Artdevivre
|

En Seine-et-Marne, le bœuf du MERCOSUR n’est plus invité à la cantine

La Plaine agricole des Alluets, entre la forêt domaniale et la Seine. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Le Département vient d'envoyer un courrier à ses fournisseurs : plus aucun produit sud-américain ne doit atterrir dans les assiettes des 50 000 collégiens. Derrière ce coup de force, une plateforme de circuits courts déjà bien rodée et un message politique assumé. Vive les nuggets made in 77 !

Et si la révolution agricole passait par les cantines scolaires ? C’est le pari du Département de Seine-et-Marne qui vient de frapper un grand coup : fini les produits venus d’Amérique du Sud dans les assiettes de ses 50 000 collégiens. Un courrier a été envoyé à tous les fournisseurs pour leur rappeler la règle du jeu : ici, on mange local.

Approv’Halles, la mécanique bien huilée des circuits courts

Derrière cette décision, il y a un outil qui tourne déjà à plein régime depuis 2024 : Approv’Halles, une plateforme installée à Provins qui transforme, conditionne et livre fruits, légumes, volailles et produits laitiers aux 122 collèges du département. Le tout en circuit court, s’il vous plaît. Au menu : des frites made in Seine-et-Marne issues de patates cultivées à 10 kilomètres de la plateforme, de la volaille locale transformée sur place, et du bœuf qui n’a pas traversé l’Atlantique pour atterrir dans l’assiette. Qui a dit que la cantine, c’était triste ?

La Seine-et-Marne, géant agricole que l’on feint d’oublier

Car oui, il faut le rappeler : la Seine-et-Marne, ce n’est pas seulement Disneyland, des lotissements et des zones commerciales. C’est surtout le premier département agricole d’Île-de-France, avec 336 000 hectares cultivés, soit plus de la moitié de la surface agricole régionale. Derrière ces champs de blé et de betteraves se cachent près de 2 900 exploitations et 5 700 femmes et hommes qui, chaque jour, produisent des céréales de qualité meunière et brassicole, des fruits, des légumes, et même du lait pour fabriquer les deux stars fromagères du coin : le Brie de Meaux et le Brie de Melun, tous deux estampillés AOP.

Non, l’Île-de-France n’est pas qu’une dalle de béton

Contrairement aux idées reçues, les espaces ruraux représentent plus de 75 % du territoire francilien, dont près de la moitié dédiée à l’agriculture. Au total, ce sont 569 000 hectares cultivés, 4 500 exploitations et 11 000 actifs agricoles qui font vivre la campagne aux portes de Paris. Et le bio dans tout ça ? Il progresse : 11 % des exploitations franciliennes sont désormais certifiées ou en conversion, contre seulement 2 % en 2010. Une dynamique encore fragile, mais que la restauration collective peut clairement aider à changer d’échelle.

Un choix alimentaire… et très politique

En envoyant ce courrier trois jours après la signature de l’accord UE-Mercosur, le Département de Seine-et-Marne envoie un signal clair : la souveraineté alimentaire, ça commence à la cantine. Et tant pis si ça fait grincer des dents à Brasília. Reste à savoir si d’autres départements suivront le mouvement. En attendant, les collégiens seine-et-marnais peuvent se resservir de nuggets et de frites sans culpabiliser : c’est du coin.

Les terres agricoles du Plateau Briard.
Les terres agricoles du Plateau Briard. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

A lire aussi : L’Île-de-France, cette terre agricole que les citadins ont oubliée

A lire aussi : « Tout ce que vous voyez en Île-de-France, ce sont les paysans qui l’ont façonné »

A lire aussi : À Grignon, berceau de l’agriculture moderne, les salades ont gagné sur le béton. 

A lire aussi : Bientôt un 5e parc naturel 10 fois plus grand que Paris en Île-de-France