Culture
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Le Petit Palais leur ouvre les portes. Elles avaient déjà les clés

Polonia Sokol, Stamina, 2025. Huile sur toile, triptyque monumental.

Le musée bouscule ses collections classiques pour faire place à treize artistes femmes contemporaines. Des artistes qui, pendant ce temps, sont en train de marquer le Grand Paris de leurs œuvres. Du Petit Palais au Grand Paris, il n'y a parfois qu'un mur.

Dès l’entrée, on est accueilli par L’Autoportrait au chien noir de Gustave Courbet. Le visiteur croit savoir où il va, il a tort. Juste derrière, une sculpture hyperréaliste représentant l’artiste Hélène Delprat elle-même brise le tempo et annonce la couleur : ici, le classique est une fausse piste. C’est le parti pris de l’exposition « Visages d’artistes, de Gustave Courbet à Annette Messager », présentée au Petit Palais jusqu’au 19 juillet 2026. Une centaine d’œuvres – peintures, sculptures, photographies, arts graphiques – mêlent chefs-d’œuvre incontournables et pièces exceptionnellement sorties des réserves, dont la galerie de bustes de peintres impressionnistes de Paul Paulin. Mais c’est le regard de treize artistes femmes contemporaines qui redistribue les cartes : Sophie Calle, Cindy Sherman, Nan Goldin, Claire Tabouret.

Le portrait et l’autoportrait deviennent alors des terrains d’expérimentation radicale. Annette Messager signe quatre-vingt-quatorze fois son nom : quatre-vingt-quatorze signatures toutes différentes. Sophie Calle confie à un détective le soin de la suivre une journée entière, photos et rapport d’enquête à l’appui : qui regarde qui ? Claire Tabouret, elle, peint son propre visage chaque jour depuis 2012, patient relevé du passage du temps – elle travaille en ce moment à toute une série de vitraux pour Notre-Dame de Paris, dont les premières esquisses à l’échelle étaient présentées à l’automne 2025. L’exposition déborde ensuite dans les collections permanentes avec deux commandes spéciales : une œuvre de Françoise Pétrovitch et un triptyque monumental d’Apolonia Sokol, où l’artiste se représente entourée de figures militantes et de ses assistantes. Le portrait comme acte collectif, pas comme repli sur soi.

L’exposition déborde ensuite dans les collections permanentes avec deux commandes spéciales : une œuvre de Françoise Pétrovitch et un triptyque monumental d’Apolonia Sokol, où l’artiste se représente entourée de figures militantes et de ses assistantes — le portrait comme acte collectif, pas comme solipsisme.

Du Petit Palais au Grand Paris 

Le Petit Palais entame une année entièrement consacrée aux femmes artistes, avant une monographie d’Eva Gonzalès et une carte blanche à Prune Nourry à l’automne. Un calendrier qui a tout d’un rattrapage, et qui tombe au bon moment. Pendant que le musée leur fait enfin place, ces mêmes artistes transforment physiquement le territoire : Prune Nourry avec une création monumentale pour la future gare de Saint-Denis–Pleyel, Claire Tabouret avec toute une série de vitraux pour Notre-Dame de Paris. Les murs du Petit Palais ne sont peut-être pas les plus grands qu’elles aient à investir.

Infos pratiques : exposition « Visages d’artistes, de Gustave Courbet à Annette Messager », Petit Palais, avenue Winston Churchill, Paris (8e). Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 18 h jusqu’au 19 juillet 2026. Plein tarif : 14 €, tarif réduit 12 €. Accès : métro Champs-Élysées–Clemenceau (lignes 1 et 13). Plus d’infos sur petitpalais.paris.fr

Hélène Delprat, Les (Fausses) Conférences, 2017. Mannequin à l’effigie de l’artiste en silicone et résine polyester.
Françoise Pétrovitch, Été, 2025. Huile sur toile
Claire Tabouret, Transformation Self-portrait, 2023. Acrylique sur toile, 100 × 81,3 × 2 cm

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