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La tour Montparnasse a pris pour 5 ans de réhab’

L’École militaire, le siège de l’Unesco et… la tour Montparnasse, vus de la tour Eiffel

Ce mardi, le plus haut gratte-ciel de Paris a fermé ses portes et arrêté ses ascenseurs pour au moins cinq ans de travaux. Retour sur un demi-siècle de détestation assumée, et sur le paradoxe d'un monument que tout le monde critique et que deux millions de personnes visitent chaque année.

Ce mardi soir, le monument officieusement le plus détesté de Paris a tiré le rideau et arrêté ses ascenseurs pour cinq ans. Érigée en 1973 au forceps sur l’emplacement de l’ancienne gare Montparnasse, la tour de 209 mètres a déclenché une telle réprobation que la loi limitant les constructions parisiennes à 37 mètres fut adoptée dans la foulée – directement à cause d’elle. Depuis, elle fait figure de repoussoir consensuel : trop haute, trop sombre, trop seule au milieu des toits de zinc.

Pourquoi une telle détestation ? Parce qu’elle surgit sans crier gare dans un tissu haussmannien millimétré. Parce qu’elle incarne le modernisme techno des Trente Glorieuses dans ce qu’il a de plus arrogant : raser l’ancienne gare, symbole de tout un Paris populaire et littéraire, pour planter un parallélépipède sombre visible à 40 km. Elle était d’ailleurs la pièce maîtresse d’un projet bien plus vaste, la fameuse « radiale Vercingétorix », une percée autoroutière qui devait relier le périphérique aux voies sur berge en éventrant les 14e et 6arrondissements. La tour a survécu, l’autoroute non. C’est Jacques Chirac, aussitôt élu premier maire de Paris en 1977, qui enterre définitivement la radiale et met fin à l’urbanisme de tours hérité de Pompidou.

Depuis Saint-Germain-des-Prés, on a longtemps contemplé avec horreur la vue plongeante sur la tour, qui fait rentrer la très Rive Gauche rue de Rennes dans le XXe siècle malgré elle. C’est un peu le paradoxe parisien : la modernité, on la tolère, mais à La Défense, de l’autre côté du périphérique. Ce fut aussi un scandale lorsque les premières tours de La Défense s’inscrivirent dans la grande perspective royale qui relie le Louvre au ciel de l’Ouest parisien. Et il fallut tout l’entêtement de Mitterrand – pour ne pas dire plus – pour imposer l’Arche, qui referma la perspective. Paris déteste souvent ses monuments avant de les adopter. Ou de continuer à les détester, comme pour Montparnasse.

« Point d’exclamation », « veuve noire », « hérésie urbaine »

Le petit paradoxe qu’on aime bien chez Enlarge your Paris : l’observatoire panoramique au sommet accueille 2 millions de visiteurs par an, ce qui en fait l’un des sites les plus fréquentés de la capitale, loin devant bien des musées. Pour les mauvaises langues, ce succès tient au fait que c’est le seul endroit de Paris d’où on ne la voit pas. La tour aura ainsi vécu toute sa vie comme un repoussoir qui attire, au point d’inspirer en 2001 le film culte d’Éric et Ramzy, La Tour Montparnasse infernale, dans lequel deux laveurs de carreaux sauvent des otages au sommet du monstre. Et de s’éteindre aujourd’hui au sommet… de sa fréquentation.

Après sa rénovation, avec un potager coiffant le dernier étage (c’est une hypothèse de sa rénovation, et on n’est pas fan), partagera-t-elle le rôle d’icône repoussoir avec ses cousines, la tour Triangle bientôt achevée porte de Versailles et les tours Duo plantées au-dessus du périphérique au bout de l’avenue de France ? Quant à la ZAC Bercy-Charenton où des tours étaient un temps envisagées, le projet semble avoir pris du plomb dans l’aile. Et pour cause : dans le nouveau Plan local d’urbanisme bioclimatique voté en juin 2023, aucune construction ne pourra désormais dépasser 37 mètres dans Paris. Comme si la ville avait fini par tirer, un demi-siècle plus tard, la leçon de la « veuve noire ». La tour Montparnasse restera donc, pour longtemps, la seule de son espèce au cœur de Paris.

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