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Un Texan, un moulin du XIIe siècle et la cité des 4000 : l’improbable histoire du moulin Fayvon

Le chantier de la gare du Grand Paris Express à La Courneuve / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris
Le chantier de la gare du Grand Paris Express à La Courneuve, à 100 mètres du Moulin / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris

Il cherchait un atelier pas cher. Il a trouvé un moulin médiéval au pied des barres de La Courneuve, une rivière enterrée et une histoire qui relie la cité des 4000 à l'invention du gothique. Depuis trente ans, l'artiste texan Monte Laster s'accroche à ce bout de terre oublié et le fait vivre avec des centaines d'enfants du quartier.

Comment un artiste texan se retrouve-t-il à La Courneuve il y a trente ans ?

Monte Laster : Je cherchais un atelier pas trop cher, proche de Paris. On m’a parlé d’un bâtiment abandonné au pied des tours des 4000. Un chemin discret m’a emmené dans une boule de verdure entre une barre de logements, une entreprise de palettes et la quatre-voies de l’avenue Roger-Salengro. J’ai trouvé une ruine promise à la démolition. Mais quelque chose m’a accroché.

Qu’avez-vous découvert en fouillant l’histoire du lieu ?

M. L. : Que ce n’était pas une simple bâtisse du XIXe siècle. La première mention écrite du moulin date de 1135. C’est l’abbé Suger en personne qui l’a acquis – l’initiateur de l’art gothique, le bâtisseur de la basilique Saint-Denis à un kilomètre d’ici. Les bénéfices du moulin servaient à financer le chantier de la basilique. Le moulin a fonctionné jusqu’aux années 1920. Qui sait qu’un site à La Courneuve relie directement la banlieue à l’invention du gothique ?

La rivière qui l’alimentait a disparu. Pourquoi pas le moulin, devenu inutile ?

M. L. : Le Croult a été canalisé sous terre dans les années 1950, quand on a construit la cité des 4000. Le moulin s’est retrouvé orphelin de sa rivière. C’est peut-être pour ça qu’on l’avait oublié. Sans doute aussi parce que le terrain a été préempté par l’État qui voulait faire passer une autoroute, gelant cette petite parcelle au cœur du grand projet des 4000.

« Qui sait qu’un site à La Courneuve relie directement la banlieue à l’invention du gothique ? »

Vous avez tout rénové vous-même ?

M. L. : Avec l’association FACE – French-American Creative Exchange – qu’on a créée en 2001. Électricité complète, plomberie, toilettes, eau chaude, toutes les fenêtres remplacées. Entièrement financé par des dons privés. Et on a créé un jardin dans la cour principale.

Le jardin devant le moulin s’appelle le Potager de la Reine…

M. L. : Un clin d’œil au Potager du Roi de Versailles. Le Département nous a mis à disposition la pelouse devant le moulin, 300 m². On l’a aménagée avec une centaine d’enfants des écoles Louise-Michel, Robespierre et Angela-Davis. Courgettes, topinambours, fraises, rhubarbe, capucines, tomates, salades, fenouil… On a travaillé avec eux sur le choix des cultures, sur les fruits et légumes qu’ils aimaient le plus et ceux qu’ils appréciaient le moins. Ils sont allés visiter le Potager du Roi à Versailles. Ce potager, c’est une façon d’extérioriser sur le quartier ce qu’on fait à travers le moulin.

En 2017, vous avez signé un bail de 30 ans avec la ville. Quel était le projet ?

M. L. : Transformer le moulin en vrai tiers-lieu : accueil du public, cuisines, bureaux, résidences d’artistes. Faire du lieu un laboratoire autour de l’art contemporain et des nouvelles formes d’agriculture, en les reliant à l’architecture, l’écologie et l’économie. Le moulin devait devenir le cœur du futur square du moulin Fayvon.

Et aujourd’hui ?

M. L. : Ce week-end, on a eu un nouvel acte de vandalisme. Ça fait partie de l’histoire du lieu. Mais après trente ans de travail collectif, le Moulin Fayvon est reconnu comme un véritable tiers-lieu, porteur de l’histoire sociale et culturelle de la ville. On espère que les décisions à venir respecteront ce travail et le potentiel que le site porte pour le futur square. Ne laissons pas arriver au Moulin ce qui arrive trop souvent ailleurs : des lieux à taille humaine, verdoyants, profondément liés à la terre et à la mémoire du terroir, qui sont effacés au nom d’une densification maximale et du tout-béton.

Infos pratiques : Moulin Fayvon, La Courneuve (93). Plus d’infos sur association-face.com

Déjeuner au moulin Fayvon à La Courneuve, dernier témoin d’une série de moulins situés le long de la rivière du Croult. Jéromine Derigny
L'ethnobotaniste Valentine Diguet dans le Potager de la Reine au Moulin Fayvon à La Courneuve / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris
L’ethnobotaniste Valentine Diguet dans le Potager de la Reine au moulin Fayvon à La Courneuve / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris
Situé au pied d’une tour désossée des 4000, à deux pas d’un chantier de gare du Grand Paris Express, le moulin Fayvon a été sauvé de la destruction par l’artiste texan Monte Laster qui en a fait un lieu de résidence pour créateurs et un lieu de vie pour les habitants. Devant le moulin se trouve le Jardin de la Reine, créé avec l’aide de l’association du Parti poétique et du directeur du Potager du Roi de Versailles.

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