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À la fraîche aux Buttes-Chaumont : récit d’une nuit de canicule

Ouverture nocturne des parcs parisiens, en période de canicule. DR

La température de son logement a passé les 32 °C. Plutôt que d'acheter un climatiseur, la journaliste Louise Moulin et son compagnon ont tenté l'expérience de la belle étoile : paillasse sous le bras, direction les Buttes-Chaumont. Récit d'une nuit au frais — avec un conseil pour qui voudrait s'y risquer.

Depuis le début de la semaine, de nombreux parcs restent ouverts la nuit : au vu des dramatiques perspectives climatiques, on imagine que cela sera de plus en plus fréquent. C’est bien le minimum car, contrairement à l’achat d’un climatiseur (qui ne résout en rien la cause première), la fraîcheur des arbres est gratuite donc accessible à tous. Si tant est que l’on vive près d’un parc pourvu d’arbres biologiquement matures.

La température de notre logement ayant dépassé les 32 °C, l’idée de dormir à l’extérieur s’est immiscée dans nos calottes surchauffées. C’est sûrement là que nous dormirions le mieux. Ce « nous », c’est un couple — je dois dire que je ne me serais jamais aventurée seule dans cette expérience. Par ailleurs, quoique nous apprécions le confort, nous savons nous satisfaire du minimum.

Après deux premières nuits à la belle étoile sur une paillasse déployée dans un jardin privé d’Essonne, nous étions convaincus du bienfait d’une meilleure température pour nos organismes.

La tournée des squares

C’est pourquoi, dès notre retour à Paris, nous sommes partis en repérage dans les quelques squares de notre quartier populaire. Dormir dans un jardin public serait différent, mais face aux nouvelles conditions extrêmes, chacun doit bien réviser ses limites.

Le square des Amandiers, de son vrai nom square Toussaint-Louverture, avec ses quelques feuillus maigrichons sur un bout de pelouse littéralement brûlée, ne nous a pas fait rêver. Le square du Sergent-Aurélie-Salel, situé rue Sorbier, ne nous a pas semblé plus accueillant. Nous avons alors pensé que la situation nécessitait de grands et vieux arbres, et que nous les trouverions aux Buttes-Chaumont.

C’est ainsi que jeudi soir, peu avant minuit, avec la paillasse sous le bras, un sac en tissu contenant brosses à dents et dentifrice, les oreillers, deux draps – un pour dormir dessus et l’autre pour nous recouvrir –, et une gourde d’eau fraîche, nous sommes montés dans le bus pour rejoindre le parc. Nous savions que le réveil serait matinal et que, pour dormir, nous n’avions besoin de rien de plus.

Nous avions largement profité de la fraîcheur (22 °C), des caresses légères de la brise, du bruit du vent dans les feuillages et du piaillement matinal des oiseaux.

Dans l’intimité d’inconnus

Après avoir cherché une pelouse assez plate, nous nous sommes installés en haut du parc, du côté de la mairie du 19e, puis avons monté notre campement sauvage. Nous nous sommes assoupis avec le ronron des discussions proches de nous. Quand un couple est venu se poser un peu trop près, et que leurs voix fortes nous ont fait profiter de leur discussion intime, je les ai interpellés : les gars ! On s’est posés là pour dormir, ça ne vous ennuierait pas de vous éloigner un peu ? — Bien sûr, pardon, vous permettez une question ? Vous faites ça souvent ? — C’est notre troisième nuit…

Réveillés au petit matin avec les premiers rayons du soleil, nous avons aperçu sur la pelouse quelques autres personnes ayant eu la même idée que nous, puis nous avons plié bagages. Dormir sans matelas ne nous a pas plus gênés que les quelques piqûres de moustiques. Nous avions largement profité de la fraîcheur (22 °C), des caresses légères de la brise, du bruit du vent dans les feuillages et du piaillement matinal des oiseaux.

Sur le chemin du retour pour une douche et un café avant de commencer une nouvelle journée de canicule, nous avons disserté à propos de cette aventure, conscients du « luxe » que nous nous étions offert. On s’est dit que c’était quand même un trip de petits bourgeois de choisir de dormir dehors quand d’autres y sont condamnés toute l’année. On s’est dit aussi qu’assez peu de parcs parisiens offraient la possibilité de profiter d’un asile de fraîcheur assez plat pour dormir, et qu’avec le changement climatique, il faudrait bientôt des campements collectifs pour se sentir en sécurité.

Enfin, à ceux qui tenteraient l’expérience, un conseil : se renseigner à propos des horaires des arrosages automatiques permettra aux dormeurs d’éviter la douche froide au milieu de la nuit.

Le paquetage pour une nuit aux Buttes-Chaumont. Photo Louise Moulin
Une nuit de canicule aux Buttes-Chaumont. Photo Louise Moulin

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