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Avec la chaleur, les rails deviennent des « chewing-gums d’acier »

À cause de la chaleur, des trains sont ralentis et supprimés toute la semaine en Île-de-France, et le plan est recalculé chaque jour selon la température du rail. Le phénomène ne touche plus seulement les vieux Corail au matériel hors d'âge : du RER au métro, c'est désormais une large partie du réseau francilien qui lève le pied.

Dans un communiqué commun publié le lundi 22 juin, Île-de-France Mobilités, la RATP et Transilien SNCF Voyageurs détaillent le régime prévu pour le mardi 23. Sur les RER A et B, la vitesse sera réduite « en fonction de l’évolution de la température », avec des conséquences sur l’ensemble des branches. Sur les RER C, D et E comme sur les Transilien H, J, K, L, N, P, R, U et V, neuf trains sur dix rouleront en moyenne, des suppressions supplémentaires restant possibles en cours de journée. Côté métro, les lignes 5, 6, 8 et 13, en partie aériennes, pourront ralentir l’après-midi, tout comme les tramways T1, T2, T5 et T6. Seul le bus garde l’horaire.

La veille, pour le lundi, seul le RER A avait été épargné, le RER B visé par des suppressions. Vingt-quatre heures plus tard, le périmètre s’est étendu : même le RER A lève le pied. Le plan ne se décrète plus pour la semaine, il se recalcule au jour le jour, au gré du thermomètre.

Plus seulement les vieux Corail

On croyait l’affaire réservée au matériel d’un autre âge. Mercredi, la SNCF a supprimé 71 trains Intercités : les vieux Corail, dessinés dans les années 1970, ont reçu dans les années 1990 une climatisation qui rend l’âme dès 38 °C. Au-delà, le risque, c’est la rame immobilisée en rase campagne, sans solution. Mieux vaut ne pas partir.

Sauf que le mal remonte vers des trains bien plus récents, ceux du quotidien francilien. La raison tient à la physique, pas à la vétusté, et les opérateurs la détaillent eux-mêmes : c’est toute l’infrastructure en plein air qui souffre, le métal des rails comme les caténaires, la signalisation ou les postes d’aiguillage. Quand l’air atteint 40 °C, les rails — sombres, avides de soleil — montent à 60 °C et se transforment en « chewing-gums d’acier » : les trains roulent au ralenti pour ne pas dérailler. Au-dessus, les caténaires se détendent, pendouillent, et finissent parfois arrachées au passage d’une rame. C’est exactement ce qui s’est produit jeudi soir près de la gare de l’Est, où des centaines de voyageurs d’un RER E ont fini leur trajet à pied sur le ballast. Désormais, la RATP et SNCF Réseau annoncent surveiller en temps réel la température interne du rail : on en est à prendre la fièvre des voies comme on prend celle d’un malade.

Ceux qui ne peuvent pas reporter

« Limiter ou reporter ses déplacements », « privilégier le télétravail » : la consigne officielle est sanitaire, et sans doute juste. Encore faut-il en avoir les moyens. Les 27 % d’actifs franciliens qui ne peuvent ni télétravailler ni décaler leurs horaires — caristes, soignants, caissières — monteront dans le train caniculaire, ou dans ce qu’il en reste. Ce sont eux qui encaissent, le matériel et les corps épuisés en même temps, dans une semaine où la France a battu son record de départements en vigilance rouge.

Rien de tout cela n’est une surprise. SNCF Réseau chiffre elle-même la multiplication par 2,5 des impacts climatiques sur l’exploitation d’ici 2050, et l’Île-de-France passera de 7 jours de forte chaleur par an aujourd’hui à 19 au même horizon. Le parc qui roule cette semaine a simplement été pensé pour des étés qui n’existent plus.

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