Alors que l'expo du centenaire au Musée des Arts Déco est toujours aussi saturée qu'un RER A à l'heure de pointe à La Défense, signe que ce mouvement architectural cartonne toujours autant, on vous a imaginé un parcours dans le Grand Paris des années 1930. De Saint-Ouen à Vincennes en passant par Le Bourget, deux fins connaisseurs nous livrent leurs adresses fétiches.
Maurice Culot est architecte, urbaniste et fondateur des Archives d’Architecture Moderne à Bruxelles. Christian Barbaray est guide-conférencier et fin connaisseur du patrimoine architectural francilien. Tous deux nous avaient déjà embarqués dans un premier tour du Grand Paris Art déco (à relire ici). Ils reviennent avec cinq nouvelles étapes, de Saint-Ouen à Vincennes.
Saint-Ouen : la beauté d’une halle industrielle
Maurice Culot : « En quelques années, la ville de Saint Ouen a changé de visage. Bien que connue dans le monde entier pour ses onze marchés aux puces, la ville fut longtemps considérée comme une zone de service, une arrière-cour de Paris. Aujourd’hui, la ville est desservie par trois lignes de métro dont la superbe ligne 14 qui s’arrête au centre-ville, place de la République, face à la mairie. Au sortir de la station, on regardera deux magnifiques immeubles de logement Art déco qui bordent un côté de la place. On en profite pour jeter un coup d’œil à la patinoire, bâtiment emblématique des années 70 : c’est le Beaubourg de Saint-Ouen. Il sera prochainement restauré. Rue du Docteur-Bauer, on ne manquera pas la caserne des pompiers avec son musée des voitures des années 1920-1930. Magique. Retour place de la République d’où on peut se rendre au nouveau quartier des Docks, traversé par le cours des Lavandières aménagé comme un cours provençal. Celui-ci bute sur la halle Alstom, construite entre 1919 et 1924 : un gigantesque vaisseau de 200 mètres de long sur 65 de large et 15 de haut où on assemblait les trains. Aujourd’hui, la partie centrale est occupé par la Communale. Une alliance réussie entre la culture l’architecture, et la restauration conviviale. »
Infos pratiques : Pour découvrir le centre-ville et le quartier des Docks sous leur jour Art déco, rendez-vous à Mairie de Saint-Ouen (lignes 13 et 14).

Le Bourget : quand l’Art déco fait planer
Christian Barbaray : « En 1914, l’aéroport du Bourget est un petit terrain d’aviation militaire. C’est là qu’atterrit Lindbergh après sa traversée de l’Atlantique en 1927. L’inauguration de l’aérogare a lieu en 1937. Depuis 1981, il est dévolu à l’aviation d’affaires mais la circulation y est libre. L’occasion de découvrir ses belles façades, ses grandes salles aux allées ouvertes, une typographie qui semble presque flambant neuve. On peut aussi y admirer quelques belles sculptures, notamment, en façade, trois statues d’Armand Martial qui représentent les trois principales destinations au départ du Bourget : l’Afrique, l’Occident et l’Extrême-Orient. Seule aérogare des années 30 conservée en France, elle a été inscrite aux Monuments historiques en 1994. Rendre une visite au musée de l’Air et de l’Espace qui y est hébergé est un bon prétexte pour s’y rendre ! »
Infos pratiques : Aérogare du Bourget, à visiter dans le cadre d’une venue au musée de l’Air et de l’Espace, 3, esplanade de l’Air et de l’Espace, Le Bourget (93). Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 17 h (du 1er octobre au 31 mars) et de 10 h à 18 h (du 1er avril au 30 septembre). Tarifs : 17 € (plein tarif), 8 € (18-25 ans), 6 € (4-18 ans). Accès : gare du Bourget (RER B) puis bus 152 jusqu’à l’arrêt Musée de l’Air et de l’Espace. Plus d’infos sur museeairespace.fr
Vincennes : de la mairie à l’église
Christian Barbaray : « En termes d’Art déco, à Vincennes, il faut découvrir l’hôtel de ville ainsi que l’église Saint-Louis. L’hôtel de ville est un bâtiment mixte avec un ensemble néo-Renaissance très Troisième République et un intérieur ainsi qu’une extension édifiés dans un esprit Art déco en 1935. Ne manquez pas l’escalier monumental avec une très belle lumière. Si vous le pouvez, jetez un œil à la salle des Mariages : vous pourrez y admirer les peintures de Maurice Chabas qui évoquent l’histoire de Vincennes. On peut aussi y voir une fresque de 25 mètres de long représentant le lac Daumesnil. En face, l’église Saint-Louis constitue un édifice majeur de l’Art déco dans le Val-de-Marne. Totalement achevée en 1935, elle constitue un projet artistique total qui a mobilisé l’Atelier d’Art sacré avec des fresques signées du peintre Maurice Denis et des sculptures de Carlo Sarrabezolles. Quant à Raymond Subes, il a réalisé bon nombre des ferronneries. Bref, l’église Saint-Louis constitue un très bon concentré d’Art déco ! »
Infos pratiques : Hôtel de Ville de Vincennes, 53 bis, rue de Fontenay, Vincennes (94). Ouvert du lundi au mercredi de 8 h 30 à 18 h, le jeudi de 12 h à 19 h 30, le vendredi de 8 h 30 à 17 h et le samedi de 8 h 30 à midi. Accès : métro Château de Vincennes (ligne 1). Église Saint-Louis de Vincennes, 22, rue Fays, Vincennes (94). Ouvert du lundi au samedi de 8 h à 19 h, le dimanche de 10 h à 12 h 30 et de 18 h 30 à 20 h 15. Accès : métro Saint-Mandé (ligne 1).

Maisons-Alfort : apéro Art déco au bord de la Marne
Maurice Culot : L’église Sainte-Agnès, dont le clocher est visible depuis l’autoroute A4, est édifiée en 1936 à l’entrée nord de Maisons-Alfort. Située à côté de l’usine d’apéritif Suze, elle est construite grâce au mécénat de Fernand Moureaux, le patron de l’entreprise qui offre le terrain et 80 % du coût de construction. L’église est construite dans la foulée des Chantiers du Cardinal qui veulent lutter contre la diffusion du communisme dans la banlieue parisienne. L’architecte en est Marc Brillaud de Laujardiere qui, plus tard, participera à la reconstruction de la ville de Caen. C’est l’architecte attitré de Fernand Moureaux qui l’accompagne à Trouville dont Moureaux est le maire et le mécène. Pour des raisons de stabilité (on est au bord de la Marne) elle est construite en béton armé recouvert de dalle en pierre polie. L’intérieur est confié aux meilleurs artistes des années 30 : Raymond Subes réalise les grilles, Richard Desvallieres les fonts baptismaux, Paule Ingrand les fresques du chœur, et son époux, le maître verrier Max Ingrand, réalise les vitraux. À noter, à côté de l’église, avenue du Général-Leclerc, le mur de façade de l’usine de la Suze qui a été conservé et porte toujours les noms des villes de France ou la Suze avait des succursales.
À voir à proximité : le musée de l’École vétérinaire avec son effrayant cavalier écorché d’Honoré Fragonard réalisé vers 1770. La peau de l’homme et du cheval a été retirée pour montrer les organes, les tendons, le système vasculaire… le sang ayant été remplacé par un mélange à base de cire. Sublime mais pas recommandé avant de passer à table ! Puis, de l’église, on rejoint la Marne et sa superbe promenade qui longe de part et d’autre la rivière jusqu’à la passerelle piétons de Charentonneau d’où l’on plongeait dans l’Entre-deux-guerres. À côté de celle-ci, on peut trouver quelques restaurants de type guinguette, comme le Pavillon Bleu et chez Mansio, qui ont de belles terrasses. »
Infos pratiques : Église Sainte-Agnès, rue Nordling, Maisons-Alfort (94). Ouvert du lundi au vendredi de 7 h 30 à 19 h, le samedi de 8 h à 19 h, le dimanche de 9 h à 19 h. Accès : métro École vétérinaire de Maisons-Alfort (ligne 8).

Montrouge : un beffroi qui casse des briques
Maurice Culot : « Inauguré en 1933 d’après les plans de l’architecte Henri Decau, l’ancien centre administratif municipal doit son nom actuel à son remarquable beffroi de 45 mètres de haut qui offre une très belle vue sur Paris. Il a été doté en 2000 d’un carillon d’une quarantaine de cloches. C’est aujourd’hui un centre culturel et de congrès qui accueille le Salon d’art contemporain de Montrouge. Il est réalisé en brique rouge de Bourgogne et la façade principale est ornée de bas-reliefs de Louis Sajous qui célèbrent la danse et les arts. Les M stylisés de l’escalier d’honneur ont réalisées par le ferronnier d’art Edgar William Brandt. Les remarquables espaces intérieurs rénovés en 2012, dont le grand salon avec ses immenses lustres et son ambiance Ruhlmann, peuvent être loués par des particuliers pour des manifestations. Un rooftop – « la Canopée » – offre une terrasse panoramique aux beaux jours. Ne pas manquer le bar décoré d’une immense fresque du dessinateur de science-fiction Moebius (1938-2012). Extérieurement, le bâtiment est un reflet du style dit « Retour à l’ordre » qui, sous la pression nationaliste, choisit de se rapprocher des canons classiques, notamment d’affirmer la symétrie. Il est précédé d’un superbe parvis délimité par une série d’arcatures en brique abritant cafés et restaurants. »
Infos pratiques : Le Beffroi de Montrouge, 2, place Émile-Cresp, Montrouge (92). Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 12 h 30 et de 13 h 30 à 17 h 30, jusqu’à 19 h 30 le jeudi. Accès : métro Mairie de Montrouge (ligne 4).
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5 janvier 2026 - Le Bourget