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Métro climatisé : l’état ligne par ligne, et quelques nuances de frais

Canicule record, quais en fusion, et une promesse d’Île-de-France Mobilités : un métro entièrement rafraîchi en 2033. Mais « climatisé » ne veut pas toujours dire climatisé. Et une ligne, la 6, vient d’être modernisée sans gagner un degré. État des lieux ligne par ligne.

Le masque ne sera plus obligatoire dans les transports en commun à partir du 16 mai comme ici dans le métro parisien / © Olivier Prt (Creative commons - Flickr)

La dernière semaine de juin a battu des records que personne ne voulait voir tomber : vigilance rouge « canicule extrême » en Île-de-France, des pointes locales à 40 °C, un épisode que Météo France juge plus intense que celui d’août 2003. Comme à chaque vague de chaleur (en attendant la suivante), la même question revient sur les quais en fusion : quand, enfin, le métro sera-t-il climatisé ? La réponse officielle tient en une promesse, un réseau entièrement équipé à l’horizon 2033, et en plusieurs astérisques qui la vident d’une partie de sa fraîcheur.

La nuance qui change tout : « climatisé » ne veut pas dire climatisé

Premier malentendu, et il est de taille. Quand Île-de-France Mobilités et la RATP parlent de rames « climatisées » dans le métro, il s’agit le plus souvent de ventilation réfrigérée : un air refroidi de quelques degrés par rapport à l’extérieur, sans régulation de température. C’est moins frais qu’une vraie climatisation, mais moins énergivore.

Et ce n’est pas un pis-aller : c’est un choix assumé pour le souterrain. Dans une note de 2018 que nous avons consultée, la RATP justifie d’avoir écarté la climatisation classique sur le métro et le RER souterrains : l’air chaud y serait « inévitablement refoulé dans les tunnels et sur les quais ». Un confort à bord payé par une fournaise en station. L’opérateur a réaffirmé cet arbitrage en 2025, en y ajoutant une contrainte physique : certains tunnels sont trop étroits pour accueillir une vraie climatisation.

Le matériel neuf, lui, monte d’un cran : le nouveau métro MF19 embarque une climatisation réversible, le terme retenu par Île-de-France Mobilités. Le métro glisse donc progressivement d’une ventilation réfrigérée généralisée vers une climatisation plus aboutie, ligne par ligne, au rythme du renouvellement des rames.

Ce virage a une histoire politique : longtemps absent des priorités régionales, le rafraîchissement des transports franciliens a changé de cap à partir de 2016. « La climatisation n’est pas une option », résumait en 2022 Grégoire de Lasteyrie, vice-président d’Île-de-France Mobilités, dans Le Parisien, au nom du report modal : un voyageur qui étouffe sous terre finit par remonter dans sa voiture.

L’état du réseau aujourd’hui : un métro sur deux

Le verre est à moitié plein : une rame sur deux, exactement, dispose aujourd’hui d’un système de refroidissement, contre quasiment rien il y a 15 ans. Île-de-France Mobilités visait début 2020 une part de rames climatisées passant de 35 % en 2019 à 60 % en 2025, un cap un peu au-dessus de ce que constate aujourd’hui la RATP. Mais cette moyenne masque un réseau à plusieurs vitesses.

Six lignes sont déjà intégralement rafraîchies : les 1, 2, 5, 9, 11 et 14. Deux autres sont en chantier : la 4, partiellement équipée avec ses MP14 automatiques, et la 10, où les premiers MF19 circulent depuis octobre 2025 avec quatre rames pour l’instant, à ne pas rater les jours de canicule ! À l’inverse, les lignes 3, 3bis, 7, 7bis, 8, 12 et 13 roulent encore majoritairement en matériel ancien – MF67, MF77, MF88 – en attendant leur tour. Et puis il y a la ligne 6, le cas à part de ce panorama, sur lequel on revient plus bas.

MF19 : le sigle qui va rafraîchir huit lignes

Le grand basculement a un nom : MF19, pour « Matériel Fer appel d’offres 2019 ». Conçu par Alstom, financé par Île-de-France Mobilités : 410 rames, 8 lignes concernées, environ 600 millions de voyageurs par an. Climatisation réversible plus performante que la simple ventilation réfrigérée des rames rénovées, intercirculation intégrale, écrans en temps réel, prises USB : le MF19 coche toutes les cases du métro du XXIe siècle. Mais remplacer une rame ne consiste pas à changer une voiture au garage : il faut adapter les quais, les voies, la signalisation, l’alimentation électrique et les ateliers.

Le calendrier court donc sur plusieurs étés. Après la ligne 10, servie la première depuis le 16 octobre 2025 et dont le remplacement complet doit s’achever à l’été 2027, viendront la 7bis en 2026, la 3bis et la 13 en 2027, la 12 en 2028, la 8 en 2029, la 3 en 2031 et la 7 en 2033. Autrement dit, l’usager de la ligne 7 a encore plusieurs étés de fournaise devant lui. Sur la 13, saturée, les essais ont déjà commencé ; le MF19 n’y est qu’une étape avant l’automatisation complète, annoncée pour 2035 avec la promesse d’un passage toutes les 90 secondes.

L’angle mort : la ligne 6 vient d’être « modernisée » sans vraiment gagner un degré

C’est l’oubliée du grand récit. La ligne 6, celle des posts Insta au-dessus de la Seine face à la tour Eiffel, remplace entre 2023 et 2026 ses MP73 des années 1970. Bonne nouvelle ? À moitié seulement : les rames qui les remplacent sont des MP89 récupérés de la ligne 4 après son automatisation. Un matériel des années 1990, fiable, rénové, mais dépourvu de ventilation réfrigérée.

Conséquence concrète : la ligne 6 sort d’une modernisation lourde sans vrai gain climatique pour les voyageurs. Absente des huit lignes du programme MF19, elle n’a à ce jour aucun calendrier public pour son équipement en air rafraîchi. Pour le voyageur de Bercy à Trocadéro, l’horizon reste plus flou que pour les autres lignes.

Et le reste du réseau ?

Le métro n’est pas le seul mode concerné, et certains font mieux que lui. Côté RER, environ trois quarts du parc sont climatisés ou rafraîchis, mais avec de gros écarts selon l’exploitant. Sur le périmètre que gère la RATP, l’essentiel des RER A et B, le taux grimpe à 93 % ; il chute sur les lignes opérées par SNCF Transilien, RER C et D en tête, longtemps restées à la traîne.

Les trains de banlieue hors RER s’en sortent mieux qu’on ne le croit : Île-de-France Mobilités visait 90 % de rames climatisées en 2025, contre 66 % en 2019, objectif porté par le déploiement des Franciliens et des Regio 2N sur les lignes H, J, K, L, N, P et R. Les tramways sont le bon élève absolu, avec un objectif de 100 % dès 2025. Les bus et cars rattrapent leur retard : 60 % du parc francilien est équipé, avec un objectif RATP de 100 % à l’horizon 2035. Quant au Grand Paris Express, toutes ses lignes ouvriront avec des rames conçues dès l’origine pour le confort d’été. Le réseau de demain n’aura pas le handicap de l’ancien.

Sur le quai, en attendant : le réflexe « flocon »

D’ici à ce que les calendriers se réalisent, un seul outil pour ne pas monter dans le sauna : l’œil. Ni l’application Île-de-France Mobilités ni Bonjour RATP n’indiquent, à ce stade, si la rame qui arrive est rafraîchie. Sur certains écrans d’information en gare, le pictogramme « flocon de neige » signale qu’une rame équipée arrive ou est à quai. Méfiance toutefois : sur un train long composé d’éléments dépareillés, la moitié arrière peut rester une étuve.

En 2026 dans le métro parisien, se mettre au frais reste une affaire de ligne, de calendrier et de coup d’œil.