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« Une piste qui s’arrête net au pied d’un pont, ça décourage tout le monde »

Le VIF. Photo Région Île-de-France
Le VIF. Photo Région Île-de-France

Traverser la région à vélo sans se faire peur : c'est la promesse du réseau Vélo Île-de-France, le VIF, 750 kilomètres de pistes larges et tranquilles d'ici 2030. La moitié est déjà là. Reste le plus difficile : ces endroits où tout s'arrête d'un coup, un pont sans piste, un échangeur infranchissable, une nationale à traverser. La Région et le Collectif Vélo Île-de-France en ont recensé 22 à faire sauter. Aux Rencontres régionales du vélo, le 11 septembre, le directeur du Collectif Louis Belenfant a raconté ce que ces pistes changent déjà dans la vie des Franciliens. Entretien.

« Ça a fait le boulot : ça a attiré des cyclistes »

On roule peut-être déjà sur le VIF sans le savoir. À quoi le reconnaît-on ?

Louis Belenfant, directeur du Collectif Vélo Île-de-France : À des pistes larges, où on roule à l’aise, sans se battre avec les voitures. Et ce qu’il faut comprendre, c’est qu’on n’en est plus au stade du projet. Regardez l’avenue de Paris à Vincennes, celle qui mène au bois et au château. Avant 2020, c’était une départementale très moche comme on en connaît plein en Île-de-France : quatre voies de voitures, du stationnement partout. Personne ne croyait qu’on pouvait la transformer, même pas nous. Puis le Covid est arrivé, le Val-de-Marne a posé une piste provisoire, du marquage jaune et des plots, très moche aussi. Mais ça a fait le boulot : ça a attiré des cyclistes. Et on a fini par refaire l’avenue, avec une vraie piste, des arbres, des trottoirs élargis. Ça change la vie. Et ça vaut partout, pas seulement aux portes de Paris : à Aubervilliers, sur les allées de Neuilly, dans les quartiers pavillonnaires, et jusqu’à la base de loisirs de Vaires-Torcy, en Seine-et-Marne. Il n’y a pas de territoire qui ne serait pas propice à accueillir le VIF.

Et qui croise-t-on sur ces pistes ?

Tout le monde, et c’est ça qui me plaît. Il y a ceux qui vont au travail, bien sûr, et c’est important, ne serait-ce que pour soulager les transports en commun aux heures de pointe. Mais il y a tout le reste : des collégiens qui vont en cours entre copains, des gens qui font leurs courses, un papa qui court à côté de son enfant à vélo sans gêner les piétons. Des ados qui filent tout seuls à la base de loisirs, là où avant les familles venaient en voiture avec les vélos dans le coffre. Et des gens qu’on ne voyait plus dehors : des personnes en fauteuil roulant électrique, en tricycle adapté. C’est banal aux Pays-Bas, c’est très rare chez nous, et ça ne marche que si la piste est large. Sur nos photos, les gens ont l’air heureux. Je vous promets que ce ne sont pas des personnes qu’on a payées.

« On n’a pas de boule de cristal, personne ne connait les budgets de 2028 »

Il reste ces endroits où tout s’arrête d’un coup : un pont, un échangeur, et plus de piste. C’est le prochain chantier ?

Oui, parce qu’une piste qui s’arrête net au pied d’un pont, ça décourage tout le monde : vous devez vous rabattre sur une route dangereuse ou renoncer au trajet. Et quand on règle un de ces points noirs, l’effet est immédiat. Regardez la passerelle au-dessus de la Seine [à préciser : secteur Carrières / La Défense] : les cyclistes du coin ne nous parlent même pas des pistes, ils nous disent « la passerelle, c’est génial, j’ai gagné un temps fou pour aller à La Défense ». En plus on passe au-dessus du fleuve, on a un balcon sur la Seine, sans voiture qui vous stresse dans le dos. Face à ces passages qu’on nous dit impossibles, il y a deux attitudes. Soit vous attendez d’être au pied du mur, et généralement ça se passe mal, parce qu’aucun élu, à un an d’une élection, ne se dit « tiens, si je m’attaquais à ce gros morceau ». Soit vous vous y mettez dès maintenant, avec du budget et en discutant avec les habitants. Concerter n’est pas un gros mot.

Tout ça pour 2030. Vous y croyez ?

C’est possible. Mais c’est maintenant que ça se joue. Il n’y a pas une seule autre région qui soutient aussi fortement le vélo, pas une seule, à une époque où l’État a supprimé son plan vélo et où on serre tous les budgets. On connait les budgets d’aujourd’hui et de début 2027. Je n’ai pas de boule de cristal, je ne connais pas ceux de 2028. Donc mon conseil aux communes qui hésitent : sortez de vos frontières, allez voir ce qui roule chez le voisin. Un maire a vu ce qui s’est passé à Vincennes et demande aujourd’hui la même chose. L’argent est là, les exemples sont à portée de RER, parfois à pied. Profitez-en.

Le VIF. Photo Région Île-de-France
Le VIF. Carte Région Île-de-France

Le VIF en chiffres et en dates

D’ici 2030, l’objectif est de créer 750 km de pistes cyclables larges et sécurisées, répartis en 11 lignes qui traversent toute la région, desservant près de 200 communes. 

2020. La Région adopte le projet de « RER Vélo » imaginé par le Collectif Vélo Île-de-France et y consacre 300 millions d’euros. Le réseau est rebaptisé Vélo Île-de-France, le VIF.

2026. La moitié du réseau est ouverte : 350 km en service, 30 km en travaux, 200 km à l’étude. Le 11 septembre, la Région annonce un plan pour résorber 22 points noirs (ponts, échangeurs, grandes routes à traverser), doté de 70 millions d’euros sur quatre ans, ainsi qu’un plan signalétique pour rendre le réseau repérable d’ici fin 2027, comme une ligne de métro ou de bus.

2030. Horizon d’achèvement du réseau complet.

Plus d’infos sur Collectif Vélo Île-de-France

Le VIF. Photo Région Île-de-France
Le VIF. Photo Région Île-de-France

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