
Le deux-roues n°90157 est devenu la célébrité la plus traquée du Grand Paris. Un compte X, de l'open data, et plus de 1 300 abonnés lancés à sa poursuite.
À Paris, on chassait les Space Invaders. Maintenant on traque le Vélib’ du maire. L’histoire a commencé dimanche soir, Emmanuel Grégoire quittant en Vélib’ son QG de la Rotonde, place Stalingrad dans le 19e, pour rejoindre l’Hôtel de Ville, sitôt sa victoire confirmée. L’image a tourné en boucle dans les médias et les réseaux sociaux.
Dès le lendemain, un geek passionné de la chose politique farfouille dans l’open data de Smovengo – mais d’abord, il lance un appel sur X : « Quelqu’un veut-il se motiver à retrouver le numéro de Vélib’ emprunté par Emmanuel Grégoire hier soir ? » Personne ne se manifeste. Il retrouve seul le numéro de série sur une photo AFP – le 90157 apparaît clairement à l’arrière du cadre — et crée un compte X dédié, @le_velib_a_greg, avec une bio sans ambiguïté : « Partons à la recherche du Vélib’ n°90157 d’Emmanuel Grégoire. » Avec un numéro et quelques données publiques, il transforme un service urbain en jeu de piste à l’échelle du Grand Paris.
Le vélo est repéré dans 13 stations en quelques jours : un soir au Kremlin-Bicêtre, un matin rue de Vaugirard, un midi rue de Lisbonne, emplacement 46… tout cela listé en temps réel sur le compte. Un Vélib’ peut être utilisé jusqu’à quinze fois dans une même journée. Le 90157 passe donc rapidement d’un usager à l’autre, de station en station. Résultat : 1 325 abonnés, une carte animée de ses apparitions, et des Parisiens qui sèchent leur pause déjeuner pour aller le voir en vrai. « Le saint Vélib’ de @egregoire est bien là ! », poste l’un d’eux, selfie à l’appui. Le compte lui souhaite même bonne nuit. Le 90157 tourne aussi la nuit, localisé place de Finlande à 04h01 ce jeudi 26.
Un technicien de maintenance inspecte le cadre : roues neuves, tout brille, vitesses bien réglées. « Tout semble avoir été préparé », dit-il sur X. Le vélo du maire serait-il un vélo d’apparat ? On sait maintenant que le trajet du dimanche soir était une idée de com’ germée le matin même. Le 90157 avait été disposé près du siège de campagne du maire juste avant la proclamation des résultats. C’est ça, une bonne idée.
Vélib’ remis en selle en une soirée électorale ?
Sur les réseaux, les commentaires oscillent entre admiration groupie et moquerie acide. D’un côté, les chasseurs de station qui postent leurs selfies avec le 90157 comme s’ils venaient de croiser une célébrité. De l’autre, les ironiques : « Tiens, il a trouvé un Vélib’ électrique en marche », « Son Vélib’ est neuf non ? » Le service, presque aussi critiqué qu’utilisé, s’en tire avec un coup de pub inattendu – et gratuit. Mieux : il se retrouve raconté en temps réel par ceux qui l’utilisent. Comme nous le rappelait l’an passé le président du syndicat Vélib’ Métropole, « les usagers aiment Vélib’ autant qu’ils aiment le détester ». Ils sont pourtant 867 000 à enfourcher un chaque année. Le 90157 vient de leur offrir leur moment de gloire collective.
Avec quelques données et un peu d’attention, la ville devient lisible autrement.


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26 mars 2026 - Grand Paris