Artdevivre
|

La plus belle gare du monde est à Villejuif–Gustave Roussy : la banlieue au sommet de l’architecture

La gare Villejuif–Gustave Roussy. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Jeudi soir, à l'UNESCO, une gare du Val-de-Marne a décroché le prix Versailles. Villejuif–Gustave Roussy, avec son gratte-ciel inversé et son univers futuriste, devient officiellement la plus belle gare du monde en 2025. Une victoire pour la banlieue et un signal fort : le beau n'est plus réservé à Paris intra-muros.

Donc voilà. La plus belle gare du monde est à Villejuif. Pas à Dubaï, pas à Tokyo, pas à New York. À Villejuif, Val-de-Marne, code postal 94800, ligne 14 du métro. Dominique Perrault, l’architecte de la Bibliothèque nationale de France, a dessiné là un « gratte-ciel inversé » de 50 mètres de profondeur, tout en inox et en lumière, que le jury du prix Versailles vient de sacrer devant la crème de l’architecture mondiale.

Face aux stars de l’architecture mondiale

Le prix Versailles est peu connu. Pourtant, c’est du sérieux : créé en 2015 avec l’UNESCO et l’Union internationale des architectes, il distingue chaque année ce qui se fait de mieux en architecture à travers huit catégories : aéroports, campus, musées, hôtels, restaurants, stades, grands magasins, gares.

Pour départager les candidats, on trouve de beaux noms autour de la table. Cette année, c’est Irina Bokova, ancienne directrice générale de l’UNESCO, qui présidait le jury. À ses côtés : le pianiste Lang Lang, l’actrice Emma Watson, les architectes Thom Mayne et Mǎ Yánsōng, l’artiste conceptuel argentin Leandro Erlich, la créatrice de mode Iris Van Herpen et l’actrice et réalisatrice Maria de Medeiros. Un casting international très VIP.

Et la concurrence était sérieuse : la gare Gadigal de Sydney, première station du tout nouveau métro australien ; celle de Mons en Belgique, signée de Santiago Calatrava ; la gare de Baiyun à Canton, avec son parc urbain vertical ; deux stations à Riyad dont KAFD, conçue par Zaha Hadid Architects. Sans oublier notre voisine de Saint-Denis–Pleyel, elle aussi en finale, signée du Japonais Kengo Kuma. Villejuif les a tous devancés.

Bien plus qu’une gare : une porte d’entrée sur le territoire

Inaugurée le 18 janvier dernier sur la ligne 14, la gare de Villejuif–Gustave Roussy change déjà la vie de milliers de personnes. Elle dessert directement l’Institut Gustave-Roussy, premier centre européen de recherche et de soins contre le cancer. Pour les malades qui viennent s’y faire soigner, pour les personnels soignants qui y travaillent au quotidien, pour les chercheurs qui y font avancer la science, l’arrivée du métro est une vraie révolution. Fini les trajets interminables en bus ou en taxi. Avec la ligne 15 qui arrivera en 2027, ce sera encore mieux.

Mais cette gare est aussi une porte d’entrée sur un coin du Val-de-Marne qu’on connaît trop peu. À vraiment deux pas se trouve le parc des Hautes-Bruyères : 25 hectares un peu cabossés, plantés sur une ancienne carrière de sable. Un superbe parc urbain, avec ses jardins partagés, ses vallons, ses prairies qui ondulent et ses vues dégagées sur le Sud parisien. Malgré le vrombissement de la toute proche A6…

Pour ceux qui ont envie de marcher, la gare IGR, c’est le début de l’aventure. On peut descendre vers la Bièvre, cette rivière discrète qui coule par intermittence en contrebas, et suivre sa vallée vers le parc de Sceaux et au-delà, le plateau de Saclay. Ou partir dans l’autre sens, vers la Seine. D’ailleurs, la future trame verte Seine-Bièvre va bientôt relier tout ça : du parc des Hautes-Bruyères jusqu’au MAC VAL à Vitry, une grosse heure à pied pour les curieux.

À lire aussi : Les gares de Saint-Denis–Pleyel et de Villejuif–Gustave Roussy classées parmi les plus belles du monde

À lire aussi : Avec les organoïdes, Fanny Jaulin cherche à faire reculer le cancer

Une ambition enfin reconnue

Au fond, ce qui compte dans ce prix, c’est que le pari du Grand Paris Express soit en train d’être reconnu. Depuis le début du projet, la Société des grands projets a fait un choix : confier chaque gare à un architecte de renom, y associer un artiste dans le cadre du programme Tandems, faire de ces infrastructures du quotidien des lieux où l’on a envie de s’arrêter, pas seulement de passer.

C’était un pari. On aurait pu faire fonctionnel, sobre, efficace. On a choisi de faire beau. Et voilà que ce choix est salué au plus haut niveau international, devant les réalisations de Sydney, Riyad ou Canton. Pour la banlieue parisienne, c’est une forme de reconnaissance. Les voyageurs qui passent par Villejuif–Gustave Roussy – malades, soignants, chercheurs, habitants, promeneurs du dimanche – circulent désormais dans la plus belle gare du monde. Avec une ligne 14 qui doit améliorer le quotidien.

À lire aussi : Edmond Baudoin, peintre du métro depuis 45 000 ans

À lire aussi : « Cette armée de terre est une ode à la diversité » : l’artiste Prune Nourry crée 108 Vénus pour la gare de Saint-Denis–Pleyel

À lire aussi : Le Grand Paris Express vu de Los Angeles : « À Paris, le métro dit aux banlieues : vous comptez »

La gare Villejuif–Gustave Roussy. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
La gare Villejuif–Gustave Roussy. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
La gare Villejuif–Gustave Roussy. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris