
Dans le 14e arrondissement, à quelques minutes de la station Glacière, une ancienne funambule a reconverti sa roulotte centenaire en laboratoire de parfums sur mesure. Ayin de Sela ne vend pas une fragrance : elle cherche, dit-elle, la plus haute fréquence de votre personnalité. Patti Smith, Thom Yorke et Adèle Haenel ont déjà sonné à sa porte. Et si c'était votre tour ?
Une vie sur le fil
À quelques minutes de la station Glacière, dans le 14e arrondissement, une porte s’ouvre sur une cour silencieuse. Au premier étage, un petit appartement reçoit chaque jour des thérapeutes et, un week-end par mois, les créations parfumées d’Ayin de Sela. La parfumeuse accueille ses visiteurs dans une pièce remplie de livres en hébreu et d’une affiche de Sigmund Freud. Un décor qui va bien à une praticienne pour le moins singulière.
« Mon prénom, Ayin, veut dire œil en hébreu. L’œil, c’est l’intuition, la source, c’est ce qui jaillit », explique-t-elle avec un léger accent hispanique qui transforme ses phrases en poésies. Sa vocation, c’est le parfum : « Le parfum que je crée est une étude de ce qui va bien dans ta vie. L’odeur que l’on trouve ensemble est censée représenter la plus haute fréquence de ta personnalité, celle qui te place dans les meilleures conditions au quotidien. »
Ayin de Sela n’a pas toujours été dans la parfumerie. Circassienne de renom, elle a voyagé dans le monde entier et réalisé un numéro de funambule sur la place Saint-Marc, avant qu’un problème neurologique ne l’oblige à tout arrêter. « Durant cette période, j’ai vécu une perte d’identité. J’ai dû lâcher ce que j’étais avant pour avancer. », confie-t-elle. Après un passage à Montréal au Québec, elle atterrit à Montréal-en-Bourgogne – le clin d’œil n’est pas sans saveur – pour prendre la direction artistique du château de Montelon, lieu de résidence d’artistes près de Vézelay. Là-bas, elle installe une roulotte centenaire, la transforme en laboratoire et s’inspire des plantes de son jardin et des artistes qu’elle croise pour se lancer dans le parfum.
En 2015, tout s’accélère. À l’occasion de la COP21 à Paris, son amie Rebecca Foon – contrebassiste et proche de Patti Smith – lui commande un parfum pour chacune des personnes invitées. Dans son carnet, aujourd’hui, la parfumeuse détient les secrets olfactifs de Patrick Watson, Naomi Klein, Vandana Shiva et de Patti Smith elle-même. Certains de ces clients passent encore se procurer une recharge. Ayin détient également les formules d’Adèle Haenel, de Thom Yorke et d’Arthur H.
Ombre et lumière
Ce qui singularise Ayin de Sela des parfumeurs traditionnels, c’est son approche. Elle propose à ses clients deux entrées possibles : l’une directe, en explorant simplement les odeurs que l’on aime parmi ses flacons. L’autre, plus mystique, commence par un tirage de tarot en six cartes censées cerner la personnalité du consultant, avant de créer un parfum en fonction des cartes tirées, des préférences et des réactions de la personne.
Pour donner un avant-goût de son art, Ayin propose une mini-séance. Avant même d’ouvrir les flacons, elle sort ses cartes et ouvre un oracle basé sur la Lune. Que l’on y croie ou non, le rituel crée une vraie connexion et invite à se tourner vers son monde intérieur. Les cartes tirées symbolisent respectivement ce qui anime la personne, ce qu’elle traverse, et la synthèse de ce que ces éléments disent d’elle. « Je lis les symboles, mais aussi les réactions que tu vas avoir face aux cartes. C’est un travail coopératif, précise-t-elle. Il permet de montrer les parts d’ombre qu’il existe en chacun, puis de se concentrer sur sa lumière pour créer un parfum qui symbolise la meilleure version de soi. »
La séance se déroule dans une pièce lumineuse, entourée d’une lampe de sel rose et d’un bol tibétain. Elle dure une heure, au terme de laquelle le parfum prend forme dans un petit flacon où une rose a été glissée. D’abord une base d’encens pour s’ancrer, puis de la rose de Damas, des lilas et des agrumes. Le mélange est créé en huile pour mieux s’absorber sur la peau ; il peut ensuite être reproduit en brume alcoolique. La recette, avec le nombre précis de gouttes de chaque essence, est soigneusement conservée par Ayin.
« Pour moi, le parfum est une affaire de soin, assure-t-elle. Une manière de se remettre au centre et de se tourner vers ses désirs. » Une parenthèse dans une journée parisienne, dont on ressort avec une petite fiole de verre et, peut-être, une idée un peu plus claire de soi-même.
Infos pratiques : Ayin de Sela sera présente les 3, 4 et 5 avril au 34, rue de l’Amiral Mouchez à Paris (14e). Disponible aussi chaque semaine dans sa roulotte au 18, rue Joseph Montenat, Le Grand Island (89). Tarifs : création de parfum simple (1 h) : 95 €. Tirage suivi d’une création de parfum (1 h 30) : 135 €. Accès : métro Glacière (ligne 6). Plus d’infos et réservations sur son Instagram, ou bien par téléphone au 06 16 58 03 30.

12 mars 2026 - Grand Island