Pyramide du Louvre, Grande Arche, BnF, Opéra Bastille… Les deux septennats de François Mitterrand ont sacrément redessiné le paysage parisien, et un peu francilien. Trente ans après sa mort, balade architecturale dans le Grand Paris des années 80-90, de la Villette aux Espaces d'Abraxas.
Parmi les grands travaux

Le parc de la Villette : tout vert et ouvert
1974 : c’est la fin de l’activité pour les abattoirs de la Villette. Les halles de Rungis ont ouvert leurs portes, ils n’ont donc plus lieu d’être. Mais que faire de ces 55 hectares de friche ? Pendant que les bureaux d’études planchent, les Parisiens s’emparent du lieu. La friche s’ouvre peu à peu au public. Dans l’ancienne halle aux moutons, on organise des concerts : David Bowie, les Rolling Stones, Miles Davis… On installe des fêtes foraines, un skatepark, un méga-toboggan. Les familles viennent se promener. La Villette devient, sans le savoir, l’ancêtre des tiers-lieux. C’est en observant cela – ces citadins qui transforment spontanément la friche en espace de vie – que germe l’idée du parc. Giscard lance l’idée d’un musée des Sciences. Pour le parc, Mitterrand organise un concours international avec 470 projets, dont ceux de Rem Koolhaas, Zaha Hadid et Jean Nouvel. C’est Bernard Tschumi qui l’emporte avec son « non-parc » sans barrières et ses folies rouges. Le lieu ouvre en 1987. Depuis, le succès ne se dément pas et 2026 va d’ailleurs être l’année d’une extension du parc. Pour en savoir plus sur l’extension du parc, lire notre article dans la rubrique Art de vivre
Infos pratiques : Parc de la Villette, 211, avenue Jean Jaurès (19e). Ouvert tous les jours de 6 h à 1 h du matin. Accès : Porte de Pantin (métro ligne 5 et tram T3b). Plus d’infos sur lavillette.com

Le Louvre et la Grande Arche : une question de perspective
« Sans doute Mitterrand aima-t-il ceux qui portaient l’image d’une modernité sobre, au cachet quelque peu éternel (…). Des projets calmes et grandiloquents, d’essence républicaine, aux connotations lointainement maçonniques », écrit l’architecte François Chaslin. Dès son arrivée à l’Élysée, François Mitterrand met en œuvre plusieurs grands chantiers. Dès septembre 1981, il annonce vouloir déloger le ministère des Finances de l’aile Richelieu du palais du Louvre pour en faire un musée total. En 1983, l’architecte Ieoh Ming Pei est mandaté par le chef de l’État. La Pyramide constitue l’élément emblématique du chantier. Elle vaudra à son commanditaire les surnoms de TontonKhamon ou Mitterramsès. Elle est inaugurée pour le public en 1989, la même année que la Grande Arche de la Défense, autre volonté présidentielle. Ce grand cube en marbre de Carrare est l’œuvre d’un quasi-inconnu : l’architecte danois Johan Otto von Spreckelsen. Il s’inscrit dans l’axe historique des grands bâtiments parisiens que sont l’Arc de triomphe, la Concorde et… le Louvre. La boucle est bouclée ! Pour en savoir plus sur l’Arche de la Défense, lire notre article dans la rubrique Culture
Infos pratiques : musée du Louvre, rue de Rivoli (1er). Ouvert tous les jours sauf le mardi, les lundis, jeudis, samedis et dimanches de 9 h à 18 h, les mercredis et vendredis de 9 h à 21 h. Tarifs : 22 € (ressortissants de l’Union européenne), gratuit pour les moins de 26 ans et le premier dimanche du mois. Accès : métro Palais royal–Musée du Louvre (lignes 1 et 7). Infos et réservations sur louvre.fr
L’Opéra Bastille : oui mais non
Le 13 juillet 1989, François Mitterrand inaugure l’opéra Bastille, implanté en lieu et place de l’ancienne gare de la Bastille, en présence d’une trentaine de chefs d’État. Nous sommes la veille de la commémoration du bicentenaire de la Révolution et Margaret Thatcher, Helmut Kohl, George Bush et Rajiv Gandhi découvrent l’édifice imaginé par l’architecte Carlos Ott, un autre quasi inconnu, à l’instar du concepteur de l’Arche de la Défense. Une inauguration qui met fin à sept ans d’un chantier un peu chaotique, décrié lui aussi. Le plus grand Opéra d’Europe interpelle par sa façade qui joue des transparences, mais aussi par sa scène principale de 750 m2 et son plafond en verre courbé à l’élégance sobre. Et pourtant, quelques années plus tard, François Mitterrand confiera à Marguerite Duras qu’il « n’aime pas » le bâtiment…
Infos pratiques : Opéra Bastille, place de la Bastille (12e). Visites de 1 h 30 sur réservation. Tarif : 20 € (plein tarif), 15 € (tarif 12-25 ans), 13 € (chômeurs, bénéficiaires du RSA…). Accès : métro Bastille (lignes 1, 5 et 8). Plus d’infos et réservations sur operadeparis.fr

La BnF : à livre ouvert
En 1989, à l’issue d’un concours international, l’architecte Dominique Perrault remporte le concours pour la nouvelle Bibliothèque nationale de France qui sera érigée dans le 13e, en bord de Seine. Le signe distinctif du monument qui ouvrira ses portes en 1996, c’est les quatre tours qui ont la forme de quatre livres ouverts. Alliance de verre, de bois et de béton, l’édifice se caractérise une fois encore par sa sobriété. Parmi les fantaisies : un jardin en contrebas inspiré par la forêt de Fontainebleau qui apporte une respiration aux visiteurs. Lesquels peuvent le contempler depuis les salles de lecture et les terrasses mais sans y entrer. Ce qui, au fil des ans, a permis à la faune de s’y développer. À noter que c’est François Mitterrand lui-même qui a choisi la couleur terre d’Afrique pour les moquettes. Comme il avait décidé du noir des fauteuils de l’Opéra Bastille. Notre article sur la BNF François-Mitterrand est à lire dans notre rubrique Culture
Infos pratiques : BnF site François-Mitterrand, quai François-Mauriac, Paris (13e). Ouvert le lundi de 14 h à 20 h, du mardi au samedi de 9 h à 20 h, le dimanche de 13 h à 19 h. Accès : métro Bibliothèque François Mitterrand (ligne 14) ou gare de Bibliothèque François Mitterrand (RER C). Plus d’infos sur bnf.fr
À la même époque
Les projets suivants n’ont, eux, pas été commandés directement par le chef de l’État mais sont significatifs de l’architecture dans le Grand Paris des années Mitterrand
La tour TDF : cherche super héros
Elle ne se visite pas, mais bon… quand même, elle a sacrément de l’allure. Et ce n’est pas pour rien que les habitants de l’Est parisien en ont fait leur tour Eiffel perso (n’est-ce pas Bonjour Pantin !?). Imaginée par l’architecte Claude Vasconi, elle se repère de loin et on ne compte plus les sacs, bijoux et autres accessoires qui déclinent sa silhouette reconnaissable entre toutes. Une (grosse) légende urbaine familière des enfants grandis dans le secteur voudrait que ce soit depuis cette tour que l’armée essaie de communiquer avec les extraterrestres. On propose une alternative : tout comme Batman avait sa batcave, on pourrait imaginer un superhéros qui nicherait au sommet de cette tour de 141 mètres de haut. Vu qu’elle permet de relayer les signaux radio et télé, ça peut être assez utile pour quiconque voudrait sauver le monde… Et franchement, en 2026, il y a un peu de boulot…
Infos pratiques : Tour TDF, avenue de la Résistance, Les Lilas (93). Accès : métro Serge Gainsbourg (ligne 11). Site non accessible au public

La cathédrale d’Évry : bien fa-briquée
Une étonnante forme cylindrique sculptée en biseau : ainsi se présente la cathédrale d’Évry dessinée par l’architecte suisse Mario Botta, qui aménagea également le centre-ville de la préfecture de l’Essonne. Le chantier démarre en 1992 et l’édifice est inauguré en 1995, dernière année du second septennat de François Mitterrand. En tout, ce sont 670 000 briques de Toulouse qui habillent la cathédrale. Pourquoi la brique ? Car elle est faite d’argile, soit la même matière avec laquelle Dieu a façonné l’homme dans l’Ancien Testament. Quant à la forme circulaire, elle évoque la phrase de Saint-Augustin : « Dieu est semblable à un cercle dont la circonférence est partout et le centre nulle part ». On n’oublie pas non plus les vingt-quatre tilleuls argentés qui surplombent le toit et matérialisent tant les 24 heures d’une journée que les douze apôtres alliés aux douze tribus d’Israël. Bref, tout en symboles, cette cathédrale…
Infos pratiques : Cathédrale de la Résurrection Saint-Corbinien d’Évry, cour Mgr Romero, Évry-Courcouronnes (91). Ouverte tous les jours de 10 h à 18 h. Visites possibles sur réservation au 01 60 91 17 00. Tarif : 5 €. Accès : gare d’Évry-Courcouronnes (RER D). Plus d’infos sur cathedrale-evry.net

Les Espaces d’Abraxas, un décor de cinéma en vrai
On a beau ne pas être loin de Disneyland Paris, c’est une tout autre ambiance qui se dégage des Espaces d’Abraxas à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis). Signés de l’architecte Ricardo Bofill et inaugurés en 1983, les trois bâtiments qui composent cet ensemble abritent 600 logements. Inspiré par le style néoclassique, Bofill rêve d’édifier un « palais du peuple ». Il en résulte un lieu qui fait la part belle à une sorte de théâtralité, laquelle n’a échappé ni à Stéphanie de Monaco ni à Terry Gilliam. La première y a en effet tourné une partie de son clip Comme un ouragan (au tout début, vous n’êtes pas obligé de le regarder en entier…), tandis que le second y a capté des scènes de Brazil. Ils ne sont pas les seuls puisqu’on retrouve les Espaces d’Abraxas dans des séquences de Hunger Games ainsi que dans une série photo de Laurent Kronental consacrée à l’architecture rétrofuturiste. C’est dire son haut potentiel iconographique.
Infos pratiques : les Espaces d’Abraxas, rue du Clos des Aulnes, Noisy-le-Grand (93). Accès : gare de Noisy-le-Grand Mont d’Est (RER A). Plus d’infos sur tourisme93.com
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6 janvier 2026 - La Défense