
Paris, la Seine-Saint-Denis et trois intercommunalités viennent de signer le premier schéma directeur commun des canaux de l'Ourcq et de Saint-Denis. Au programme : pistes cyclables jusqu'à Meaux, quatre sites de baignade et des berges renaturées. De quoi transformer ces 130 kilomètres de voies d'eau en promenade métropolitaine.
En vous baladant le long du canal de l’Ourcq à Pantin, Bobigny ou Les Pavillons-sous-Bois, restez à moins de trois mètres du bord de l’eau : vous êtes techniquement à Paris. Les 130 kilomètres de canaux qui traversent la Seine-Saint-Denis appartiennent à la Capitale depuis que Napoléon les a fait creuser pour l’alimenter en eau potable et acheminer le blé de la Brie. Au-delà de cette bande de quelques mètres, vous voilà à Saint-Denis, Aubervilliers, Noisy-le-Sec. Bienvenue dans le millefeuille administratif grand-parisien.
Cette bizarrerie explique pourquoi, jusqu’ici, longer ces canaux relevait parfois du parcours du combattant. Chemins de halage boueux après la pluie, passages interdits aux vélos devant les cimentiers, pistes qui s’arrêtent net au pied d’un silo à granulats. Paris gérait seule, dans son coin, des kilomètres de berges traversant une dizaine de communes sans leur demander leur avis. Et côté Seine-et-Marne, une réglementation de 1932 interdit toujours formellement la circulation à vélo sur certains tronçons : il faut descendre de selle et pousser.
Ça vient de changer. Le 13 janvier, sur un bateau naviguant entre Pantin et Bobigny, Paris, le département de Seine-Saint-Denis et trois intercommunalités ont signé le premier schéma directeur commun des canaux. Désormais, les élus locaux auront leur mot à dire sur ce qu’on fait de ces 20 kilomètres de voies d’eau. Et ils ont des idées.
La Villette-Meaux à vélo (et un jour Paris-Strasbourg)
Aujourd’hui, on pédale de La Villette à Claye-Souilly sans trop de problèmes — 13 kilomètres où la nature efface progressivement la ville, du parc de la Bergère à Bobigny jusqu’aux frondaisons du parc de la Poudrerie à Sevran, ses 144 hectares de forêt et ses allées où on a tous appris à faire du vélo. Au-delà, le charme opère différemment : allées de peupliers le long des méandres, anciennes maisons d’éclusiers, et parfois un bunker de la Seconde Guerre mondiale pris dans les racines d’un arbre, comme à Marnoue-la-Poterie.
Le schéma directeur promet de prolonger la piste cyclable jusqu’à Meaux, dont la municipalité s’enthousiasme pour le projet. L’objectif s’inscrit dans la Véloroute européenne 52, qui reliera Paris à Strasbourg. À terme, 130 kilomètres de balade jusqu’à Silly-la-Poterie, dans l’Aisne, où le canal prend sa source. Avec au passage Crouy-sur-Ourcq et son ravissant petit port, Lizy-sur-Ourcq et ses gigantesques silos accolés à l’ancien port fluvial — et, dans le cimetière du village, les caveaux des grandes familles du monde forain : Bouglione, Zavatta.
Six nouvelles passerelles sont à l’étude pour franchir le canal de l’Ourcq côté Seine-Saint-Denis, qui coupe aujourd’hui Est Ensemble en deux. Après les passerelles Pierre-Simon Girard à Bobigny et Romy Schneider à Noisy-le-Sec, de quoi recoudre enfin les deux rives.
Quatre plages en projet (et des brochets revenus)
Le retour de la baignade, c’est peut-être la meilleure nouvelle. Quatre sites sont identifiés : Pantin et le bassin de la Maltournée à court terme, le Millénaire et le pont de Bondy ensuite. Les élus de Saint-Denis et d’Aubervilliers ont testé la Maltournée en septembre — verdict : l’eau serait excellente. On attend de voir, mais l’espoir est permis.
Les berges, elles, se renaturent discrètement. À Aulnay-sous-Bois, des frayères et des enrochements ont recréé un bout de rivière sauvage. Des brochets sont revenus dans la darse du fond de Rouvray, au parc de la Villette, où la pêche est désormais interdite. Et chaque année aux Pavillons-sous-Bois, la course de baignoires rappelle que le canal n’a pas attendu les urbanistes pour être un terrain de jeu — l’an dernier, deux concurrents particulièrement confiants dans leur embarcation se sont retrouvés à moitié submergés avant même le départ.
L’été, les navettes fluviales à un euro de Seine-Saint-Denis Tourisme transportent 25 000 passagers entre La Villette et le parc de la Bergère. De quoi vérifier que ce n’est pas parce qu’on fait partie d’une flotte qu’on flotte.
Bientôt à portée de Grand Paris Express
Les canaux vont devenir autrement plus accessibles. Aujourd’hui, on les rejoint par la ligne 5 (Bobigny, Pantin), le RER B (La Plaine–Stade de France) ou le RER E (Rosa Parks, d’où cinq minutes suffisent pour rejoindre les berges du canal Saint-Denis et son chat bleu peint sur un pilier de pont). Demain, la ligne 15 s’arrêtera au pont de Bondy, la ligne 16 à Sevran.
De quoi transformer ces voies d’eau en promenade métropolitaine — à pied, à vélo, ou bientôt les pieds dans l’eau. Et si vous poussez jusqu’à Meaux, ne manquez pas la réserve naturelle régionale du Grand-Voyeux à Congis-sur-Thérouanne : 200 hectares d’étangs et de roselières créés dans une ancienne carrière de sable, où les hérons vous toisent en silence. L’envert du décor, à 35 minutes de gare de l’Est.
Infos pratiques : À vélo, l’itinéraire est quasi continu de La Villette à Claye-Souilly (13 km, plat, accessible aux familles). Au-delà vers Meaux, certains tronçons restent officiellement interdits aux vélos côté Seine-et-Marne. À pied, les berges sont aménagées entre Rosa Parks et La Plaine côté canal Saint-Denis, et entre La Villette et Bobigny côté Ourcq. L’été, les navettes fluviales de Seine-Saint-Denis Tourisme relient La Villette au parc de la Bergère pour 1 euro. Accès : ligne 5 (Bobigny, Pantin), RER B (La Plaine–Stade de France), RER E (Rosa Parks). À venir : ligne 15 (Pont de Bondy), ligne 16 (Sevran).





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1 février 2026 - Paris