Société
|

Le moustique tigre, nouveau coloc des Grand-Parisiens

Il vole bas, pique le jour et a déjà conquis 212 communes d'Île-de-France. Mais le moustique tigre n'est pas un caprice de la nature : c'est notre confort climatisé qui lui déroule le tapis. Plongée dans une écologie très peu romantique, avec le philosophe Alexandre Monnin.

On le croyait réservé aux nuits du Sud, aux terrasses de la Côte d’Azur, aux étés de Camargue. Raté ! Il a passé la Loire et sévit le jour… Le moustique tigre a déjà colonisé 212 communes en Île-de-France, et 68 % de la population francilienne vit désormais à portée de ses rayures et de ses piqûres (données ARS Île-de-France, 2024). En 2024, le premier chikungunya du Grand Paris est identifié quelque part entre Paris et Gennevilliers. À l’automne 2025, deux nouveaux cas sont décelés dans le 11e et à Saint-Maur, selon Santé publique France.

La clim : un paradis pour les moustiques

Dans une analyse publiée par Millénaire 3, Alexandre Monnin pose une question qui fait mouche : et si le moustique n’était pas un problème de « nature », mais d’urbanisme ? Car, plus on climatise pour échapper à la chaleur, plus on crée les conditions idéales pour le moustique. L’eau qui dégouline des blocs de clim accrochés aux façades, les coupelles oubliées sur les balcons, les gouttières engorgées : voilà son royaume. En Inde, les rafraîchisseurs à eau représentent jusqu’à 30 % des points d’eau où pondent les moustiques ; sous nos latitudes, c’est la condensation des clims qui prend le relais. Comme le résume Alexandre Monnin : « Le moustique-tigre devient le miroir de notre thermodépendance : plus nous cherchons à nous rafraîchir, plus nous entretenons l’humide. » Et donc le serial piqueur.

Prendre soin du vivant, c’est d’abord entretenir le non-vivant

Et pour cause : « les moustiques sont les habitants d’un monde en ruine », écrit Alexandre Monnin. « Ils s’installent dans les rebuts, les friches, les infrastructures abandonnées, toutes ces strates du progrès qui se retournent contre leurs concepteurs. » Nos caniveaux, nos siphons, nos toits plats : chaque négligence devient couveuse.

En Île-de-France, quelques communes forment désormais leurs agents à repérer les flaques où pondent les moustiques. L’Agence régionale de santé a déployé plus de 500 pièges, tels que des boîtiers sur mâts, qu’on croise souvent au bord des lacs et des plans d’eau en banlieue. Et ce n’est qu’un début.

Vivre avec, mais les yeux ouverts

« Vivre avec » est parfois un mantra écolo pour tout : le loup, le réchauffement, la biodiversité… À la différence que le moustique tigre n’est pas un compagnon de route. C’est un vecteur de maladies, point. Pas de réconciliation possible. Comme le formule Alexandre Monnin : « Vivre avec les moustiques, c’est aussi drainer, couvrir, nettoyer. » Le moustique nous enseigne une écologie moins romantique.

« Ce n’est pas la nature qui se venge, conclut Alexandre Monnin, c’est l’économie qui s’auto-défait. » Autrement dit : ce n’est pas la nature qui « reprend ses droits », c’est notre système – obsédé par la production, le neuf, le jetable – qui crée les conditions de sa propre dégradation. On fabrique des clims qui fuient, des chantiers qu’on abandonne, des infrastructures qu’on n’entretient pas. Tout ça produit des flaques où le moustique pond, tout à son aise. Donc, il faut moins de « reconnexion au vivant » et plus de maintenance des gouttières.

Le tigre est silencieux. Il est là. Et ce n’est pas de la SF. Les basiques rappelés par l’ARS : videz les coupelles, retournez les seaux, et couvrez les récupérateurs d’eau de vos clims !

Plus d’infos : l’analyse complète d’Alexandre Monnin est à lire sur Millénaire 3.