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On s’est baigné dans la Seine. Maintenant, on nettoie ses berges ?

Samia, bénévole pour l'association OSE venue ramasser les déchets sur les bords de Seine à Saint-Denis à l'occasion de Ménage ton canal le 16 juillet / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris
Samia, bénévole pour l’association OSE venue ramasser les déchets sur les bords de Seine à Saint-Denis / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris

Trente-cinq ans que l’association OSE (Organe de sauvetage écologique) ramasse ce que tout le monde jette le long de la Seine et de la Marne. Son fondateur, Édouard Feinstein, balayeur municipal à Paris et militant écolo infatigable, n’a jamais vu une situation aussi dégradée. Dimanche 15 février, il a tiré la sonnette d’alarme lors d'une opération de nettoyage bénévole sur les berges de Seine à Saint-Denis.

On connaît Édouard Feinstein depuis longtemps. On l’avait rencontré pour la première fois en 2017 sur les berges d’Ivry, gants de chantier aux mains, en train d’extraire une carcasse de machine à laver et des caddies de la boue. Il n’était pas tout seul. Autour de lui, une bande de militants déterminés, des bénévoles de tous âges et de tous horizons. Une petite armée qui, un peu toute seule, déplace des montagnes… de déchets depuis trente-cinq ans. Le long de la Seine, de la Marne, et même parfois au bord du Nil, dans le Massif Central ou sur les plages bretonnes. 

Sauf qu’aujourd’hui, Édouard ne soupire plus devant l’étendue des dégâts. Il crie. Dans Le Parisien de ce samedi 14 février, il a décrit une situation sans précédent sur les berges de Seine-Saint-Denis : des déchets qui s’étendent sur des centaines de mètres, deux fois plus qu’il y a un an, de nouveaux points de décharge sauvage qui apparaissent le long des quais. Ferraille, vêtements, caddies, sacs éventrés. Le fleuve dans lequel on s’est baigné cet été à grands renforts de communication post olympique est bordé de poubelles à ciel ouvert dès qu’on sort de Paris.

« C’est fini, le collectif »

Pour Edouard Feinstein, cela dépasse le simple constat d’incivilité. Ce qu’il observe depuis le Covid, c’est ce qu’il appelle un « décrochage collectif ». La précarité a progressé, les priorités des habitants ont changé, et « l’écologie est passée au second plan». On survit d’abord, on trie après. Ce n’est pas un jugement, c’est un diagnostic. Et il est lucide : les dépôts ne viennent pas que des riverains. Gravats de chantiers balancés depuis des camions, déchets de campements, sacs jetés par des promeneurs et des sportifs — la berge est devenue le dépotoir de tout le monde, et la responsabilité de personne.

En 2020, quand nous avions relayé l’appel d’OSE en plein confinement, Édouard avait déjà alerté sur le doublement des dépôts sauvages. L’association était alors en péril, subventions gelées, bénévoles confinés. Des lecteurs d’Enlarge your Paris avaient participé à la cagnotte de sauvetage. Cinq ans plus tard, la situation n’a pas seulement empiré : elle a changé de nature. « Les périmètres de pollution se sont étendus. Avant, nettoyer une zone, c’était faisable.» Aujourd’hui, la tâche lui semble démesurée.

1 500 euros par an pour nettoyer les berges

Faisons les comptes. OSE, c’est aujourd’hui environ 70 bénévoles en France, dont une quarantaine en Île-de-France. Beaucoup de seniors. Peu de moyens. La ville de Saint-Denis verse à l’association une subvention de 1 500 euros par an. Édouard Feinstein le dit sans détour : il faudrait dix fois plus pour avoir un vrai impact. On parle d’un homme qui, rappelons-le, a souscrit des crédits à la consommation pour boucler les fins de mois de son association. Un type qui avec sa bande, a sorti des dizaines de voitures de l’eau, remonté des centaines de machines à laver, et collecté plus de 3 000 tonnes de déchets en trente-cinq ans d’existence.

Dimanche 15 février, OSE a donné rendez-vous rue de la Briche à Saint-Denis pour une nouvelle opération de nettoyage. Une quinzaine de bénévoles était au rendez-vous, malgré le froid et la neige, devenue pluie vers la fin de la collecte. Edouard avait prévenu : vu l’étendue des dégâts, leur action de ce dimanche, c’est une goutte d’eau. Ils ont quand même collecté une tonne de déchets divers, et leur présence c’est un signal. Le signal que quelques-uns refusent de baisser les bras pendant que les institutions regardent ailleurs.

On s’est baigné dans la Seine. Qui nettoie ses berges ?

L’été dernier, 150 000 personnes ont plongé dans la Seine après 1,4 milliard d’euros de travaux d’assainissement. Les baigneurs ont noté l’expérience 9 sur 10. Et c’est tant mieux. Mais sans écologie au quotidien, sans entretien, sans moyens, la reconquête du fleuve restera une histoire incomplète. Édouard Feinstein et sa bande le savent. Dimanche, sous le froid de février, ils étaient là, rue de la Briche à Saint-Denis. Que l’on pourrait rebaptiser rue de l’obstination. 

Infos pratiques : L’opération de nettoyage des berges de Seine a eu lieu dimanche 15 février 2026, rue de la Briche, Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Une collecte aura également lieu le 23 mars au même endroit. Pour suivre les prochaines actions d’OSE et participer aux collectes à venir, voire sur oseonline.fr

Edouard, fondateur de l'association OSE / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris
Edouard, fondateur de l’association OSE / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris
Un bénévole de l'association OSE à l'occasion de Ménage ton canal / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris
Un bénévole de l’association OSE à l’occasion de Ménage ton canal / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris
Les rives de la Seine à Saint-Denis / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris
Les rives de la Seine à Saint-Denis / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris

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