
À 19 ans, Sébastian Dominguez a créé Balance ton Ascenseur (balancetonascenseur.fr), une carte qui localise les ascenseurs publics d’Île-de-France et, lorsqu’il dispose de l’information, indique s’ils fonctionnent. Une idée née en accompagnant son frère aîné, qui se déplace en fauteuil roulant.
Enlarge your Paris : Pourquoi avoir créé une carte en ligne des ascenseurs franciliens ?
Sébastian Dominguez : Mon grand frère est handicapé et nous vivons en région parisienne. Quand on se déplace avec lui, il y a une question qui revient tout le temps : où est l’ascenseur ? Et est-ce qu’il fonctionne ? Quand on marche, un escalier est un escalier. Pour quelqu’un en fauteuil, un escalier sans ascenseur, c’est un mur. Ça peut bloquer totalement un déplacement.
Je l’ai vécu très souvent avec mon frère. Pour l’accompagner à son institut, nous devions prendre le RER et dépendions d’un ascenseur pour rejoindre le quai. Il pouvait fonctionner comme être en panne. Dans notre cas, je peux parfois aider mon frère et lui faire franchir quelques marches. Avec un fauteuil électrique de plus de cent kilos, ce n’est tout simplement pas possible. Il faut changer de trajet ou de station et espérer trouver ailleurs un ascenseur qui fonctionne.
D’où Balance ton Ascenseur ?
L’idée est de réunir au même endroit deux informations qui manquent souvent : où se trouve l’ascenseur et dans quel état il est. La carte répertorie aujourd’hui plus de 2 000 ascenseurs en Île-de-France, dans les transports mais pas seulement : il peut aussi s’agir d’ascenseurs de mairies ou d’autres équipements et lieux publics. Pour une partie d’entre eux, nous récupérons automatiquement leur état grâce à différents flux de données ; pour les autres, les signalements des utilisateurs sont essentiels.
Parce que l’accessibilité ne s’arrête pas à la porte du métro…
Exactement. Prenez quelqu’un qui veut aller à la piscine. Le bâtiment peut être accessible sur le papier mais, si l’ascenseur est en panne, il ne peut plus forcément rejoindre le bassin. Cela concerne d’abord les personnes en fauteuil, mais aussi les personnes âgées, les parents avec une poussette ou les voyageurs avec leurs bagages. On a tous déjà vu quelqu’un galérer dans un escalier faute de savoir où se trouvait l’ascenseur.
Ne pas découvrir la panne une fois devant
Comment savez-vous si un ascenseur fonctionne ?
J’agrège plusieurs sources de données ouvertes, notamment celles d’Île-de-France Mobilités, de la SNCF et de la Ville de Paris. Mais tous les ascenseurs ne disposent pas d’un flux permettant de connaître automatiquement leur état.
C’est aussi pour cela que la participation des utilisateurs est importante : ils peuvent signaler une panne. L’objectif est que l’information circule avant que la personne concernée ne se retrouve devant l’ascenseur.
Finalement, le problème n’est donc pas seulement qu’un ascenseur tombe en panne. C’est qu’on l’apprenne trop tard ?
Oui. C’est même l’un des problèmes principaux. On peut arriver quelque part sans savoir qu’il existe un ascenseur de l’autre côté de la gare. Ou préparer tout son trajet autour d’un ascenseur et découvrir seulement en arrivant qu’il est hors service. Si on le sait avant de partir, on peut essayer de modifier son trajet. Si on le découvre sur place, on est bloqué. Et si vous aviez un rendez-vous médical, par exemple, cela peut avoir de vraies conséquences.
Votre site s’appelle “Balance ton Ascenseur”. Vous ne cherchez pourtant pas vraiment à “balancer” les exploitants…
Non, justement. À force d’échanger avec les personnes qui gèrent les ascenseurs, je me rends compte de la complexité du problème. Il peut manquer des techniciens, il peut y avoir des questions de contrats ou des pièces qui demandent du temps. Un ascenseur est une machine sophistiquée. Une panne n’est pas nécessairement le résultat d’une négligence.
L’outil pourrait même servir à ceux qui les entretiennent. Si vous avez dix ascenseurs en panne et cinq techniciens disponibles, savoir lesquels sont les plus utilisés ou provoquent le plus de difficultés pourrait aider à prioriser les interventions.
Un site monté entre deux années de prépa
Et derrière la carte, il y a… un étudiant de 19 ans ?
Oui. Je suis en classe préparatoire scientifique et je vais entrer en deuxième année. J’ai développé le site moi-même, en m’aidant d’outils d’intelligence artificielle pour aller plus vite entre les cours.
Ce projet n’a pas vocation, pour moi, à rapporter beaucoup d’argent. Il vient d’un problème que je connais personnellement avec mon frère. Pour l’instant, je finance aussi une partie de son fonctionnement, d’où l’appel au soutien que j’ai lancé.
Vous avez commencé par l’Île-de-France. Jusqu’où voulez-vous aller ?
J’aimerais déjà rendre le système plus fiable et récupérer davantage d’informations en temps réel. Ensuite, l’objectif serait que ces données puissent être utilisées par d’autres applications, notamment celles qui calculent les itinéraires. Et puis il n’y a aucune raison que le problème s’arrête au périphérique ou aux frontières de l’Île-de-France. Si le modèle fonctionne ici, j’aimerais pouvoir l’étendre à d’autres villes françaises. Parce qu’au fond, un ascenseur en panne restera toujours une panne. Mais savoir qu’il est en panne avant d’être devant, cela peut déjà éviter qu’il devienne un mur.
Balance ton Ascenseur est un site indépendant, qui n’est affilié à aucun exploitant de réseau ni à aucune collectivité. La carte est consultable sur balancetonascenseur.fr.

18 août 2026 - Grand Paris