
Cet été, des milliers de Parisiens ont fui leurs appartements surchauffés pour dormir sous les arbres. Jardins ouverts 24 h/24, baignades… Antoine Guillou, adjoint au maire de Paris chargé des espaces verts et des bois, raconte comment les parcs sont devenus des refuges climatiques et détaille la stratégie de la capitale pour gagner 300 hectares de nature supplémentaires d’ici à 2040.
« Des milliers de personnes dans les grands parcs, jusqu’à tard »
Cet été, des Parisiens ont dormi dans les parcs pour échapper à la canicule. Sont-ils en train de devenir des refuges climatiques ?
Antoine Guillou : C’est exactement cela. La vocation des jardins n’est plus seulement la promenade et le loisir : ce sont des lieux devenus vitaux pour la vie en ville, surtout pour les Parisiens dont les logements ne sont pas adaptés aux périodes de canicule. Nous avons donc ouvert très largement les parcs et jardins. Les Parisiens s’en sont emparés. Il y a eu une vraie fréquentation nocturne, parce que tout le monde avait besoin de fraîcheur.
C’est quoi, « beaucoup de monde » ?
Des milliers de personnes dans les grands parcs, jusqu’à tard. Il n’existe bien sûr pas de dispositif de décompte précis, mais c’est l’ordre de grandeur des remontées de terrain.
Il a fallu improviser ?
Non. Depuis plusieurs années, nous avons déjà un dispositif estival d’ouverture large, avec des parcs ouverts jusqu’à minuit et des protocoles canicule. Cette année, compte tenu de l’intensité de la canicule, nous sommes très rapidement passés à l’ouverture 24 h/24. Ce qui était anticipé est devenu une réalité.
Concrètement, combien de degrés gagne-t-on ?
En moyenne, il fait 5 degrés de moins dans les jardins que dans l’espace public.
Même chose pour la baignade ? Elle était présentée comme une reconquête du fleuve et devient un outil contre la chaleur…
Exactement. Nous avons toujours considéré la baignade comme un levier d’adaptation au changement climatique. La réalité de cette nécessité est arrivée plus tôt que nous le pensions. Un nouveau site est prévu dans le bassin de l’Arsenal. Et cet été, nous avons accompagné le Département de la Seine-Saint-Denis pour ouvrir le site de baignade de Pantin.
300 hectares à trouver
Ce que nous avons vécu cet été sera de moins en moins exceptionnel. Que faut-il changer ?
Avoir toujours plus d’espaces adaptés à ces canicules : des accès à l’eau, à l’ombre, au couvert végétal. Donc davantage de baignades, de végétalisation, de jardins. Notre ambition, inscrite au PLU bioclimatique, est de compter 300 hectares supplémentaires d’espaces verts ouverts au public d’ici à 2040.
C’est beaucoup ?
C’est très ambitieux : Paris fait 100 km2, soit 10 000 hectares.
Où les trouver ?
Nous avons beaucoup de potentiel dans les zones d’aménagement et les anciens faisceaux ferroviaires, tels que Chapelle Charbon dans le 18e ou encore l’ouverture de nouveaux tronçons de la Petite Ceinture. Mais il y a aussi le diffus : des parcelles à acquérir ou reconvertir, des extensions de squares, des rues et avenues à transformer en jardins. Dans le 13e, la rue Charles Moureu, entre le parc de Choisy et le centre sportif, a été intégrée à ces deux équipements. Face à la mairie du 14e, la rue qui séparait le square de l’Aspirant-Dunand en deux y est désormais intégrée. L’avenue de Bouvines dans le 11e est désormais un véritable jardin. S’y ajoutent la renaturation des cimetières ou encore des centres sportifs. Même dans une ville aussi dense que Paris, il reste du potentiel !
Et au-delà du périphérique ?
Paris contribue de fait à rafraîchir ses voisins : la majorité des visiteurs du bois de Vincennes ne sont pas parisiens. Le bois est entretenu par Paris mais c’est un objet métropolitain, comme les cimetières et les canaux. L’enjeu d’adaptation climatique est le même pour tous.
Les espaces naturels deviennent donc des équipements de santé publique ?
C’est une évidence. La fraîcheur, la santé mentale, la qualité de l’air : autant de raisons qui justifient notre objectif de 300 hectares. Ces défis n’ont rien de nouveau, mais l’été que nous venons de vivre nous impose d’accélérer.
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5 octobre 2026 - Paris