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« Rire du climat, c’est ce qui me permet de m’en sortir »

Green washing Comedy Club. Photo Audrey bourbier

Elle coanime le Greenwashing Comedy Club depuis 2020, entre deux métiers — humoriste et psychomotricienne. Sa conviction : face à l’effondrement du vivant et à la crise climatique, la punchline peut parfois faire le même travail qu’un slogan politique. Anne Dupin se produit à l’Académie du climat jeudi 9 juillet. En pleine canicule.

Vous êtes humoriste, psychomotricienne et cofondatrice du Greenwashing Comedy Club. C’est une drôle d’idée, non ?

Anne Dupin. (Rires.) Oui, mais finalement, mes deux métiers parlent un peu de la même chose : comment on fait avec ce qui nous traverse. En 2020, je travaillais dans l’écologie — à la Nef, la banque coopérative — tout en faisant du stand-up sur les plateaux parisiens. Je me suis aperçue que je n’étais pas la seule à parler du climat sur scène : beaucoup d’artistes commençaient à s’emparer du sujet. Je me suis dit qu’un plateau entièrement consacré à ça pouvait exister. Sensibiliser, en rire, surtout ne pas dramatiser.

L’humour est donc devenu une manière de ne pas abandonner le climat ?

Oui. Rire du climat, de l’effondrement du vivant, de nos angoisses, ça fait du bien.

C’est cathartique ?

Très. J’ai un enfant de quatre mois qui connaîtra peut-être des cinquante degrés à vingt ans. Ça m’oppresse tellement que j’en suis devenue prolifique : en rire, c’est ce qui me permet de m’en sortir.

Pour vous, jeune mère, c’est presque une méthode contre l’éco-anxiété ?

C’est un super moyen d’y faire face. Ça permet de prendre un pas de côté, de pointer l’absurde — celui de nos dirigeants, surtout — et même de positiver, avec un peu d’humour noir, ce qui nous attend avec la canicule.

 » S’il y avait des humoristes très connus qui faisaient de l’écologie, ça rentrerait dans la tête des gens et ça changerait les habitudes de consommation. »

Justement, la canicule, vous en parlez comment ? On ne fera pas une blague sur ceux qui vivent au dernier étage de leur immeuble !

Pour les blagues sur les gens qui vivent sous les toits, je pense qu’il faut laisser les concernés les faire. Surtout, le but, c’est plutôt de montrer l’absurde. Tenez : il n’y a pas que des inconvénients à s’occuper d’un bébé quand il fait quarante degrés – les taches de vomi sur ma chemise sèchent en deux secondes. Ou : je redoute le moment où il faudra batailler contre les écrans… mais s’il n’y a plus d’électricité, le problème se règle tout seul. Pas d’écran au petit déj ! Tiphaine Pelliski, une humoriste qui sera là le 9, raconte qu’avec la canicule, avec son conjoint et son bébé ils vivent reclus dans le noir : elle a l’impression d’être la mère de Dracula.

Ça fait vingt ans qu’on voit des films, des documentaires, des sommets… et on n’avance pas. L’humour, c’est pour être moins malheureux ?

Je pense que l’humour fonctionne comme la politique : les punchlines, ce sont des slogans. S’il y avait des humoristes très connus qui faisaient de l’écologie, ça rentrerait dans la tête des gens et ça changerait les habitudes de consommation. Pour l’instant, personne de vraiment célèbre ne s’y colle, et c’est dommage : ça aurait du poids.

Vous êtes donc une fabrique de punchlines écolos. Mais à l’Académie du climat, vous jouez devant des convaincus…

C’est la partie émergée de l’iceberg. On s’entraîne à l’Académie du climat, mais ensuite on joue en entreprise et pour des collectivités, devant des publics tout-venant. À Alençon, on était invités dans un festival sur l’écologie ; le soir, deux cents personnes étaient là surtout parce que le spectacle était gratuit. Quand j’ai demandé qui s’intéressait à l’écologie, pas grand monde. On leur en a parlé une heure quand même.

En dédramatisant, le risque, ce n’est pas de dépolitiser ?

Si, c’est à double tranchant. Mais on a tous écrit des vannes où on dénonce vraiment des choses, avec des punchlines plus sombres. Il y a celle de Rafaella Scheer sur la COP : « La COP a eu 30 ans, et elle me fait penser à moi à 30 ans : pas d’ambition, plus personne croit en elle, et elle rêve de se taper un Brésilien. » Ou celle sur Shein Junior — des vêtements pour enfants, par les enfants : quand ce n’est pas de la seconde main, c’est quand même de la seconde main… c’est la main que l’enfant qui l’a fabriqué a perdue.

Une dernière pour la route ?

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Infos pratiques :  La planète part en sucette, on n’a pas de solution, mais on a des blagues, jeudi 9 juillet, 19 h 30-22 h, Académie du climat (Paris). 

Green washing Comedy Club. Photo Audrey bourbier

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