
Dimanche 1er juin, environ 200 personnes ont couru, marché ou trottiné une cinquantaine de kilomètres autour de Paris, le nez en l'air, à la recherche d'autocollants rouge et blanc. Derrière cette deuxième édition du Tour de Paris, un coureur obsessionnel, amoureux de sa ville : Etienne Multon, 32 ans, financier le jour, baliseur le reste du temps, décidé à montrer aux Parisiens une ville qu'ils croient déjà connaître. Au pas de course.
Neuf coureurs sur dix ont rallié l’arrivée, et vingt-trois ont scanné l’intégralité des vingt-six QR codes du parcours — des balises restées intactes malgré la nuit de liesse qui a suivi la victoire du PSG. Une troisième édition est déjà annoncée pour 2027.
Tout est parti d’une matinée de septembre 2023. Après des années passées à habiter Paris, deux Marathon des Sables dans le désert et plusieurs ultra-trails en montagne, Etienne Multon décide de boucler le GR75 — ce sentier de Grande Randonnée qui fait le tour de la capitale en longeant le périphérique. Non pas une fois : deux fois de suite. Cent kilomètres. En chemin, lui qui croyait connaître sa ville tombe sur des parcs dont il ignorait l’existence, des sentes entre deux communes qu’il n’avait jamais eu de raison de chercher, des coins verts à dix minutes du métro.
« Ça fait des années que j’habite à Paris, honnêtement j’y étais jamais allé. Et j’y serais pas allé pour une autre circonstance que ce truc-là. » Ce jour-là, il se dit que d’autres devraient vivre la même chose.
Courir, c’est devenu une façon de lire la ville
Courir est devenu un phénomène de société. De New York à Tokyo, les grands marathons affichent complet des mois à l’avance ; à Paris, ils sont près de 57 000 au départ du marathon chaque printemps, et les dossards partent en quelques jours. Le reste de l’année, 10 km, semis et trails urbains se succèdent presque chaque week-end. Etienne Multon en est. Mais là où sa génération court pour le chrono, la médaille ou la photo d’arrivée, lui ajoute autre chose : le regard. Il ne court pas seulement pour la performance, il court pour lire la ville — la façon dont une métropole fabrique, ou non, des endroits où il fait bon poser le pied. Sa course est moins une épreuve qu’une enquête de terrain, une conviction qu’Enlarge Your Paris partage depuis dix ans.
Une course qui se court avec les yeux
Reste à faire courir les autres, et la manière dont Etienne Multon s’y est pris en dit long sur lui. Pas de flèches peintes sur le bitume, pas de bénévoles en gilet jaune, pas de tracé GPX : la règle du Tour de Paris tient en une phrase — suivre les balises blanc et rouge du GR75 collées sur le mobilier urbain, et scanner des QR codes à intervalles réguliers pour valider son passage. Devenu baliseur officiel de la Fédération Française de Randonnée, il a posé lui-même près de 800 autocollants le long du parcours.
Le résultat tient autant aux yeux qu’aux jambes : il faut lever la tête, lire les murs, déchiffrer le territoire plutôt que sa montre. Se perdre, aussi — c’est prévu, c’est même un peu le but. Des énigmes jalonnent le parcours, sans rien de corsé : un prétexte à s’arrêter, à regarder, à réfléchir ensemble. L’an dernier, des groupes de parfaits inconnus s’étaient retrouvés à courir côte à côte pendant des heures, à se perdre ensemble dans un coin du bois de Vincennes, avant de se disputer les derniers mètres.
Tout, dans l’événement, traduit le même refus de la hiérarchie. Trois formats coexistent pour que personne ne reste sur le bord du chemin : le solo 50 km pour ceux qui veulent le défi entier, le duo 20 + 30 km pour se partager la distance, le relais 5 × 10 km pour les groupes. La première édition était gratuite ; cette année encore, les inscriptions sont restées très basses — « je veux pas que le prix soit un frein ». « L’objectif, ce n’est pas la performance, c’est l’aventure », résume-t-il. « L’aventure de je vais quelque part et je vais découvrir plein d’endroits que je ne connais pas en suivant juste des petits autocollants collés un peu partout. »
Voir plus grand
Etienne Multon ne compte pas en rester là. Il l’admet volontiers : il aimerait voir plus grand, et pourquoi pas travailler un jour avec la Ville de Paris. L’idée n’a rien d’incongru. En mai 2026, le maire Emmanuel Grégoire a confirmé travailler sur une course — « peut-être un marathon » — sur le boulevard périphérique, pour rapprocher Paris de ses communes limitrophes. La coïncidence est savoureuse : pendant que la Ville imagine, par le haut, un grand événement pour réconcilier Paris et sa banlieue, un coureur de 32 ans poursuit, par le bas, exactement la même intuition depuis deux ans — à coups d’autocollants et de bouche-à-oreille. Et l’on voit mal qui, mieux qu’Etienne Multon, connaît déjà par cœur ce que le périphérique sépare — et ce qu’il pourrait relier.
Ce que Paris cache encore à ceux qui croient le connaître
« J’ai envie de leur montrer que Paris est beaucoup plus joli que ce qu’ils pensent, et qu’il y a des endroits à découvrir dans une ville qui croit avoir déjà tout vu », dit Etienne Multon. Il s’adresse à ceux qui courent sur les quais depuis des années sans avoir jamais poussé jusqu’au bout du bois de Vincennes. À ceux qui rêvent d’un trail sans prendre le train pour Chamonix. À ceux qui cherchent une vraie aventure urbaine, de l’autre côté du périph’ ou juste au-dessus.
Pour s’informer de la prochaine édition du Tour de Paris : www.tour-de-paris.fr


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7 juin 2026 - Paris