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Sentier des 25 bosses : le feu est arrivé avant nous

Nous devions y retourner cet automne avec un agent de l'ONF pour comprendre comment la surfréquentation asphyxiait les arbres du sentier le plus couru d'Île-de-France. L'incendie du 12 juillet a parcouru le massif des Trois Pignons avant le rendez-vous.

Il y a des rendez-vous que l’on prépare des mois à l’avance. Celui-ci était fixé pour l’automne : arpenter le circuit des 25 bosses aux côtés d’un agent de l’Office national des forêts, pour comprendre comment des millions de semelles finissent par étouffer les arbres qui bordent le sentier. Le feu n’a pas attendu. Parti le 12 juillet des bords de l’A6 à Noisy-sur-École (77), il a parcouru plus de 1 300 hectares dans le massif des Trois Pignons, dont les trois quarts ont peut-être été détruits. Et avec lui, tout ou partie du sentier de randonnée le plus référencé sur Internet, devant le GR20 corse.

Le GR20 francilien, avant Strava

Ce classement, nous l’avions pressenti sans le savoir. En octobre 2015, Lucinda Terreyre, alors journaliste sportive d’Enlarge your Paris, testait le circuit sous le titre « Les 25 bosses, le GR20 francilien ». Onze ans plus tôt, avant la généralisation de Strava et d’Instagram, le parcours était encore un secret partagé entre initiés : 17 kilomètres, près de 900 mètres de dénivelé cumulé, un tracé dessiné dans les années 1970 par le Club alpin français pour s’entraîner à la montagne sans quitter la Seine-et-Marne. Lucinda Terreyre y avait croisé un traileur nommé Antoine, qui bouclait la boucle en 2 h 30 — et la refaisait dans l’autre sens.

Puis le sentier est devenu une autoroute

En dix ans, le bouche-à-oreille des grimpeurs a cédé la place aux traces GPX circulant dans les réseaux sociaux et les montres connectées. Plus de 100 000 marcheurs et coureurs par an, en 2025, jusqu’à 1 700 par jour lors des grands week-ends de printemps et d’automne. Le sentier, large de 50 centimètres à l’origine, atteint désormais 2 mètres et plus par endroits, comme au rocher de la Tortue. Le piétinement fait disparaître fougères, callunes et bruyères ; le sable n’est plus retenu, les racines sont mises à nu, certains blocs de grès menacent de basculer. C’est précisément ce mécanisme — l’asphyxie lente des arbres dont les racines exposées ne captent plus les nutriments du sol — que nous voulions documenter sur place cet automne avec l’ONF.

Une restauration rattrapée par le feu

Après une étude globale menée en 2024, l’ONF avait lancé au printemps 2025 un chantier prévu sur trois ans, pour un budget estimé entre 200 000 et 250 000 euros : platelages en bois, marches en grès, ganivelles de châtaignier, bordures de branches entremêlées pour canaliser le flux. Deux échappatoires, créées avec l’association des Amis de la forêt de Fontainebleau au bout de la cinquième et de la septième bosse, permettaient aux marcheurs exténués de rentrer sans tailler leur propre chemin à travers la forêt. Une campagne de mécénat, ouverte aux particuliers comme aux entreprises, finançait l’ensemble.

Que restaure-t-on après un feu ?

Selon l’ONF, la priorité sera désormais la sécurisation des lieux, à commencer par la vérification de la stabilité des rochers, avant toute question de réouverture. Le rendez-vous d’automne n’aura pas sans doute pas lieu — pas cet automne, en tout cas.

La forêt restera fermée bien au-delà de 2026, le temps de sécuriser les rochers et de laisser le sol respirer. Nous irons marcher les 25 bosses avec l’ONF quand le sentier rouvrira, pour raconter non plus comment un sentier meurt de son succès, mais ce qui repousse après le feu. La forêt de Fontainebleau a mis des millions d’années à sculpter ses chaos de grès. Elle sait attendre. A notre tour d’apprendre.

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