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La petite ferme au bout de la ligne P

Pauline Isambert dans son exploitation les Herbes libres / © Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Pauline Isambert dans son exploitation les Herbes Libres / © Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Comment va l'agriculture ? Comment vont les paysans ? Pour en discuter, on a repris contact avec Pauline Isambert, rencontrée il y a cinq ans au moment de son installation comme paysanne herboriste en Seine-et-Marne. Nous l'avons retrouvée en pleine préparation de son Salon de l’agriculture… à la ferme, où elle vous attend le 28 février.

La petite ferme au bout de la ligne R

C’était en 2020, pendant le confinement. Prise de contact sur les réseaux sociaux, invitation à venir à la ferme où elle s’installait. Train vide, silence sanitaire, impression de quitter la métropole pour une autre carte. Pauline m’attendait à la gare. Quinze minutes de voiture encore, puis les champs. Elle louait 5 000 m² de terres bios à des agriculteurs fraîchement retraités, à 70 euros par an, pour une petite parcelle bien suffisante pour planter des aromatiques… et gérer, seule, déjà. Autour d’elle, d’autres jeunes installés sur le même terrain : deux maraîchers, deux paysans-boulangers, une éleveuse-tisserande de brebis pour la laine. Un petit morceau de campagne posé là, au cœur du plateau briard. Une plaine infinie, le Far East francilien.

Elle m’a raconté son retour à l’essentiel : les plantes. Sa grand-mère corse les cueillait enfant, pendant la guerre, dans la montagne. Pauline les a apprises d’elle bien plus tard, pendant les grandes vacances. Je me demandais quand même ce qu’elle allait faire ici. Même en aimant son histoire.

Cinq ans plus tard

Cinq ans plus tard, je reprends contact. Les Herbes Libres tiennent debout. Pauline n’a pas changé de ligne : cultiver et transformer à la main des herbes aromatiques, des tisanes, des sirops. La gamme s’est élargie : tartinables végétaux, vinaigres et huiles infusées, sirop de thym l’hiver, menthe l’été. Certifiée Nature & Progrès et Agriculture Biologique, deux cahiers des charges différents, le premier intégrant aussi des critères sociaux et environnementaux.

Elle vend sur les marchés paysans de Montreuil – ce 21arrondissement de Paris –, de Vincennes, dans Paris intra-muros et dans le réseau Biocoop d’Île-de-France. C’est une réussite. Discrète, solide, à une heure de Paris. Dans des quartiers où l’on aime l’agriculture paysanne et où le portefeuille permet de l’être – sans ce marché-là, les vocations comme la sienne s’épuisent vite.

Mais une réussite, à la campagne, ça se paie. Surtout quand on est seule pour tout faire. « J’en ai, des galères de marché à raconter. Des jours de pluie et de froid. Des années comme 2024 où il pleut tous les jours… Ce que j’aime dans mon métier, c’est l’imprévu. En étant paysanne, je suis servie : chaque jour se réinvente ! »

« Nima »

En réalité, le chemin n’a rien eu de rectiligne. L’an dernier, séparation avec son mari. Sa fille en garde alternée. Elle travaillait déjà seule ; elle continue seule. Chez les paysans Nima [non issus du monde agricole], les trajectoires ressemblent rarement à celles des fermes familiales transmises de génération en génération. Les reconversions sont choisies. Les marges de sécurité, beaucoup moins. Elle reconnaît avoir douté. Mais Pauline ne parle pas de reconversion. Elle parle d’alignement.

« Je me suis demandé si j’allais arrêter. Et puis je me suis rendu compte que Les Herbes Libres étaient très connues à Montreuil, alors que j’étais seule à bosser. Ça m’a redonné confiance. J’ai démarché Vincennes et Paris. J’ai produit plus. » Le collectif du début a évolué. Ils sont aujourd’hui sept sur le terrain : Pauline, deux maraîchers, deux paysans-boulangers, une éleveuse-tisserande de brebis. Bao, qui faisait des grandes cultures au départ, est parti. Les autres tiennent.

« Les débouchés, pour un petit producteur, ne sont jamais acquis. Ils se cultivent presque autant que les plantes. »

L'exploitation de Pauline Isambert, les Herbes libres. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
L’exploitation de Pauline Isambert, les Herbes Libres. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Un million de paysans 

Combien sont-ils réellement à pouvoir s’installer, trouver du foncier accessible, tenir économiquement et moralement ? Pauline cite un chiffre souvent évoqué dans le milieu : environ 400 000 paysans en France.

« Il en faudrait un million pour avoir une vraie souveraineté alimentaire. » Pauline en a une lecture directe : installer des paysans, relocaliser l’agriculture, organiser une transition vers le bio – meilleure pour les paysans, les sols, et au bout du compte pour tout le monde. Et rendre tout ça accessible. Ce qui suppose d’augmenter les salaires. Elle en vit la version concrète : produire, vendre, recommencer. « La vie à la campagne est bien plus simple et moins consommatrice qu’en ville. Le plus important pour moi, c’est d’être logée et de bien manger ce que produisent mes collègues. »

Elle cherche quand même de nouveaux points de vente : magasins bios, épiceries fines, circuits directs producteurs. « Le Salon de l’agriculture montre un certain type d’agriculture qu’on ne défend pas. » Aimer les paysans Porte de Versailles pendant les quinze jours du Salon, c’est bien. Venir les voir travailler le 28 février en Seine-et-Marne, c’est mieux.

Infos pratiques : Salon à la ferme, samedi 28 février, de 10 h à 18 h, Ferme de Retal, 26, rue de Chaumes, 77220 Liverdy-en-Brie. Accès : gare de Tournan (ligne P ou RER E), puis vélo ou voiture. Organisé par la Confédération paysanne : confederationpaysanne.fr. Plus d’infos sur lesherbeslibres.fr — @lesherbeslibres

L'exploitation de Pauline Isambert, les Herbes libres. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
L’exploitation de Pauline Isambert, les Herbes Libres. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

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