Dans les salles feutrées de la Cité de l'architecture et du patrimoine au Trocadéro, trente projets pour dix quartiers prioritaires attendent qu'on les regarde. Née d'une promesse présidentielle électrique à Marseille en 2023, l'exposition « Quartiers de demain » révèle une architecture engagée, coconstruite avec les habitants. Elle révèle aussi, en creux, une coupe budgétaire de 70 % passée discrètement en décembre dernier. Visite guidée avant le 30 mars, parce que les idées, elles, méritent mieux qu'un tiroir.


26 juin 2023 : dans les quartiers nord de Marseille, Emmanuel Macron prend la parole au gymnase de la Busserine dans une ambiance électrique. Des habitants en colère dépeignent des conditions de vie dégradées en matière de logement comme de sécurité. C’est dans ce contexte tendu que le président annonce « un projet qui lui tient à cœur », comme il l’écrira plus tard sur X : « Quartiers de demain ». « Le principe était de démontrer que les quartiers prioritaires avaient, eux aussi, le droit à des concepteurs de renom pour les transformer en réponse aux enjeux d’aujourd’hui, notamment environnementaux », résume Céline Laurens.
Deux ans et demi plus tard, c’est dans les salles ouatées de la Cité de l’architecture et du patrimoine, un jour de fermeture au public, que la directrice du programme au sein du GIP Epau nous guide entre les maquettes. Au cœur du palais de Chaillot Art déco, à deux pas des moulages en plâtre de Notre-Dame et de la Tour sans fin de Jean Nouvel, trente projets pour dix quartiers sont exposés jusqu’au 30 mars. Le contraste n’échappe à personne.
Les habitants dans le jury, pas dans la salle d’attente
« Quartiers de demain », c’est une idée séduisante : dix quartiers prioritaires, trente équipes d’architectes, paysagistes, urbanistes et sociologues en dialogue compétitif. Et, fait rare, des habitants associés dès le départ avec voix délibérative, pas seulement consultative. « C’est la première fois qu’à cette échelle les habitants sont impliqués autant en amont, constate Céline Laurens. Les concepteurs se sont vraiment mis au service du jury citoyen. » Les projets en portent la trace.
Chaufferies, écoles et silos : ce que la banlieue invente
À Corbeil-Essonnes, l’agence h2o réhabilite une ancienne chaufferie en lieu culturel ouvert sur le quartier : théâtre de verdure en extérieur, « SuperMeubles » coconçus avec les habitants en intérieur. À Coulommiers, l’architecte Catherin Trebeljahr imagine une école qui s’ouvre sur son environnement via une venelle traversante. Plus surprenant : l’agence Vurpas refuse de démolir l’école Aillaud des années 60, destinée à disparaître dans le plan de renouvellement urbain, et propose de lui coller des murs d’escalade sur les silos. La maquette donne envie.
Des maquettes plein les yeux, des budgets dans les choux
L’exposition a la bonne idée de présenter les trente projets, et pas seulement les dix lauréats. « L’idée était que ces modèles soient duplicables ailleurs, en tout ou en partie », rappelle Céline Laurens. Sur 1 600 quartiers « politique de la ville » en France, dix sites pilotes, c’est peu. Mais si les modèles essaiment, le calcul tient.
Oui mais… le 22 décembre dernier, Le Monde révèle que le GIP chargé de piloter le programme se voit amputer de 70 % de son budget. Céline Laurens se veut rassurante : « Les contrats de maîtrise d’œuvre ont été signés ou en passe de l’être. Les conditions sont réunies pour que les projets aboutissent. » Peut-être. Mais entre une promesse présidentielle dans un gymnase sous tension et des maquettes en plâtre au Trocadéro, il y a désormais un gouffre budgétaire qui ressemble beaucoup à une habitude française.
Courez voir l’expo avant le 30 mars. Et retenez les noms des agences. Parce que les idées et les méthodes, elles, ne coûtent rien à dupliquer. La banlieue mérite mieux que des promesses en maquette. Ces trente projets prouvent au moins qu’elle sait quoi en faire.
Infos pratiques : Exposition « Quartiers de demain », jusqu’au 30 mars à la Cité de l’architecture et du patrimoine, palais de Chaillot, place du Trocadéro, Paris (16e). Ouvert tous les jours sauf le mardi jusqu’au 16 septembre de 11 h à 19 h. Nocturne le jeudi jusqu’à 21 h. Tarifs : 13 € (plein tarif), 10 € (tarif réduit). Accès : métro Trocadéro (lignes 6 et 9). Plus d’infos sur citedelarchitecture.fr


17 mars 2026 - Paris