
En 2025, la DIHAL recense 127 bidonvilles en Île-de-France, dans tous les départements, y compris Paris. Les personnes qui y vivent sont expulsées en moyenne trois fois par an, sans solution de relogement derrière. Deux experts de la Fondation pour le logement des défavorisés expliquent pourquoi ces situations perdurent, et ce qu'il faudrait faire. Aline Malard de la Fondation pour le logement des défavorisés (ancienne Fondation Abbé-Pierre) et Éric Constantin, directeur de l'agence Île-de-France de cette Fondation, reviennent sur les causes de la persistance des bidonvilles.
Quel est le travail de la Fondation pour le logement des défavorisés ? Quelles sont les catégories de mal-logement ?
Aline Malard, de la Fondation pour le logement des défavorisés (ancienne Fondation Abbé-Pierre) : Mon travail consiste à accompagner et soutenir des projets associatifs qui luttent contre le mal-logement, à la fois par des financements, des partenariats, mais aussi par du plaidoyer et par l’interpellation des pouvoirs publics. Quand on parle d’habitat indigne, on parle de logements qui mettent en danger la sécurité ou la santé de leurs occupants. L’habitat précaire, lui, recouvre des situations de vie non choisies – tentes, campements, bidonvilles – où les personnes survivent faute de solutions dignes.
Quel est aujourd’hui l’état des bidonvilles en Île-de-France ?
Éric Constantin, directeur de l’agence francilienne de la Fondation pour le logement des défavorisés : Les bidonvilles n’ont jamais complètement disparu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont changé de forme et de population, mais ils sont toujours là. Aujourd’hui, on manque de données exhaustives, mais la principale source reste la DIHAL (Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement). En 2025, elle recensait 127 bidonvilles en Île-de-France pour environ 4 200 personnes. Et encore, ce chiffre est sous-estimé car beaucoup de sites (comme ceux en forêts ou très éloignés de la capitale) ne sont pas comptabilisés parce que méconnus. Ces bidonvilles sont présents dans tous les départements, y compris à Paris, même si la concentration est plus forte en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne.
A. M. : Les personnes qui y vivent sont en situation de très grande précarité, souvent sans accès au logement ou à l’hébergement. Et les conséquences sont graves : l’espérance de vie y est estimée à environ 50 ans. Les conditions qui y mènent sont connues. Plus de la moitié des sites n’ont pas accès à l’eau, les deux tiers n’ont pas de sanitaires, environ 40 % ne bénéficient pas de ramassage des déchets. Il y a aussi un impact majeur sur les enfants : près d’un sur deux n’est pas scolarisé, notamment à cause des expulsions répétées et des difficultés administratives pour s’installer.
Comment expliquer la présence persistante des bidonvilles ?
E. C. : Historiquement, ils apparaissent dans les années 1950, avec la reconstruction et le besoin de main-d’œuvre, sans offre de logement suffisante. Ils disparaissent en grande partie dans les années 1970, puis réapparaissent dans les années 1990, notamment avec de nouveaux flux migratoires après la chute du mur de Berlin. Les bidonvilles ne sont que la partie visible d’une crise plus large du mal-logement.
Aujourd’hui, ce n’est pas un « retour » des bidonvilles, mais la continuité d’une situation où des personnes n’ont tout simplement pas accès à un logement ou même à un hébergement. Les dispositifs d’hébergement sont saturés – le 115, surtout – et les personnes s’organisent entre elles, avec de la famille ou des amis. Si elles n’en ont pas, elles se regroupent sur des terrains vacants ou dans l’espace public. Ce n’est jamais un choix de vivre en bidonville.
Quelles réponses sont-elles apportées par les pouvoirs publics ? Que préconisez-vous de votre côté ?
A. M. : La réponse reste très souvent centrée sur l’évacuation. Or, sans solution derrière, cela ne fait que déplacer le problème. En Île-de-France, on estime qu’une personne vivant en bidonville est expulsée en moyenne trois fois par an. Cela crée des ruptures permanentes pour trouver du travail, insérer ses enfants dans le milieu scolaire ou juste se projeter.
E. C. : La priorité doit être le relogement et la stabilisation des situations. Cela passe par un travail coordonné entre l’État, les collectivités et les associations. Certains territoires commencent à le faire, avec des stratégies de résorption qui accompagnent les personnes vers des solutions durables. L’idée n’est pas de pérenniser les bidonvilles, mais de permettre aux personnes d’en sortir dignement, ou au moins d’accéder à une forme de stabilité.
Peut-on agir à titre individuel ?
E. C. : Oui, bien sûr. Beaucoup d’associations interviennent auprès des personnes en grande précarité en organisant des maraudes, du soutien scolaire ou de l’accompagnement dans les dossiers administratifs. On peut s’engager bénévolement, selon ses compétences et ses envies, auprès de structures déjà en place comme Médecins du monde, Les Enfants du canal ou d’autres associations locales. À une échelle plus directe, il est aussi possible d’aller à la rencontre des personnes pour leur faire connaître les structures organisées et en apprendre davantage sur leurs besoins.
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15 mai 2026 - Île-de-France