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Canicule : la double peine des quartiers populaires

En Île-de-France, la canicule ne touche pas tout le monde de la même manière. Derrière les records de température se dessine une fracture sociale où les logements mal isolés, les quartiers les plus minéraux et la précarité transforment les épisodes de chaleur en véritable risque sanitaire.

Article d’Elena Jeudi Balliny publié en partenariat avec Le Journal du Grand Paris

Canicule. Journal du Grand Paris

Dès le mois de mai, le déclenchement de la première vigilance canicule par Météo France a sonné comme un avertissement. En région parisienne, où le bitume et le béton emprisonnent la chaleur, l’été n’est plus seulement une saison, mais une épreuve sanitaire majeure. Selon une étude de la Fondation pour le logement des défavorisés, l’Île-de-France est l’une des zones les plus touchées du pays : 70 % de ses habitants déclarent avoir déjà éprouvé des difficultés à supporter la chaleur dans leur logement.

Dans les quartiers populaires de la petite couronne, l’inadaptation du bâti atteint des seuils critiques. À Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), une retraitée de 67 ans explique à la Fondation son quotidien dans un immeuble en béton armé sans volets ni ventilation. « La température monte à 35°C pendant les fortes chaleurs. (…) C’est le système D, on se débrouille comme on peut pour se protéger individuellement ».

Cette situation n’est pas un cas isolé. En Seine-Saint-Denis, le risque est exacerbé par une concentration de facteurs de fragilité. « Lors de la canicule de 2003 qui a fait 15 000 morts, le taux de surmortalité était de 60 % à l’échelle
nationale, mais a atteint 160 % en Seine-Saint-Denis », indique la Fondation. En 2026, le département fait toujours face à une injustice spatiale : il compte 248 spécialistes de santé pour 100 000 habitants, contre une moyenne nationale de 340.

L’îlot de chaleur, un moteur d’inégalités

L’urbanisme francilien, marqué par une forte densité et une minéralisation excessive, crée des îlots de chaleur urbains, où la température nocturne ne baisse plus. Les quartiers populaires, souvent moins végétalisés, subissent de plein fouet ce phénomène. L’association Ghett’Up, active à Saint-Denis, relève que l’accès à la fraîcheur est une question de classe sociale : « Les habitants parlent spontanément de la chaleur dans leurs logements. Souvent, ils ne savent même pas à qui s’adresser et quand ils font remonter au bailleur, il ne fait rien. Ils parlent aussi beaucoup des ascenseurs qui ne marchent pas, en pleine canicule c’est catastrophique ».

La précarité énergétique d’été est aussi une question de mobilité. Pour de nombreux Franciliens, le trajet dans des transports publics non climatisés prolonge l’exposition thermique de la journée. Comme le note l’étude, « rentrer le soir dans son logement bouilloire est d’autant plus dangereux qu’on a passé la journée exposé à la chaleur ».

L’impasse financière des bailleurs sociaux

Face à cette urgence, les bailleurs sociaux franciliens, comme la RIVP (Régie immobilière de la Ville de Paris), font part de leur impuissance financière. Si la prise de conscience est réelle, les budgets ne suivent pas. Un représentant de la RIVP confie : « Ce qu’il nous manque, c’est surtout de l’argent. Aujourd’hui, il y a des financements pour la rénovation énergétique, mais pas pour l’adaptation aux chaleurs. Cela crée une forme de concurrence entre réhabilitations d’hiver et d’été ».

Même après rénovation, le parc social parisien restera vulnérable. Les projections sont sombres : « 15 % de notre parc présentera encore un risque élevé même après rénovation. (…) Les petits logements et ceux aux derniers étages sont plus fortement touchés ».

Une PPL « Zéro logement bouilloire »

La Fondation pour le logement dénonce l’« inaction coupable » des pouvoirs publics. Alors qu’une proposition de loi « Zéro logement bouilloire » a été déposée en juillet 2025 à l’Assemblée nationale, celle-ci reste en attente d’inscription à l’ordre du jour. La Fondation demande notamment d’ »intégrer l’habitabilité d’été des logements dans les définitions légales de la précarité énergétique et de la rénovation globale » et de « créer un droit pour les locataires d’exiger que leur bailleur installe des protections solaires extérieures et des brasseurs d’air ».

En attendant une réponse législative, le recours à la climatisation individuelle, souvent mobile et peu performante, explose. Une stratégie de « mal-adaptation » qui rejette de l’air chaud dans les rues, aggravant encore l’effet d’îlot de chaleur pour ceux qui restent sur le trottoir.

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