
À 7 h 50, ce samedi, une trentaine de personnes faisaient déjà la queue devant la nouvelle baignade du pont Louis-Philippe. 12 minutes plus tard, j'étais le troisième à entrer dans l'eau. Chronique d'un samedi matin où Paris a continué à se réinventer.
7 h 50 ce samedi matin, quai de l’Hôtel de Ville. Nous sommes déjà une trentaine à faire la queue devant la porte de la toute nouvelle baignade du pont Louis-Philippe, qui remplace cette année le site du bras Marie, décalé de quelques dizaines de mètres pour laisser passer les bateaux. Dans la file, pas mal de touristes américains, et des Parisiens qui font le tour des sites de baignade de la capitale. « Pas encore fait Grenelle », me dit ma voisine. Celui-ci, c’est coché.
À 8 heures, j’entre sur le site. Deux minutes plus tard à peine, je suis le troisième baigneur à me laisser glisser dans la Seine. Le temps d’enlever mon pantalon, de ranger mes affaires dans un casier, d’accrocher la petite bouée jaune réglementaire à la taille et de descendre jusqu’au bassin. J’appréhendais un peu la température de l’eau : il est encore tôt, le bassin reste à l’ombre des grands platanes et le soleil n’a pas encore atteint les caillebotis. C’est tout l’inverse : l’eau est déjà délicieuse.
J’essaie bien de faire quelques longueurs. Mais très vite, j’ai envie de faire comme la plupart des baigneurs : grenouiller. Se laisser porter quelques instants, regarder le pont Louis-Philippe, la pointe de l’île Saint-Louis, avec l’île de la Cité juste derrière. Il faut reconnaître que le décor est assez improbable. De temps en temps, une algue vient me chatouiller les jambes, rappelant qu’on nage dans un fleuve, pas dans une piscine. Je demande au maître-nageur la profondeur du bassin. Trois mètres.
La Seine est déjà en train de s’inventer ses rituels
Sur le ponton, des touristes font des selfies. Si Emily in Paris cherche un décor pour une prochaine saison, elle n’aura pas besoin de chercher longtemps. Tout le monde n’est pourtant pas conquis. Une femme filme son mari dans l’eau. « Moi, je ne me baigne pas dans la Seine, c’est sale. » Il y a encore un peu de chemin à faire.
En sortant de la douche, je discute avec la chargée de la baignade en Seine pour la Ville de Paris, venue observer l’ouverture avant de filer à Grenelle puis à Bercy. Elle raconte que le fleuve affichait déjà 24 degrés ce matin. Elle raconte surtout que chaque site commence déjà à trouver son public. À Bercy, en fin de journée, des jeunes viennent piquer une tête avant de traverser la passerelle Simone-de-Beauvoir pour aller boire un verre sur les quais du 13e. Le plongeon comme apéritif : la Seine est déjà en train de s’inventer ses rituels.
En 2028, on plonge à la Bastille
Et si le soir a son apéro-plongeon, le matin a déjà ses habitués. Dans la file, une baigneuse me raconte qu’elle vient dès l’ouverture, à 8 heures, avant de rejoindre le bureau. C’était son rendez-vous de l’été dernier, qu’elle est ravie de retrouver. Le quai encore à l’ombre, l’eau à 24 degrés, la journée qui n’a pas commencé : on a connu pire manière de la prendre.
La baignade est gratuite et ouverte tous les jours jusqu’au 30 août, comme les autres sites de la Seine, à Bercy et à Grenelle. Et ce n’est pas fini : au détour d’une conversation avec des élus présents pour l’ouverture, j’apprends que le bassin de l’Arsenal pourrait accueillir des baigneurs dès l’été 2028. Quand on pense que la place de la Bastille n’a longtemps été qu’un immense giratoire automobile…
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4 juillet 2026 - Paris