
Cinq jours après les arrêtés qui interdisaient l'accès aux forêts de l'Essonne et au massif des Trois Pignons, un incendie d'une « ampleur exceptionnelle » a parcouru des centaines d'hectares dans la nuit de dimanche. Parti des bords de l'A6, il a gagné des sentiers et ravagé une large partie des Trois Pignons.
Il y a des lieux que tout marcheur du Grand Paris porte en lui : la mer de sable du Cul du Chien, les chaos de grès des 25 Bosses, ce bout de désert à une heure de Paris. C’est ce massif-là qu’un incendie ravage depuis dimanche 12 juillet. Parti en fin d’après-midi des bords de l’A6 à Noisy-sur-École (77), le feu a gagné les communes d’Achères-la-Forêt, Arbonne-la-Forêt et Le Vaudoué. Peu après minuit, il avait parcouru plus de 1 000 hectares, selon la préfecture de Seine-et-Marne, et continuait de s’étendre.
Bilan provisoire lundi matin : 400 pompiers mobilisés, 84 engins, une portion de l’A6 coupée, des habitations évacuées et, pour la première fois en Île-de-France, des avions bombardiers d’eau dépêchés du sud de la France. Les secours annoncent un engagement d’une à deux semaines, avec des renforts venus de toute la France.
Le Cul du Chien et les 25 bosses sous la menace
L’ironie est amère : la forêt était fermée au public depuis le 7 juillet par les arrêtés pris en Essonne et étendus aux Trois Pignons des deux côtés de la limite départementale. Et le sentier de trail des 25 Bosses, que l’Office national des forêts restaure depuis le printemps 2025 pour le sauver de l’érosion des semelles, voit arriver une menace qu’aucune ganivelle n’arrête. On avait fermé la forêt aux marcheurs, le feu est entré par l’autoroute.
Un feu annoncé noir sur blanc
Ce feu n’est pas un accident du destin, c’est une échéance. En juin, l’Institut Paris Region publiait une note qui cartographiait le risque incendie de nos massifs : 7 % des forêts franciliennes déjà classées en risque moyen à fort, une température régionale en hausse de près de 1,9 °C sur la décennie 2015-2024, et un constat acté par l’État dès 2023, celui d’une Île-de-France devenue « nouveau territoire du feu ».
La note pointait aussi le facteur humain : en France, 9 départs de feu sur 10 sont d’origine humaine, et 7 incendies franciliens sur 10 naissent dans ces « interfaces » où la ville frotte contre les arbres. Un feu parti des bords de l’A6, l’autoroute qui traverse le massif : difficile d’illustrer mieux le diagnostic.
Les forestiers l’avaient vu venir
Il faut relire aujourd’hui ce que Michel Béal, alors directeur de l’agence Île-de-France Ouest de l’Office national des forêts, nous confiait dès septembre 2020 : des dizaines d’hectares de pins, arbres réputés résistants, mouraient déjà à Fontainebleau sous l’effet des sécheresses de 2018, 2019 et 2020. Des arbres affaiblis, du bois mort sec sur pied : le combustible s’accumulait sous les yeux des forestiers. « Le changement climatique va transformer la forêt et le paysage franciliens », prévenait Michel Béal.
Six ans plus tard, la transformation a pris la forme d’un panache de fumée visible à vingt kilomètres.
Reste ce que rappelait l’Institut Paris Region, et qui vaudra pour l’après : nos forêts ne sont pas un stock de combustible à raser mais le dernier grand refuge du vivant aux portes de Paris. Une forêt vivante, diverse et humide brûle moins bien qu’une forêt appauvrie. Quand les cendres des Trois Pignons auront refroidi, c’est cette leçon-là qu’il faudra retenir.
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13 juillet 2026 - Noisy-sur-École