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Codex Urbanus lâche ses monstres dans le musée de Minéralogie de Paris

Du château de Malmaison aux égouts de Paris, le street artist Codex Urbanus installe ses petites bêtes dans les lieux les plus improbables. Nouvelle étape : le musée de Minéralogie de l'École des Mines à Paris (6e), où ses créatures fantastiques dialoguent avec l'une des plus grandes collections de pierres au monde. Visite guidée d'un cabinet de curiosités fantasmagorique avec l'artiste qui finissait son installation.

Feutre prêt à dégainer, pull de laine motif tête de mort, collier en pâte d’alligator (100 % véritable !) et sourire amusé : Codex Urbanus a tout du gentil bandit. À quelques jours du vernissage, le street artist m’accueille au 3e étage de l’École des Mines, Posca à la main, au milieu de ses créatures en cours d’installation. Autour de lui, la quatrième collection de minéraux la plus fournie au monde — 2 900 espèces — attend ses nouveaux locataires.

Des marges de cahier aux murs de Montmartre

Celui qui a commencé à dessiner dans les marges de ses cahiers, en cours, puis en réunion, et qui a découvert le street art via l’animation de balades touristiques semble bien avoir trouvé sa pâte — ou ses pattes, quand on voit les créatures qu’il dessine à main levée. « Je n’ai pas fait de formation en dessin, j’ai juste commencé à dessiner sur les murs, et ça a été magique, explique-t-il, l’air songeur. Je connaissais mal le street art, j’avais des clichés dessus. Mais quand j’ai réalisé que c’était sur les murs qu’on retrouvait tout notre art, je n’ai jamais lâché. »

L’artiste qui manie aussi bien les feutres que les jeux de mots place d’entrée de jeu l’ambiance de son exposition, intitulée « Codex on the Rocks », comme une double référence aux pierres du musée et un clin d’œil aux verres de whisky (non dilué et avec un glaçon s’il vous plaît). Sur place, deux animaux fantastiques, cocktails à la patte, accueillent les visiteurs. Ils laissent la place à une petite trentaine de leurs semblables, tous sortis du grimoire imaginaire de Codex, et qui, eux, tiennent entre leurs mains l’une des sept formes cristallines. En guise de rondelle de citron, un diamant vient décorer leur verre, référence évidente au musée, mais aussi au street artist Le Diamantaire, un ami du dessinateur. Sur de grands panneaux noirs, que l’équipe finit d’installer quand je commence ma visite, les monstres prennent vie sous la main agile du street artist, qui les réalise sans croquis ni tracé préalable depuis quatorze ans. Il faut dire qu’après environ 800 dessins, pour la plupart dans les rues de Montmartre, le geste est maîtrisé, et les monstres colonisent l’espace à la vitesse de la lumière.

« En tant que street artist autodidacte, c’est impossible de mettre un pied dans un musée d’art contemporain pour y être exposé, explique-t-il. Mais en choisissant de me fondre dans certaines institutions, j’ai pu créer dans des endroits qui me faisaient rêver. »

Faire entrer le street art dans les institutions

Même si l’étiquette de street art ne s’applique pas complètement dans cet espace, car pour Codex, il se pratique « sans autorisation et dans la rue », on retrouve tout de même quelques techniques dans les œuvres exposées, notamment par l’utilisation de bombes de graff et celle de marqueurs pour les murs. Cette étiquette de street art, et son engouement depuis déjà plusieurs années, a en effet permis à l’artiste de créer en dehors des ruelles sombres : « En tant que street artist autodidacte, c’est impossible de mettre un pied dans un musée d’art contemporain pour y être exposé, explique-t-il. Mais en choisissant de me fondre dans certaines institutions, j’ai pu créer dans des endroits qui me faisaient rêver. »

Si Codex a pu proposer son art dans de nombreuses institutions, plus ou moins insolites — le château de Malmaison (Hauts-de-Seine), les égouts de Paris, le musée Gustave Moreau (9e), Sciences Po pour ne citer qu’eux —, cette exposition revêt un caractère particulier pour l’artiste issu d’une famille de scientifiques, qui le voit finalement passer lui aussi par l’École des Mines. Et perdurer dans son objectif final de faire entrer le street art dans les institutions. « Ça marque plus les gens que j’expose dans ce type de lieu qu’en festival ou dans la rue, indique-t-il. C’est souvent de ça qu’on me parle quand on me reconnaît. Pour moi, ça fait sens que les street artists soient aussi exposés dans des lieux historiques, car nous sommes aussi des enfants de l’histoire de l’art, nous aussi, on mérite notre place ici. »

Sur place, les animaux de Codex se fondent parfaitement dans l’architecture historique de la salle d’exposition et ses vitrines aux pierres paraissant venir d’une galaxie lointaine, donnant à la collection une dimension fantastique façon Terre du Milieu, sauce Donjons et Dragons. Les bêtes, invitées des lieux, ne font qu’un avec la collection exceptionnelle du musée de la minéralogie, où l’on trouve notamment une météorite, des pierres fluorescentes ou encore des kimberlites, azurites et pyrites à n’en plus finir.

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Un monde fantastique sous une bulle de verre

Sur place, Éloïse Gaillou, conservatrice du musée et gemmologue, met aussi la main à la pâte en accrochant elle-même certains panneaux noirs sur lesquels dessine ensuite Codex, dans une ambiance très conviviale, pressée par le vernissage, mais qui fait sentir qu’on a affaire à un véritable musée de passionnés. Dans les vitrines, le niveau de précision prend une autre tournure grâce à des agates dénichées par Romain Bolzoni, conservateur adjoint, qui a permis à Codex de dessiner directement sur des pierres. Cette réalisation sur les objets mêmes se retrouve à d’autres moments de l’exposition, notamment sur des tableaux, mais surtout sur des gravures de cristaux du XVIIIe siècle, sur lesquels se trouvent désormais de petits monstres flashy.

Juste à côté d’elles, des pierres, comme une nouvelle preuve de la passion des gérants du musée : « Ils sont allés retrouver chaque cristal correspondant à la gravure pour la présenter en vrai, explique Codex. C’est fou ! » Il ajoute : « En intervenant sur des objets historiques, je sais que j’ouvre un débat : est-ce que je bousille des documents ? Ou est-ce que je les magnifie ? C’est la même question qu’on retrouve dans la rue, entre des personnes qui considèrent le street art comme une dégradation ou au contraire comme un geste artistique qui sublime l’espace public. »

En tout cas, les fans de ce type d’œuvres seront servis, car avec un peu de patience il sera possible de se procurer l’une des œuvres présentées dès la fin de l’exposition sur l’Instagram de Codex. Un cadeau pour nerd idéal, surtout quand on sait qu’il est fait par un passionné. « J’espère que les gens seront sensibles au cabinet fantasmagorique qui me fait rêver, et à la magie des lieux que j’ai essayé de magnifier avec mes créatures », souhaite finalement l’artiste, sourire aux lèvres.

Infos pratiques : « Codex on the rocks », du 29 janvier au 27 juin 2026 au musée de Minéralogie de l’École des Mines de Paris (6e), 60 boulevard Saint-Michel, Paris 6e. Ouvert le mardi de 10 h à 12 h et de 13 h 30 à 18 h, le mercredi, jeudi, vendredi seulement l’après-midi. Le samedi de 10 h à 12 h 30 et l’après-midi de 14 h à 17 h. Accès : station Luxembourg (RER B). Tarifs : 7 €, 4 € en tarif réduit. Plus d’informations sur musee.minesparis.psl.eu

Codex Urbanus au Musée de minérologie de Paris. DR

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