
L'exposition « Robert Doisneau, Gentilly » ferme le 15 février à la Maison Doisneau. Il reste une semaine pour découvrir le monde d'avant les autoroutes : la banlieue ouvrière, les bals du samedi et les courses moto dans la carrière. Puis pour prolonger la promenade jusqu'à la Bièvre, la rivière qu'on croyait disparue.
C’est gratuit, y’a pas grand monde, et ça ferme samedi prochain. Trois bonnes raisons d’aller voir l’expo « Robert Doisneau, Gentilly » à la Maison Doisneau. Pour y aller, deux options : descendre à Gentilly, première gare du RER B après le périphérique, ou s’arrêter à Cité universitaire et marcher une vingtaine de minutes à travers le quartier du Plateau — immeubles en meulière, rues calmes, un petit air de village bien qu’encerclé par le périph et l’A6. On arrive devant un ancien pavillon du XVIIIe siècle, rue de la Division du Général Leclerc.
Depuis septembre, la Maison Doisneau y présente des tirages argentiques issus du fonds conservé par les deux filles du photographe — dont certains signés de sa main et jamais montrés. Doisneau est né ici en 1912, a grandi ici, et n’a jamais cessé d’y revenir avec son appareil. Ce qu’on découvre, c’est le monde d’avant les autoroutes. La banlieue ouvrière, les gamins dans les cours d’immeuble, les bals dans la rue le samedi, les jardins pavillonnaires soignés avec la minutie d’un orfèvre, les dents creuses envahies d’herbes folles, les courses de moto le dimanche dans une ancienne carrière — devenue depuis le parc du Coteau, juste à côté. Ni carte postale ni misérabilisme. Comme l’écrivait notre collègue Joséphine Lebard en octobre : « Robert Doisneau est un banlieusard et semble fier de l’être. »
L’expo rend aussi hommage à un projet qui n’a pas eu le temps d’aboutir : en 1992, Doisneau préparait un livre sur Gentilly. Il meurt deux ans plus tard. Les photos, elles, sont là. Une petite expo, mais immanquable si on aime la photo et… la banlieue.
Le Lavoir numérique, cinq minutes plus loin
En sortant, poussez jusqu’au Lavoir numérique, d’anciens bains-douches municipaux dont la façade Art déco vaut à elle seule le détour. Réhabilité en 2020, le bâtiment accueille jusqu’au 15 février « Banlieue, territoire-fiction » : six artistes y réinterprètent les paysages de la périphérie parisienne — immeubles de béton, rails, ronds-points, zones en chantier — en brouillant la frontière entre documentaire et fiction. Le quotidien de banlieue comme matière à récit : on passe du noir et blanc de Doisneau à un imaginaire numérique en quelques minutes de marche. Entrée libre, là aussi.
Notre conseil : prolongez jusqu’à la Bièvre
Le vrai bonus de la sortie, c’est la balade. Gentilly est une ville à double fond : on passe du village et de sa jolie église gothique Saint-Saturnin — dont Doisneau aimait cadrer le clocher en pointe, isolé au milieu des constructions plus récentes — aux faubourgs post-industriels où les immeubles de briques se serrent le long du périphérique. Et forcément, on est tenté de retrouver les lieux photographiés. En vrai, ce n’est pas simple. Soixante ans de démolitions-reconstructions ont passé par là. Tentez quand même le 61 rue Benoît-Malon : c’est le décor d’un portrait d’amoureux se tenant la main, pris en 1990.
Ce qui relie tout, c’est une rivière invisible. La Bièvre, affluent de la Seine enterré au début du XXe siècle parce que tanneurs et teinturiers l’avaient transformé en cloaque, a disparu du paysage mais pas de la mémoire. À Gentilly, le paysagiste Alexandre Chemetoff a matérialisé son ancien tracé par des potelets ornés de feuilles de ginkgo — un fil d’Ariane discret et poétique qui traverse la ville, de l’esplanade derrière la médiathèque jusqu’au parc du Coteau. Suivez les ginkgos.
C’est au parc du Coteau, à cheval entre Gentilly et Arcueil, que la Bièvre refait véritablement surface. Depuis 2022, un tronçon de 600 mètres coule à ciel ouvert, bordé de berges aménagées. Un héron s’y est installé quasi immédiatement. Les poissons aussi. Tant pis pour eux.
Comptez une heure de balade. Pour les plus motivés, le circuit complet depuis la Cité universitaire fait environ six kilomètres : on traverse le campus, on passe la passerelle au-dessus du périphérique, et on se laisse guider par les ginkgos de Chemetoff.
Infos pratiques : exposition « Robert Doisneau, Gentilly » à la Maison de la Photographie Robert Doisneau, 1, rue de la Division du Général Leclerc, Gentilly (94). Jusqu’au 15 février. Du mercredi au vendredi de 13 h 30 à 18 h 30, le samedi et le dimanche de 13 h 30 à 19 h. Entrée libre. Exposition « Banlieue, territoire-fiction » au Lavoir numérique, 4, rue de Freiberg, Gentilly (94). Jusqu’au 15 février. Mêmes horaires. Entrée libre. Accès : gare de Gentilly (RER B) / Cité universitaire (RER B) / métro Hôpital de Bicêtre (ligne 14). Plus d’infos sur maisondoisneau.grandorlyseinebievre.fr
Si vous partez de la Cité universitaire, profitez-en pour manger sur le campus. On avait testé quatre restaurants : les Currywurst de la Maison Heinrich Heine (8 €), la street food tunisienne du Café Zaïm, le bulgogi du Comptoir coréen et la tortilla du Colegio de España. Tout est dans notre article.

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8 février 2026 - Gentilly