
Pendant cinq ans, les Grands Voisins ont fait vivre l'ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul et inventé un modèle dont on a parlé bien au-delà du Grand Paris. Six ans après leur départ, Yes We Camp revient dans le quartier qui a poussé à sa place avec une drôle de mission : fabriquer de la vie de quartier. Première fête du 9 au 11 octobre. L’occasion de voir ce que le mythe de cette friche solidaire est devenu.
Les Grands Voisins sont de retour ?
Aurore Rapin, cofondatrice de Yes We Camp : On préfère parler de nouveau chapitre. Le décor a changé. L’ancien hôpital est en train de devenir un quartier d’habitation dans le 14e, à la lisière du 6e. Mais beaucoup de choses se sont construites sur ce qui existait entre 2015 et 2020. Un centre d’hébergement de l’association Aurore et une pension de famille ont pu rester dans le nouveau quartier.
Rappelez-nous ce qui s’est passé entre 2015 et 2020…
A. R. : L’hôpital était vide pendant que la Ville étudiait le futur écoquartier, et elle voulait que ces bâtiments servent à quelque chose. Jusqu’à 600 personnes y ont été hébergées en urgence et 250 associations et entreprises s’y sont installées. C’était déjà un quartier habité, avec à peu près autant d’habitants qu’il y en aura une fois l’écoquartier terminé. Le site était ouvert 5 jours sur 7 et on accueillait plus de 3 000 visiteurs par jour. L’aventure, portée avec Aurore et Plateau Urbain, a duré cinq ans. Les bâtiments ont changé au fil des travaux de l’écoquartier (Paris&Métropole Aménagements), lancés en 2018.
Qu’est-ce qui sort de terre en 2027 ?
A. R. : Une première partie du quartier, avec des espaces ouverts au public et 300 logements sociaux. L’ancienne maternité Pinard devient une crèche, une école et un gymnase, avec des salles pour les associations.
Et vous, vous devenez quoi ? Une super conciergerie ?
A. R. : C’est un métier qui n’existe pas encore vraiment. On l’invente avec les aménageurs du quartier, la Ville de Paris, la mairie du 14e et la RIVP [la Régie immobilière de la Ville de Paris, Ndlr], notre propriétaire. Notre mission, c’est d’être animateur-gestionnaire du quartier. On va d’abord faire vivre des lieux ouverts à tout le monde. On en aura cinq à terme. Dès 2027, on en ouvrira trois : une grande salle pour les réunions d’habitants, les associations ou les gens venus d’ailleurs voir comment ce quartier s’est construit ; un atelier de bricolage partagé ; et un QG temporaire pour la convivialité, en attendant la livraison en 2028 du bar-restaurant la Lingerie et de la Maison des voisins, une petite maison au fond du site avec des salles plus intimes. Plus tard viendra l’ancien amphithéâtre.
Ensuite, on doit remplir les rez-de-chaussée. Il y a 18 ateliers-boutiques de toutes les tailles, du tout petit local jusqu’à 500 m². C’est une leçon des Grands Voisins : il faut des petits espaces pour les petites structures. Ces boutiques doivent servir aux habitants du quartier, mais aussi à tout l’arrondissement. Enfin, comme le chantier dure encore, on sera là pour accueillir les nouveaux habitants et faire le lien avec les aménageurs.

Quel est votre modèle économique ? Des subventions, une prestation publique ?
A. R. : On est essentiellement payés en mètres carrés. Il y a une petite mission d’amorçage, puis on dispose de locaux neufs ou rénovés à prix réduit en plein 14e. On les fait vivre avec des ateliers, des salles pour faire la fête et le café. Du temps des Grands Voisins, on avait 25 000 m² dans des bâtiments très dégradés, chauffés au fioul. Là, on a moins d’espace, mais ce sont des bâtiments rénovés qui consomment moins.
Vous essayez donc de rendre durable quelque chose qui a été inventé dans le provisoire…
A. R. : Oui. Ce nouveau chapitre est l’occasion de mettre en œuvre la vie dont on a envie dans la ville « normale ». On a mis les cinq premières années dans la case « temporaire ». Mais dans le fond, qu’est-ce qui, dans nos villes actuelles, est vraiment « pérenne » ? Le temporaire était un outil. Ce qui compte, c’est le lien entre voisins, la convivialité et la place des plus fragiles en centre-ville.
Pour combien de temps ?
A. R. : On est là pour trois ans, puis sept. Les travaux doivent se terminer vers 2030, mais on ne sait jamais. On accompagne la fin du chantier, et on verra la suite.
À quoi ressemblera le week-end de préouverture ?
A. R. : C’est une fête entre anciens et futurs Grands Voisins. Vendredi, prise de parole à 18 h 30 avec la maire du 14e, Aurore, Plateau Urbain, les aménageurs du quartier et la RIVP ; puis un fest-noz avec la Mission bretonne. Samedi, des expositions dans la cour du 72 raconteront l’hospice des Enfants-Trouvés, l’hôpital et les années Grands Voisins, et expliqueront comment participer au futur quartier. Il y aura aussi des jeux, du maquillage et des ateliers avec la ressourcerie, puis des concerts le soir. Dimanche, un grand banquet où chacun apporte quelque chose à partager avec ses futurs voisins. On veut raconter ce qui va se passer ici pour donner envie d’y participer.
Comment participer ?
A. R. : On lance un appel à tous. Pour ouvrir une boutique ou un atelier pour au moins trois ans. Pour utiliser les salles ou l’atelier de bricolage. Ou simplement pour donner un coup de main, par exemple en devenant parrain ou marraine d’un nouvel habitant.
Les Grands Voisins peuvent-ils essaimer ailleurs ?
A. R. : C’est déjà le cas. À Paris, on gère une partie de l’Académie du climat. À Marseille, on a trois lieux. Et surtout, on accompagne d’autres équipes : Saison Zéro à Roubaix ou, à Nantes, le projet autour de l’ancienne école des Beaux-Arts en centre-ville qui était vide depuis dix ans et qui abrite aujourd’hui l’Atelier Dulcie September. On n’a pas vocation à gérer des dizaines de lieux nous-mêmes. On veut aussi aider d’autres à inventer les leurs. C’est un chouette métier.
Infos pratiques : les Grands Voisins, la suite, préouverture du 9 au 11 octobre au 72, av. Denfert-Rochereau, Paris (14e). Vendredi de 17 h à minuit : ouverture officielle, prise de parole à 18 h 30 puis fest-noz avec la Mission bretonne. Samedi de 14 h à 1 h : ateliers, projections, rencontres, concerts de Marion Cousin & Éloïse Decazes et d’Hyper Jacuzzi, DJ set et karaoké. Dimanche de 12 h à 18 h : banquet participatif et bingo avec Claire Shazam et Laurent Delamousse. Tout le week-end : visites du chantier et des locaux, expositions, buvette et restauration avec Gadha. Ateliers-boutiques : visite d’information le 9 octobre à 15 h ; candidatures jusqu’au 16 novembre à midi. Contact : bonjour@lesgrandsvoisins.org

Lire aussi : Des Grands Voisins à Césure, retour sur les 10 ans de Yes We Camp
Lire aussi : Césure, une nouvelle friche de 25 000 m2 au cœur de Paris
Lire aussi : Mais au fond, que faut-il retenir de l’expérience des Grands Voisins ?
Lire aussi : Plateau Urbain invente le Airbnb des immeubles vacants
5 octobre 2026 - Paris