Une expo / un resto. Le musée d'Art et d'Histoire Paul-Éluard célèbre les 400 ans du carmel de Saint-Denis à travers une exposition étonnante : des miniatures de cellules fabriquées par les religieuses elles-mêmes, parfois logées dans des coquilles d'œuf. À deux pas, la table À la louche réchauffe l'hiver dionysien.

Rue Gabriel-Péri à Saint-Denis, un fronton néoclassique frappé de la devise « Justice de paix » intrigue les passants. Derrière cette façade énigmatique : l’ancienne chapelle du carmel de Saint-Denis, convertie en temple de la Raison sous la Révolution. Le lieu est devenu en 1981 le musée d’Art et d’Histoire Paul-Éluard — ici sont hébergées les archives du poète né sur la commune. Pour célébrer le quadricentenaire de l’installation des carmélites dans ces murs, le musée leur consacre une exposition en trois volets : une série photo d’Hélène Mastrandréas sur la vie conventuelle, « Les voies du Carmel » où les carmélites de Montmartre racontent leur quotidien à travers des objets, et, le plus intrigant : « Dévoiler. Une vie en miniature».
Pour gagner la salle où se tient « Dévoiler », il faut longer un cloître. Au-dessus des portes, des phrases comme autant de viatiques rythmant la vie des sœurs. Et nous voici face à d’étonnantes miniatures : des modèles réduits de leurs cellules fabriqués par les religieuses elles-mêmes. Entre le XVIIIe siècle et la fin des années 60, ces réalisations étaient assez courantes dans les ordres féminins contemplatifs — carmélites déchaussées, franciscaines, bernardines. Les sœurs les envoyaient à leur famille afin que celle-ci puisse se représenter leur vie de prière et de clôture.
Une cellule dans un œuf de cane
En déambulant au milieu des vitrines, on est frappé par la diversité des modèles : ici, une sœur a reproduit son couvent en miniature. Là, une autre a représenté sa cellule dans une coquille de noix. Certaines réalisations relèvent de la gageure, comme ces cellules reconstituées à l’intérieur d’œufs de cane ou de poule. On se penche pour distinguer, dans un espace de quelques centimètres, un lit minuscule, un prie-Dieu, une table de travail — le tout façonné avec des bouts de tissu, des fragments de papier peint, des brindilles assemblées en mobilier. L’économie de moyens impressionne autant qu’elle émeut : ces femmes cloîtrées reconstituaient leur univers déjà dépouillé dans des contenants plus minuscules encore, comme une mise en abyme de l’essentiel. L’exposition présente même un nécessaire utilisé pour la fabrication de ces modèles réduits : mini-barreaux de chaise, affichettes destinées à orner les murs de ces dioramas.
Témoignages symboliques, ces miniatures sont aussi des objets de dévotion. Certains célèbrent Louise de France, fille de Louis XV, carmélite à Saint-Denis dont on poussait la béatification au XIXe siècle. Un autre met en scène sainte Thérèse de Lisieux en recourant à une photographie pour la représenter. Ce pan de l’exposition est modeste mais, rien que pour lui, le musée mérite le déplacement : ces réalisations sont touchantes, alliant une forme de naïveté à une vraie profondeur.
Le déjeuner d’après
Quelques minutes de marche et l’on pousse la porte d’À la louche. Saint-Denis ne manque pas de bonnes adresses (on les avait recensées ici), mais on avoue une sympathie particulière pour cet établissement ouvert l’année dernière par Julien Attal et son équipe. Dans une salle lumineuse réchauffée par des tables en bois, on déguste une cuisine traditionnelle légèrement bousculée. La carte change toutes les semaines. Comptez une vingtaine d’euros pour le menu midi.
Ce jour-là, on cède à l’appel d’œufs agrémentés d’une mayonnaise aux poireaux. Le croquant est assuré par des croûtons crousti-fondants, et le pain nous permet de ratisser allègrement cette mayo joliment herbacée. Même si le plat végé nous tentait, c’est l’appel du travers de porc qui a été le plus fort. Laqué, il est accompagné d’une compotée de chou rouge au raifort. Un bon plat d’hiver, généreusement servi, qui nous fait faire l’impasse sur le dessert — même si on laisse à regret l’œuf à la neige. On reviendra.
Car oui, on reviendra chez À la louche comme au musée Paul-Éluard — ne serait-ce que pour son incroyable apothicairerie, ses salles consacrées à la Commune et les œuvres de Francis Jourdain, artiste protéiforme passé de la peinture au design. Saint-Denis n’a décidément pas fini de livrer ses secrets.
Infos pratiques : musée d’Art et d’Histoire Paul-Éluard, 22 bis, rue Gabriel Péri, Saint-Denis (93). Ouvert du mardi au vendredi de 10 h à 17 h 30, le samedi de 11 h à 18 h 30, le dimanche de 14 h à 18 h 30. Tarif : 5 € (plein tarif) ; 3 € (tarif réduit) ; gratuit pour les moins de 26 ans. Accès : métro Saint-Denis Porte de Paris (ligne 13). Plus d’infos sur musee-saintdenis.com
À la louche, 44, rue de la Boulangerie, Saint-Denis (93). Ouvert du mardi au jeudi de midi à 14 h, le vendredi de midi à 14 h et de 19 h 30 à 22 h, le samedi de midi à 14 h 30 et de 19 h 30 à 22 h. Tél. : 09 83 09 02 09. Accès : métro Basilique de Saint-Denis (ligne 13), tram T1 arrêt Basilique de Saint-Denis. Plus d’infos sur Instagram


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3 février 2026 - Saint-Denis