
La Région Île-de-France se déclare victime de l'incendie qui a détruit 10 % du massif de Fontainebleau et demande réparation. Ce qui oblige à poser une question que personne ne sait vraiment résoudre et qu'il faut pourtant bien poser : Combien ça vaut, une forêt ?
En Espagne, une lagune a des droits. Depuis 2022, la Mar Menor peut être défendue devant un tribunal comme une personne — une première en Europe, arrachée par des centaines de milliers de signatures. En Nouvelle-Zélande, c’est un fleuve, le Whanganui. Et chez nous, une proposition de loi déposée au Sénat en février voudrait accorder les mêmes droits à la Seine — la juriste Marine Calmet nous en expliquait les enjeux au printemps. Mais en l’état du droit français, une forêt n’est personne. Elle ne peut pas porter plainte. Quand elle brûle, il faut que quelqu’un se déclare blessé à sa place.
C’est ce que vient de faire la Région Île-de-France, qui gère les sites Natura 2000 du massif : elle se porte partie civile dans l’enquête sur l’incendie du 12 juillet et se dit « directement lésée » par la disparition de 2 200 hectares. Une première en France. Et une fiction juridique assez belle, au fond : faute de pouvoir donner la parole à la forêt, on désigne quelqu’un pour avoir mal à sa place.
L’inventaire de ce qui a brûlé
Reste à chiffrer la blessure. Et là, tout se complique, parce qu’une forêt ne produit presque rien qui se vende. Selon les experts, un hectare rapporte environ 100 euros de bois par an — et près de 1 000 euros de tout le reste : le carbone qu’il stocke, l’eau qu’il filtre, la fraîcheur qu’il fabrique, les espèces qu’il abrite, les dimanches qu’il offre. Dix fois plus d’invisible que de visible. Sans compter ce qu’aucun tableur ne sait entrer : les circuits de bloc devenus cendre et désolation, les pins des sentiers de Denecourt brulés et les quatre-vingts ans qu’il faudra pour qu’un chêne redevienne un chêne.
C’est toute l’ironie de l’affaire : pour défendre ce qui n’a pas de prix, il va falloir lui en donner un. Les juges trancheront à l’avenir, et ce qu’ils diront de Fontainebleau vaudra pour toutes les forêts d’Île-de-France. En attendant, retenons la nouvelle telle qu’elle est : la forêt la plus aimée des Franciliens n’a pas de droits — mais elle aura peut-être pour la première fois, quelqu’un pour la défendre au tribunal.
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8 août 2026 - Fontainebleau