Canicule record, quais en fusion, et une promesse d’Île-de-France Mobilités : un métro entièrement rafraîchi en 2033. Mais « climatisé » ne veut pas toujours dire climatisé. Et une ligne, la 6, vient d’être modernisée sans gagner un degré. État des lieux ligne par ligne.

La dernière semaine de juin a battu des records que personne ne voulait voir tomber. Vigilance rouge « canicule extrême » en Île-de-France, des températures approchant ou dépassant localement les 40 °C, un épisode que Météo-France juge plus intense que celui d’août 2003. Et, comme à chaque vague de chaleur (en attendant la suivante), la même question revient sur les quais en fusion : quand, enfin, le métro sera-t-il climatisé ?
La réponse officielle tient en une ambition, celle de transports en commun 100 % climatisés, et en une promesse : un métro entièrement équipé d’ici à 2033. Mais à mesure que l’on regarde les détails, l’objectif perd un peu de sa fraîcheur. Voici l’état réel du réseau, ligne par ligne, et le calendrier sans vernis.
La nuance qui change tout : « climatisé » ne veut pas dire climatisé
Premier malentendu, et il est de taille. Quand Île-de-France Mobilités et la RATP parlent de rames « climatisées » dans le métro, il faut distinguer deux choses. Sur l’essentiel des rames rafraîchies aujourd’hui, il s’agit de ventilation réfrigérée : de l’air refroidi de plusieurs degrés par rapport à l’extérieur, sans régulation de température. Moins frais qu’une vraie climatisation, mais moins énergivore.
Et ce n’est pas un pis-aller subi : c’est un choix assumé pour le réseau souterrain existant. Dans une note de 2018 que nous avons consultée, la RATP justifie d’avoir écarté la climatisation classique sur le métro et le RER souterrains pour des raisons techniques : l’air chaud y serait « inévitablement refoulé dans les tunnels et sur les quais », un confort à bord payé par une fournaise en station. L’opérateur a réaffirmé cet arbitrage en 2025, et y ajoute une contrainte physique : certains tunnels sont trop étroits pour accueillir une vraie climatisation sans risque.
Le matériel neuf est réfrigéré, comme le nouveau métro MF19, arrivé en octobre 2025 sur la ligne 10. Autrement dit, le métro ne passe pas d’un coup à la « vraie clim » partout ; il glisse progressivement vers la généralisation de la ventilation réfrigérée, ligne par ligne, au rythme du renouvellement des rames.
L’état du réseau aujourd’hui : un métro sur deux
Le verre est à moitié plein, littéralement. Côté métro, une rame sur deux dispose aujourd’hui d’un système de refroidissement, contre quasiment rien il y a quinze ans. Selon Île-de-France Mobilités, une rame de métro sur deux dispose aujourd’hui d’une ventilation réfrigérée. Avec l’arrivée progressive du MF19, cette part doit encore croître pour atteindre la quasi-intégralité du parc à l’horizon 2033. Une projection légèrement plus ambitieuse que l’état des lieux dressé par la RATP, qui estime actuellement qu’« une rame sur deux » est équipée. Mais cette moyenne masque un réseau à plusieurs vitesses.
Six lignes sont déjà intégralement rafraîchies : les 1, 2, 5, 9, 11 et 14. La ligne 4 compte plus de la moitié de ses rames en ventilation réfrigérée, avec ses métros MP14 automatiques. Quant à la ligne 10, les quatre premiers MF19 y circulent depuis octobre 2025 – à ne pas rater les jours de canicule ! –, une proportion qui augmentera pour atteindre 40 % d’ici la fin de l’année.
À l’inverse, les lignes 3, 3 bis, 7, 7 bis, 8, 12 et 13 roulent encore majoritairement avec du matériel ancien – MF67, MF77, MF88 – en attendant leur tour. Avec l’arrivée du MF19, la ligne 7 bis basculera à 100 % en ventilation réfrigérée d’ici à décembre 2026. Et puis il y a la ligne 6, le cas à part de ce panorama, sur lequel on revient plus bas.
MF19 : un acronyme que vous allez adorer
Le grand basculement a un nom : MF19, pour « Matériel Fer appel d’offres 2019 ». Conçu par Alstom, financé par Île-de-France Mobilités, c’est la grande opération de renouvellement du métro parisien : 410 rames, 8 lignes concernées, environ 600 millions de voyageurs par an.
Première ligne servie : la 10, depuis le 16 octobre 2025. Ventilation réfrigérée, intercirculation intégrale, écrans en temps réel, prises USB : le MF19 coche toutes les cases du métro du XXIe siècle. Mais son déploiement rappelle surtout une chose : dans le métro, remplacer une rame ne consiste pas à changer une voiture au garage. Il faut adapter les quais, les voies, la signalisation, l’alimentation électrique et les ateliers.
Le calendrier court donc sur plusieurs étés. Après la ligne 10, dont le remplacement complet doit s’achever en 2027, viendront la 7 bis en 2026, puis la 3 bis et la 13 en 2027. La ligne 12 est annoncée pour 2028, la 8 pour 2029, la 3 pour 2031 et la 7 pour 2033. Autrement dit, l’usager de la ligne 7 a encore plusieurs étés de fournaise devant lui.
Sur la ligne 13, les essais ont déjà commencé avant une mise en service prévue en 2027. Pour cette ligne saturée, le MF19 n’est qu’une étape : son automatisation complète est annoncée pour 2035, avec la promesse d’un passage toutes les 90 secondes.
L’angle mort : la ligne 6 vient d’être « modernisée » sans vraiment gagner un degré
C’est l’oubliée du grand récit. La ligne 6, celle des posts Insta au-dessus de la Seine face à la tour Eiffel, a engagé entre 2023 et 2026 le remplacement de ses MP73 des années 1970. Bonne nouvelle ? À moitié seulement. Les rames qui les remplacent sont des MP89 récupérées de la ligne 4 après son automatisation. Un matériel des années 1990, fiable, rénové, mais dépourvu de ventilation réfrigérée.
Conséquence concrète : la ligne 6 sort d’une modernisation lourde, mais sans vrai gain climatique pour les voyageurs. Elle ne figure pas dans le programme MF19, qui concerne les lignes 3, 3 bis, 7, 7 bis, 8, 10, 12 et 13, car la ligne est équipée de métros sur pneumatiques, alors que le MF19, comme son nom l’indique, est un matériel « ferré », incompatible avec cette ligne. Et à ce jour, aucun calendrier public détaillé n’annonce son équipement en ventilation réfrigérée. Pour le voyageur de Bercy à Trocadéro, l’horizon reste donc plus flou que pour les autres lignes.
Et le reste du réseau ?
Le métro n’est pas le seul mode concerné, et certains font mieux que lui. Côté RER, environ 75 % du parc est aujourd’hui climatisé ou équipé de ventilation réfrigérée ; mais cette moyenne recouvre de gros écarts selon les lignes. Le RER A est 100 % en ventilation réfrigérée et 80 % du RER B est réfrigéré (100 % du parc sera climatisé avec le déploiement du MI20). Quant au RER E, la part de rames climatisées passera de 75 % aujourd’hui à 90 % d’ici à décembre 2026, grâce à de nouvelles livraisons de rames RER NG. En revanche, sur les lignes C et D du RER, le taux est plus faible (environ 30 %), même si cette part augmente sur le RER C avec l’arrivée du RER NG.
Les Transilien, eux – les trains de banlieue hors RER –, s’en sortent mieux qu’on ne le croit. Île-de-France Mobilités visait 90 % de rames de train climatisées en 2025 contre 66 % en 2019, porté par le déploiement des Franciliens. Les lignes H, J, K, L et N sont climatisées à 100 %, et la ligne R le sera également d’ici la fin 2026. Seules les lignes U et V restent sans climatisation, ainsi qu’une petite partie du parc de la ligne P. La ligne V sera climatisée avec l’arrivée des Regio2N l’année prochaine.
Les tramways, enfin, sont les bons élèves absolus : 100 % des rames sont climatisées en 2026, contre déjà 90 % en 2019. Les bus et cars rattrapent leur retard, avec 60 % du parc francilien équipé selon Île-de-France Mobilités (dont 100 % des cars et 50 % des bus).
Ces renouvellements s’inscrivent dans un plan d’achat de nouvelles rames qu’Île-de-France Mobilités chiffre à 25 milliards d’euros entre 2016 et 2030. Quant aux futurs métros des lignes 15, 16, 17 et 18, elles ouvriront avec des rames conçues dès l’origine avec de la climatisation pour le confort d’été. Le réseau de demain n’aura pas le handicap de l’ancien.
Sur le quai, en attendant : le réflexe « flocon » et gourde
D’ici à ce que les calendriers se réalisent, un seul outil pour ne pas monter dans le sauna : l’œil. Sur l’application Île-de-France Mobilités, il est possible de savoir quelles sont les lignes climatisées, une fonctionnalité opérationnelle dès qu’il fait chaud et pour toute la période estivale.
Sur certains écrans d’information en gare et sur les rames, le pictogramme « flocon de neige » signale qu’une rame équipée arrive ou est à quai. Méfiance toutefois : sur un train long composé d’éléments dépareillés, la moitié arrière peut rester une étuve. Par ailleurs, Île-de-France Mobilités déploie des fontaines à eau (131 sur le réseau), pour permettre aux usagers de bénéficier d’un point de rafraîchissement.
En 2026, dans le métro parisien, se mettre au frais reste encore une affaire de ligne, de calendrier et de coup d’œil.
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5 juillet 2026 - Paris