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Ceux qui aiment (vraiment) Van Gogh prendront le Transilien

L’église d’Auvers-sur-Oise, peinte par Van Gogh, est connue dans le monde entier. Adrien Laplanche pour Enlarge your Paris

Vincent van Gogh est devenu un produit dérivé à lui tout seul, des leggings de yoga aux mugs, NFT, ou magnets connectés à ChatGPT. Du 18 avril 2026 au 3 janvier 2027, le château d'Auvers-sur-Oise propose une exposition qui prend le contre-pied : « Van Gogh influenceur, Héritages en mouvement ». Signée Wouter van der Veen, elle regarde enfin le peintre en face plutôt que de l'écouler à la boutique. L'occasion de remonter dans le train des Impressionnistes, direct de la gare du Nord tous les week-ends jusqu'au 1er novembre, et de retrouver, à 45 minutes de Paris, l’un des plus beaux villages de peintres d'Île-de-France.

Pourquoi pense-t-on à Auvers-sur-Oise quand on pense à Van Gogh ? Après tout, il n’y a vécu que 70 jours, du 20 mai au 29 juillet 1890. 70 jours sur 10 ans de peinture : c’est très peu, comparé aux 15 mois d’Arles, aux 12 mois de Saint-Rémy-de-Provence ou aux deux années à Paris chez son frère Théo. Il faut y aller pour comprendre. Le petit sentier qui monte du village au cimetière est toujours là, on le retrouve avec étonnement. Les deux tombes, celles de Vincent et de Théo, mort six mois après son frère, touchent par leur simplicité. Même quand des admirateurs ont planté des tournesols en plastique dans la couverture de lierre des sépultures collées, l’émotion tient quand même. L’église qu’il a peinte en juin 1890 et que l’on a vue mille fois sur des posters, cartes postales, mugs… est là. Tout simplement. Les champs où volent parfois des corbeaux, aussi.

À Auvers, le collectionneur de magnets et l’esthète sensible peuvent chacun trouver leur bonheur ; c’est le subtil équilibre du village. Et c’est précisément parce qu’il ne se prend pas pour un mémorial que l’exposition du château, qui ouvre cette saison, peut faire ce qu’elle fait : mettre à jour Vincent.

Une exposition qui assume de ne pas montrer de Van Gogh

La saison 2026 ajoute une raison supplémentaire de faire le voyage. Jusqu’au 3 janvier 2027, le château d’Auvers consacre une expo à l’héritage du peintre. Son titre, « Van Gogh influenceur, Héritages en mouvement », sonne curieusement à l’ère d’Instagram. Mais le commissaire, Wouter van der Veen, n’est pas un community manager : c’est l’un des plus fins connaisseurs du peintre, l’ancien directeur de l’Institut Van Gogh à Auvers, le président de la Van Gogh Academy, et celui qui a identifié en 2020 le lieu exact où Vincent a peint Les Racines, son dernier tableau. Quand il accole « influenceur » au nom du Hollandais, ce n’est pas pour faire le malin, c’est pour faire tomber, à coups de gravures de Rembrandt, d’estampes japonaises et de robes Viktor & Rolf, l’image éculée du génie solitaire, maudit et tourmenté.

Il faut le dire d’emblée : l’exposition ne présente aucune toile originale de Vincent van Gogh. Pas un seul tournesol, pas un seul corbeau. Ce qui pourrait passer pour une faiblesse en est la force : le parcours évite l’effet relique et oblige à regarder ce qui entoure le peintre. En amont, une toile de Cézanne peinte en 1866 à Bonnières, à l’autre bout du Vexin, chez son ami Zola ; des dessins de Maximilien Luce, des estampes japonaises, une reproduction grandeur nature du Boulevard de Clichy. Et puis, sans souci de chronologie : un Hockney, un Hirst, un Akkerman, un Plundr, une robe de fleurs Viktor & Rolf portée comme une armure baroque, le sac Speedy peint par Jeff Koons pour Louis Vuitton… Et, en fil rouge tout le long du parcours, quatorze citations de Vincent mises en page par le graphiste suisse Peter Knapp, dans quatorze jaunes différents.

L’idée est claire et elle convainc : Van Gogh n’a pas inventé seul sa manière, et personne, depuis 1890, n’a pu peindre un champ de blé ou des tournesols sans qu’il s’invite dans le cadre.

Infos pratiques : « Van Gogh influenceur, Héritages en mouvement », château d’Auvers-sur-Oise, rue de Léry, Auvers-sur-Oise (95). Du 18 avril 2026 au 3 janvier 2027. Du mardi au dimanche et jours fériés, de 10 h à 18 h (dernière entrée 17 h). Plein tarif 12 €, tarif réduit 7 €, sénior 11 €. Plus d’infos sur chateau-auvers.fr

Maison du Docteur Gachet / © Office du tourisme d'Auvers-sur-Oise
Maison du Docteur Gachet / © Office du tourisme d’Auvers-sur-Oise

Le crochet par la Maison du docteur Gachet

L’autre bonne nouvelle de la saison se joue à dix minutes à pied du château. La Maison du docteur Gachet, longtemps reléguée au rang de curiosité, accueille jusqu’au 1er novembre un accrochage inédit consacré à Paul et Louis van Ryssel, pseudonymes des Gachet père et fils, médecins-peintres-graveurs et mécènes des artistes. Une dizaine d’œuvres issues de la collection Yves d’Auvers / Edmée Dorléans reviennent dans la maison qui les a vues naître. On y comprend ce que les guides touristiques résument en deux phrases : Gachet n’était pas seulement « le médecin de Van Gogh », c’était un graveur exigeant, un collectionneur clairvoyant, un ami de Cézanne, Pissarro, Renoir et Guillaumin. C’est dans son atelier, en juin 1890, que Vincent grave son unique eau-forte, L’Homme à la pipe, tirée à une quinzaine d’exemplaires. Quelques semaines plus tard, il se tire une balle dans la poitrine.

L’entrée à la Maison du docteur Gachet coûte 5 €. C’est peut-être la visite la plus émouvante du village.

Infos pratiques : Maison du docteur Gachet, 78, rue du Docteur Gachet, Auvers-sur-Oise (95). Accrochage « Gachet, le talent de père en fils » du 18 avril au 2 août, puis du 8 août au 1er novembre 2026. Du mercredi au dimanche de 10 h 30 à 18 h 30 (dernière entrée à 18 h). Plein tarif 5 €, tarif réduit 3 €. Plus d’infos sur valdoise.fr

Un train (presque) à l’heure pile

Pour s’y rendre, plus besoin de voiture : du 4 avril au 1er novembre 2026, tous les samedis, dimanches et jours fériés, le « train des Impressionnistes » relie Paris Gare du Nord à Auvers-sur-Oise sans correspondance en 44 minutes. Départ 9 h 38, arrivée 10 h 22. Pour le retour, c’est encore plus rapide : départ d’Auvers à 18 h 15, arrivée à Paris à 18 h 50. Un seul aller-retour par jour : ne pas le manquer ! Pas de circulation les 11, 12 et 14 juillet pour cause de travaux. Accessible avec le passe Navigo, sans réservation. Sur place, vous avez 8 heures pour flâner : c’est exactement le temps qu’il faut pour boucler château + Gachet + auberge Ravoux + cimetière, sans courir.

Y aller : Train des Impressionnistes (ligne H). Du 4 avril au 1er novembre 2026 les samedis, dimanches et jours fériés. Horaires sous réserve, à vérifier sur transilien.com. Hors saison, Auvers reste accessible toute l’année par la ligne H avec correspondance à Pontoise ou Valmondois.

Une saison entière de rendez-vous

L’exposition s’accompagne d’une programmation dense. À retenir : café-débat avec Wouter Van der Veen sur Van Gogh et le marché de l’art le 2 avril ; Nuit des musées avec entrée libre à l’exposition le 23 mai (de 18 h à 22 h) ; visite théâtralisée musée de l’Absinthe/Château avec dégustation à l’ancienne le 29 mai ; rendez-vous aux jardins les 6 et 7 juin ; concert hommage à Ray Charles le 1er juillet à 21 h 30 ; Madame Butterfly dans la mise en scène de Robert Wilson en plein air le 26 août. Visites guidées de l’exposition presque tous les dimanches d’avril à fin septembre (15 €). Programme complet sur chateau-auvers.fr.

Et pour le reste du village

Si une journée ne suffit pas – et elle ne suffit pas –, voici ce qu’on garde de l’Auvers de toujours. La chambre n° 5 de l’Auberge Ravoux, où Vincent a passé ses 70 derniers jours et où il est mort le 29 juillet 1890, est ouverte du mercredi au dimanche de 9 h 30 à 12 h 15 et de 13 h 15 à 18 h 30 du 4 mars au 22 novembre. Il n’y a presque rien à voir et tout à ressentir : une pièce nue, une chaise, un puits de lumière. À côté, le restaurant de l’Auberge Ravoux, classé, perpétue depuis 1876 la tradition du café d’artistes. Van Gogh y avait sa table au fond, Malraux la sienne près de la fenêtre. La maison-atelier de Daubigny, premier artiste à s’être installé à Auvers et précurseur de l’impressionnisme, vaut le détour pour ses 200 m² de fresques signées Corot, Daumier, Oudinot. Le musée de l’Absinthe raconte la fée verte que buvaient les peintres. Enfin, l’église Notre-Dame-de-l’Assomption, dont le tableau qu’en tira Van Gogh dort aujourd’hui au musée d’Orsay, et le cimetière où Vincent et Théo reposent côte à côte sous un parterre de lierre.

Si vous faites le crochet par Pontoise, ville-atelier de Pissarro, le musée Camille-Pissarro reste l’un des plus beaux belvédères sur la vallée de l’Oise, et l’un des plus discrets musées d’Île-de-France.

Sentier sur les hauteurs d’Auvers-sur-Oise, entre le village et le cimetière où repose Van Gogh. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Les tombes de Vincent et Théo Van Gogh à Auvers-sur-Oise / © Julien Chatelain
Les tombes de Vincent et Théo Van Gogh à Auvers-sur-Oise / © Julien Chatelain

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