Au pied de la Grande Arche de la Défense, une porte s'ouvre dans le mur de soutènement de la dalle. Derrière : mille mètres carrés de béton, quatre artistes contemporains, et l'océan. « Sous l'horizon », premier volet des Extatiques 2026, se visite en groupe de neuf, casque sur les oreilles, lampe de poche à la main, lentement, dans le noir.

La promesse un peu folle qui nous est faite : plonger dans des fonds sous-marins… sous la Défense. Cela pourrait déstresser les cadres qui travaillent tout autour ! On était curieux et volontaires pour tester cette exposition immersive intitulée « Sous l’horizon » réunissant les œuvres de quatre artistes contemporains. C’est le premier volet de la saison d’art des Extatiques 2026, qui en comptera d’autres d’ici la fin de l’année. Nous avons rendez-vous au pied de la Grande Arche à la Défense, juste sous les manches à air rayées de Daniel Buren volant dans le vent. Une porte s’ouvre dans un grand mur de soutènement de la dalle, on s’y engouffre…
À l’intérieur, un petit sas à peine éclairé. Un casque et une petite lampe de poche nous sont remis. Par groupe de neuf, nous passons ensuite derrière un rideau opaque et pénétrons dans une semi-obscurité dans la « salle des Colonnes » : un espace vide sous la dalle mesurant mille mètres carrés, l’équivalent de cinq terrains de tennis.
Dans ce lieu tout en béton parsemé de piliers, des cloisons noires ont été installées et divisent l’espace. Pour se repérer, il faudra suivre un trait fluorescent au sol ou la guide qui nous accompagne. On écoute le bruit de la mer et de la voix de la chanteuse Emily Loizeau dans le casque, qui interprète un texte de Mariette Navarro assez new age mais où l’on glane des informations, mine de rien.
Ceci n’est pas un spectacle « immersif », mais contemplatif
Première halte devant une illusion de flaque d’eau au sol. Assez petite. Pour l’effet waouh, on repassera. Dans ce miroir apparaissent des nuées de points lumineux, des rassemblements de phytoplancton filmées par des satellites depuis l’espace. On entend alors poindre un crépitement, comme du crachin dru percutant l’eau : la retranscription sonore des échanges d’informations (à base de molécules chimiques) entre les microalgues. Un petit moment de poésie naît de cette pluie bruyante, une œuvre d’Antoine Bertin, 40 ans, artiste qui travaille sur la mise en sons de données et la narration musicale. Finalement, cette flaque est plus profonde qu’on ne le pensait…
À l’image de cette installation qui ne se donne pas d’emblée, l’exposition se découvre avec lenteur et demande un effort de concentration certain. On la déconseille donc aux familles avec enfants qui aiment se dépenser. Cela peut désorienter ceux qui ont l’habitude des effets spectaculaires et immédiats, par exemple des sons et lumière de l’Atelier des lumières.

On ne dévoilera pas toutes les œuvres (une petite demi-douzaine seulement) à découvrir au fil de l’eau dans la salle des mille colonnes réaménagée. On a apprécié les étranges animaux marins réalisés en verre avec des rebuts naturels et industriels recyclés par Ugo Schiavi, plasticien de 39 ans, pour sa Zone de minuit, soit ces eaux à mille mètres de profondeur où la lumière du soleil ne parvient pas.
La magie a opéré aussi lorsque nous nous sommes retrouvés en cercle, tous les neuf visiteurs, autour d’une sculpture en tubulure de verre assez tarabiscotée posée sur un socle. Chacun d’entre nous l’a prise et l’a secouée doucement (c’est du verre quand même) pour voir s’allumer légèrement dans les tubes, sous l’effet du mouvement, un organisme vivant, « Photobacterium Phosphoreum ANT-2200 ». Chacun a ensuite transmis à son voisin ce fragile réceptacle bioluminescent créé par Jérémie Brugidou, artiste-chercheur « paradisciplinaire » de 38 ans. Un rituel simple et puissant.
On est ressorti de l’exposition une demi-heure plus tard, après un passage d’écroule sur des poufs dans un cocon psychédélique peuplé de koris (des petits coquillages), imaginé par Shivay la Multiple, 33 ans. On n’a pas vraiment été sous l’océan. Mais on était bien loin de la Défense.
Infos pratiques : « Sous l’horizon », parvis de la Défense, au pied de la Grande Arche, au niveau de La Ronde des manches à air de Daniel Buren. Tarif : 9 €. Âge minimum : 10 ans. Accès : métro La Défense–Grande Arche (ligne 1). Plus d’infos sur parisladefense.com



À lire aussi : À Meudon, Rodin vivait avec l’amour de sa vie, des paons, des guenons et vingt-quatre ans de silence
À lire aussi : Six millions de Parisiens sous vos pieds. Et vous n’y êtes jamais descendus
À lire aussi : Au Père-Lachaise, les femmes illustres attendent qu’on leur rende visite
16 avril 2026 - Paris La Défense