son plumier en bois gravé « Écrivez-moi souvent ». Dans l’ancienne présentation, la vie de l’autrice de La Mare au diable occupait un espace beaucoup plus vaste, avec par exemple des portraits de ses ancêtres datant du XVIIIe siècle. Cela pouvait prêter à confusion : le musée est celui de « la vie romantique », pas une maison George Sand — qui n’habitait pas là, mais dans le quartier.
Le romantisme, version sombre
Au premier étage, les salles auparavant centrées sur la musicienne Pauline Viardot et le philosophe Ernest Renan font place à une présentation thématique : la puissance et la beauté de la nature, avec cette ravissante aquarelle de pavot de Pierre-Joseph Redouté (1839) ; la force des sentiments ; les grandes scènes dramatiques tirées de la littérature ; les apparitions fantastiques, comme cette sculpture d’un Satan mélancolique, si humain, replié dans ses grandes ailes, par Jean-Jacques Feuchère.
Loin de ce que l’on qualifie souvent à tort de « romantisme » — un amour harmonieux et un peu à l’eau de rose —, la vision de Scheffer et de son cercle est bien plus tourmentée. Dans la salle tendue de tissus rouge passion, de jeunes femmes joignent les mains, implorantes : l’une dans une toile de Henry Scheffer, acquisition récente du musée, l’autre dans La Suppliante de Claude-Marie Dubufe (1829). Sainte Cécile est en transe, les yeux au ciel, intense sur un fond doré, dans un très beau tableau d’Ary Scheffer. La patronne des musiciens y prend les traits de la chanteuse vedette de l’époque, Pauline Viardot. L’œuvre est placée à côté du portrait de sa sœur, la cantatrice La Malibran, en Desdémone séductrice dans l’opéra de Rossini.
Dans cette ancienne chambre, le visiteur peut s’asseoir et coller à son oreille un cornet pour écouter des extraits de Rossini, Gounod, Liszt, en lien avec les toiles exposées. On se laisse faire.
Infos pratiques : Musée de la vie romantique 16 rue Chaptal, Paris 9e M° Pigalle, Blanche, Saint-Georges Mar.-dim. 10h-18h Entrée libre (payante pour l’exposition temporaire Face au ciel, Paul Huet en son temps, jusqu’au 30 août 2026)


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16 février 2026 - Paris