
Vous vous êtes réveillé cette nuit ? Vous n’êtes pas seul. Selon l’étude Somnibruit, publiée mi-décembre par Bruitparif et l’Observatoire régional de santé, 76 % des habitants de la zone dense francilienne – soit 8 millions de personnes, de Cergy à Melun, de Mantes à Meaux – dorment dans un environnement sonore supérieur aux 45 décibels recommandés par l’OMS. Et chaque année, 510 000 d’entre eux avalent des somnifères pour trouver le repos.
Scooter débridé rue d'Oberkampf, avion en approche au-dessus de Gonesse, rumeur ininterrompue du périph' à Gentilly… Pour la première fois, une étude prouve que le bruit pousse les Franciliens à avaler des somnifères. Bienvenue dans le Grand Paris, où la nuit n'est plus synonyme de silence.
« Les bruits courts, comme un scooter qui passe à toute vitesse en bas de chez vous et qui vous réveille pendant la nuit, les bruits diffus et continus qui vont diminuer la qualité du sommeil : tous ont un effet », explique Olivier Blond, président de Bruitparif. C’est la première fois qu’une étude française établit un lien aussi net entre bruit nocturne et consommation de médicaments. Si le seuil de l’OMS était respecté partout, 15 000 Franciliens pourraient se passer de cachets.
Du périph’ aux terrasses : la carte des nuits blanches
Le trafic routier reste l’ennemi numéro un. Il représente 61 % des impacts sanitaires liés au bruit dans le Grand Paris. Mais Olivier Blond pointe un phénomène moins connu : « Malheureusement, dans certains quartiers de Paris, le bruit lié aux bars et aux activités nocturnes est supérieur au bruit des voitures. » Oberkampf, Batignolles, Butte-aux-Cailles : la fête des uns fait l’insomnie des autres.
Côté ciel, la situation ne s’améliore pas. Roissy-Charles-de-Gaulle détient le record européen des vols de nuit, avec 160 mouvements en moyenne entre 22 heures et 6 heures. À Gonesse, Sarcelles ou Villiers-le-Bel, les riverains n’ont pas de répit. « Protéger le sommeil des citoyens est un enjeu sanitaire majeur, insiste Olivier Blond. Or l’impact négatif des nuisances sonores, la nuit, est encore trop souvent négligé. » Les associations réclament un couvre-feu total à Roissy, comme il en existe à Orly depuis 1968. Pour l’instant, elles attendent.
Le périph’ à 50 km/h, et après ?
Une bonne nouvelle quand même : depuis le passage du périphérique à 50 km/h en octobre 2024, le bruit a baissé de 3 décibels la nuit – ce qui correspond à une division par deux de l’énergie sonore perçue. « Le bruit des voitures a plutôt tendance à diminuer, reconnaît Olivier Blond. Sur le périphérique bien sûr, mais globalement les bruits de la route sont moins importants : on va moins vite, les voitures sont plus modernes. »
La transformation du périph’ en boulevard urbain n’est qu’un début. Des revêtements antibruit sont testés sur l’A6 et l’A4, et des urbanistes imaginent déjà la conversion des autoroutes aux portes de Paris en avenues plantées d’ici 2050. En attendant, Bruitparif déploie ses radars sonores « Hydre » pour verbaliser les véhicules dépassant 85 décibels – les deux-roues trafiqués en première ligne.
Reste une question que l’étude ne tranche pas : la sirène d’une ambulance a-t-elle le même effet sur votre sommeil que le pot d’échappement d’une moto ou qu’une terrasse animée ? « Les mécanismes restent mal connus, reconnaît Olivier Blond. Il faut encourager la recherche sur ce thème essentiel mais négligé. » En 2026, une nouvelle étude équipera 500 Franciliens de capteurs pour mesurer leur exposition réelle au bruit et leur qualité de sommeil. Avis aux cobayes volontaires.
Infos pratiques : L’étude Somnibruit a été menée par Bruitparif, l’ORS Île-de-France et l’unité VIFASOM de l’Université Paris Cité. Résultats publiés dans la revue Environmental Health.
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4 février 2026 - Grand Paris