
Entre station de métro, dalle de béton et bords de lac, la Maison des arts de Créteil fête ses cinquante ans. Julie Sanerot, qui en prend la direction, hérite d'un monument vivant : une scène nationale unique en Val-de-Marne et un creuset de la danse française contemporaine. Elle veut l'ouvrir encore plus grand. À vivre avec le Jubilé des 13 et 14 mars.
La dalle et le lac
Pour qui se dirige vers la Maison des arts et de la culture de Créteil, le contraste est saisissant. D’un côté, la vaste dalle avec ses immeubles de bureaux et d’habitation et, de l’autre, les bords du lac où quelques joggeurs matinaux font leurs tours. « Créteil et ses alentours constituent un territoire de grande variété et de grande mixité, explique Julie Sanerot. La dalle sur laquelle nous nous trouvons constitue un environnement très urbain et, en même temps, nous sommes dans la communauté d’agglomération Grand Paris Sud Est Avenir qui compte aussi le Plateau briard. Et puis il y a une vraie fierté à se réclamer de Créteil. J’ai croisé plein de gens qui me disaient « Ah, tu vas à la MAC ! Mais moi je viens de Créteil ! » L’attachement à la ville est réel. »
De la danse dans les murs
Après des passages au théâtre national de Chaillot, au théâtre national de la Colline et dix-huit ans au Centquatre-Paris, Julie Sanerot a pris la direction de la MAC en septembre 2025. Un endroit emblématique : l’une des 78 scènes nationales de l’Hexagone, et la seule du Val-de-Marne, fondée en 1975. Dans l’ADN du lieu, la danse : Maguy Marin, Angelin Preljocaj et José Montalvo y ont laissé leur empreinte. La présence de Marin a conduit à la création d’un centre chorégraphique national, le seul en Île-de-France, installé dans les murs du théâtre.
Tisser des liens, faire territoire
Son projet, Julie Sanerot l’a intitulé « Tisser des liens, faire territoire ». « Nous avons un public d’habitués très fidèles qui veut les mêmes fauteuils depuis vingt ans et qui, en même temps, vient voir tous les spectacles et nous fait confiance. Mon enjeu, c’est de conserver ce public et de l’élargir. » En décembre, elle a accueilli le festival Impatience, consacré à la jeune création théâtrale. Résultat : des jeunes sur les plateaux et dans la salle. Elle se souvient aussi avec satisfaction d’un vernissage d’expo photo se déroulant au même moment qu’un spectacle de Mehdi Kerkouche. « Des lycéennes fans de Mehdi sont venues jeter un coup d’œil à l’expo, ce qu’elles n’auraient sans doute pas fait sinon. » C’est exactement ça, l’idée.
Dans les sous-sols de la MAC, derrière une porte anonyme, un ancien restaurant attend sa transformation en cabaret. La décoration baroque évoque à la fois une guinguette des bords de Marne et un plateau de variété d’une autre époque. Julie Sanerot y voit une opportunité de programmation intimiste : « C’est une forme à laquelle je suis sensible car elle permet une grande liberté de parole. » Une étude de faisabilité est en cours ; dès la saison 2026-2027, la MAC prévoit d’accompagner des artistes pour redonner vie à ce sous-sol.

Arthur H, circassiens et portes ouvertes
Le jour du reportage, la MAC est en pleine ébullition. Dans une salle, Arthur H répète. Il vient d’emménager à Créteil avec sa famille. Son père, Jacques Higelin, a marqué l’histoire du lieu. Sa présence pour le Jubilé dit quelque chose de la filiation entre générations d’artistes. Dans un hall, un jeune homme tourne sans fin dans un cerceau géant tandis qu’un autre enchaîne les équilibres. Dans un studio, un trio s’exerce au porté pendant qu’un quatrième escalade un mât. Les élèves de l’École nationale des arts du cirque de Rosny-sous-Bois s’entraînent ici l’hiver, leur chapiteau du plateau d’Avron étant difficilement chauffable. « Il est hors de question de laisser des espaces vides alors que nous avons en Île-de-France tant d’artistes qui cherchent des lieux pour travailler », défend Julie Sanerot.
Le public comme rempart ?
Face aux contraintes budgétaires et aux politiques culturelles qui tendent à privilégier le patrimoine sur la création, Julie Sanerot reste directe : « Le plus gros risque, c’est que le public ne nous défende plus. Il faut se battre pour avoir sa reconnaissance, car c’est lui le rempart en période de crise. » À Créteil, la mairie offre à chaque élève du primaire un spectacle par an. « Chaque enfant arrive au collège en ayant vu au moins cinq spectacles dans sa vie. Ça change la donne. » Cinquante ans après sa fondation, la MAC sait exactement où elle a mis les pieds – et pour combien de temps.
Infos pratiques : Maison des arts et de la culture de Créteil, 1, place Salvador-Allende, Créteil (94). Le week-end des 13 et 14 mars, le Jubilé rassemblera des artistes ayant marqué les cinquante ans du lieu – Maguy Marin, Angelin Preljocaj, Mourad Merzouki – aux côtés de la jeune génération : la circassienne Victoria Thierrée Chaplin et le metteur en scène Léo Cohen-Paperman. Deux œuvres en réalité virtuelle seront proposées. Les festivités se termineront par un grand bal populaire. Gratuit, réservation obligatoire. Accès : métro Créteil–Préfecture (ligne 8). Plus d’infos sur maccreteil.com


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5 mars 2026 - Créteil