
Février à peine terminé, et ça fleurit déjà. La douceur de cet hiver a mis le calendrier sens dessus dessous : perce-neige, hellébores, crocus, jasmin d'hiver sont sortis plus tôt que prévu dans les parcs et sous-bois d'Île-de-France. Des fleurs qui ne durent parfois qu'une semaine. On est allé les chercher, de Sevran à Meudon, de Sceaux à Vincennes.
Elles sont là, dans les sous-bois humides, au ras du sol, dans les grands parcs urbains encore calmes, en lisière de forêt. Des fleurs qui ne cherchent pas à se faire remarquer. Toute leur énergie est consacrée à sortir du sol encore froid, entre les feuilles mortes. Le perce-neige, une petite clochette blanche d’une dizaine de centimètres, est capable de crever le givre. À côté, les hellébores ouvrent leurs corolles pourpres ou vert pâle en regardant obstinément le sol — de toutes façons, le soleil n’est pas encore à son prime. Plus haut, les noisetiers laissent tomber leurs chatons jaunes au moindre coup de vent. Et sur les murs des jardins publics, le jasmin d’hiver plaque ses fleurs jaune vif sur des tiges nues : parfois la seule couleur vive à des centaines de mètres à la ronde.
Vérifier que l’hiver a lâché prise
Ces plantes ont un calendrier serré. Elles fleurissent avant que les arbres aient leurs feuilles, quand la lumière passe encore à travers les branches. Dans quelques semaines, les sous-bois seront plus sombres, et ce sera fini pour elles. Alors elles se dépêchent. Et si on veut les voir, il faut faire pareil. Ce calendrier a d’ailleurs changé. En trente ans, le réchauffement climatique a avancé la floraison de nombreuses espèces d’une bonne dizaine de jours : ce qui apparaissait début mars dans les années 1990 arrive aujourd’hui dès la mi-février.
Bref, si l’hiver semble interminable, c’est peut-être le bon moment d’aller vérifier, sur le terrain, qu’il a déjà commencé à lâcher prise. Et début mars, tout s’accélère. Les crocus déroulent des tapis violets et jaunes dans les pelouses — ils s’ouvrent au soleil et se referment la nuit, comme des paupières fatiguées. Les primevères tapissent les fonds de vallées. Les violettes parfument les haies sans prévenir. Les anémones des bois couvrent les sous-bois de hêtres d’un blanc légèrement rosé. Et puis viennent les jonquilles, les muscaris, les scilles. Fin mars, les cerisiers japonais de Sceaux commencent à bourgeonner. Devant les perches à selfie. Mais avant, vous aurez pris le temps.

Où aller les voir maintenant
En Seine-Saint-Denis
Le parc forestier de la Poudrerie, à Sevran (RER B Vert-Galant), est une ancienne manufacture de poudre à canon devenue un vaste espace semi-sauvage. Sur 137 hectares, les sous-bois humides longent le canal de l’Ourcq. Les perce-neige sont déjà bien visibles, les hellébores fleurissent un peu partout, et le silence surprend toujours, surtout pour un parc du 93. Le parc Georges-Valbon, à La Courneuve (tram T1), offre 400 hectares de prairies et de plans d’eau où les crocus percent autour du lac. Les grèbes et les hérons sont déjà là. Un peu plus à l’est, le parc du Sausset, à Aulnay (RER B Villepinte), est particulièrement riche en flore précoce. En mars, les grenouilles s’y font entendre elles aussi.
Dans les Hauts-de-Seine
Le domaine de Sceaux (RER B) cache des hellébores et des crocus dans ses massifs bien avant l’arrivée des foules printanières. Le domaine national de Saint-Cloud (métro Pont de Sèvres), avec ses 460 hectares, est couvert de noisetiers chargés de chatons dorés. Depuis la terrasse de la Lanterne, la vue sur Paris rappelle que l’on est encore en hiver, malgré tout. La forêt de Meudon (Transilien depuis Montparnasse, une vingtaine de minutes) concentre autour de l’étang de Villebon tout ce qu’il faut pour un début de saison : chênes, hêtres, sols humides, premières fleurs — et cette impression persistante que non, ce n’est pas possible, pas si près de Paris.
Dans le Val-de-Marne
L’arboretum de Paris, dans le bois de Vincennes (RER A Joinville-le-Pont), est un bon point de départ pour apprendre à reconnaître ce que l’on voit. Douze hectares, tout est étiqueté : hellébores en pleine floraison, hamamélis aux pétales filés comme des araignées. On observe ici, on mémorise, et ensuite on part les chercher ailleurs, en liberté dans les sous-bois d’Île-de-France.

Lire aussi : Allez voir s’éveiller le printemps dans les forêts du Grand Paris
Lire aussi : Balade botanique au Père-Lachaise, le plus grand espace vert de Paris
Lire aussi : Quoi faire en forêt de Meudon, la forêt la plus proche de Paris ?
Lire aussi : 5 arboretums où se ressourcer dans le Grand Paris
22 février 2026 - Île-de-France