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Des buttes du Parisis aux berges de Seine, sur le plus beau rooftop du Grand Paris

À deux pas de la gare d'Argenteuil, une quinzaine de kilomètres suffisent à transformer un bout de banlieue en terrain d'aventure. On grimpe sur les quatre buttes patiemment renaturées par Île-de-France Nature, on y déniche les panoramas les plus spectaculaires de toute la région — Montmartre, la tour Eiffel et La Défense alignés sur l'horizon —, on salue deux moulins au passage, avant de redescendre flâner au bord de la Seine.

Cette balade est proposée en partenariat avec Île-de-France Nature, gestionnaire de l’Espace naturel régional des Buttes du Parisis

La Butte d’Orgemont à Argenteuil. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Et si les plus beaux panoramas du Grand Paris se cachaient dans le Val-d’Oise ? Au départ de la gare d’Argenteuil, on grimpe dans les faubourgs, entre pavillons et venelles, sur les pentes de la butte d’Orgemont. La rumeur de l’A15, toute proche côté Argenteuil et Orgemont, accompagne ces premiers mètres – puis s’efface à mesure que l’on s’enfonce dans l’Espace naturel régional des Buttes du Parisis, ces 621 hectares que reconquiert et renature patiemment Île-de-France Nature. Très vite l’altitude fait son office : la tour Eiffel et La Défense surgissent dans le décor, et l’on comprend que ces collines sont les belvédères naturels du Grand Paris. On ne les quittera presque plus de la journée, avant d’atteindre la Seine en fin de parcours. 

Infos pratiques : Parcours d’environ 18 kilomètres depuis la gare d’Argenteuil (Ligne L) jusqu’à la gare de Sartrouville (RER A, ligne L). Dénivelé positif de 300 mètres. L’itinéraire est téléchargeable ici.

Quatre buttes ressuscitées

Première halte sur la butte d’Orgemont, où un vieux moulin rappelle le temps où le vent faisait tourner les meules au-dessus de la vallée ; déjà, le regard file vers tout l’Ouest parisien. On enchaîne vers le nord et la butte des Châtaigniers, point haut du parcours à 126 mètres. Deux écoles pour le sommet : l’escalier rectiligne de 365 marches, quatre minutes d’une grimpe qui confine à l’escalade, ou le chemin qui contourne en pente douce — au choix des mollets.

Là-haut, la récompense est la même, et elle est de fou : un tour d’horizon à 180 degrés où l’on traque Montmartre, la tour Eiffel et La Défense, depuis un belvédère d’acier Corten posé comme une passerelle au-dessus du vide. Île-de-France Nature a même semé des transats de bois sur la pelouse : on s’y allonge face aux tours de La Défense, et le mot « rooftop » cesse d’un coup de sonner comme une provocation. 

Reste à savoir qu’on prend ce bain de soleil sur une ancienne décharge. Car ce décor de carte postale est une reconquête : les quatre buttes du Parisis — Cormeilles, Sannois, Châtaigniers, Orgemont — ont longtemps été éventrées pour leur gypse, et certaines comblées d’ordures. Le sommet des Châtaigniers n’était qu’un entassement de gravats et de déchets ménagers ; Orgemont, presque tout entière bâtie de remblais. Île-de-France Nature les a rachetées par tranches, dépolluées, remodelées, replantées, puis ouvertes au public avec leurs belvédères et leurs sentiers, rendant aux collines ce qu’elles étaient avant l’ère industrielle : un grand poumon vert sur l’horizon nord de la Seine, maillon de la ceinture verte régionale entre la forêt de Montmorency et les coteaux de l’Ouest parisien.

A Argenteuil, 1000 ans d’Histoire de France tiennent dans un coude de Seine

La ville veille sur la Sainte Tunique, ce vêtement sans couture, tissé d’une seule pièce, que la tradition dit porté par le Christ lors de la Passion : Charlemagne l’aurait reçue de Byzance et confiée, vers l’an 800, à l’abbaye que dirigeait une de ses filles. Losqu’elle est exposée,  comme au printemps 2025, des centaines de milliers de pèlerins viennent du monde entier. Sur les coteaux prospérèrent ensuite l’un des plus vastes vignobles d’Île-de-France et un maraîchage réputé, du temps de l’asperge d’Argenteuil et de la figue cultivée à flanc de colline. Une activité qu’Ile-de-France nature essaye de relancer. Et puis, à partir de 1871, Claude Monet planta son chevalet sur les berges — le pont, les voiles, les régates, peints depuis son bateau-atelier. Avec Édouard Manet, Pierre-Auguste Renoir et Gustave Caillebotte, c’est sur le plan d’eau d’Argenteuil que l’impressionnisme s’est inventé en plein air.

Le pays du plâtre de Paris

Si ces buttes ont tant donné, c’est qu’elles recèlent l’un des plus riches gisements de gypse d’Europe. On y creuse depuis l’Antiquité, mais c’est en 1832 que la famille Lambert ouvre à Cormeilles-en-Parisis ce qui deviendra la plus grande carrière de gypse à ciel ouvert du continent, aujourd’hui exploitée par Placoplatre. Sous ces collines dort le mille-feuille géologique du Bassin parisien : calcaire, sable de Fontainebleau, marnes blanches et bleues, et surtout ces masses de gypse d’une pureté rare. C’est de là qu’est sorti le plâtre qui a blanchi les plafonds, les moulures et les façades de la capitale — au point que la langue anglaise désigne toujours le plâtre par l’expression « plaster of Paris ».

L’extraction à ciel ouvert a cessé en 2017 et se poursuit désormais en souterrain, tandis que la reconstitution du site, engagée dès 1990, se déroulera jusqu’aux années 2030, chaque tranche rendue à la nature venant agrandir le domaine des promeneurs.

La coulée verte, et l’étrange marina 

Passé Cormeilles-en-Parisis, le parcours quitte les hauteurs et s’engage dans une longue coulée verte qui dévale vers le fleuve. C’est l’un des plus beaux moments de la balade : on traverse des champs et des friches agricoles où les marguerites montent à hauteur de hanche sous les lignes à haute tension, on longe de jeunes plantations, et le ruban d’herbe se faufile jusqu’au cœur des quartiers neufs bâtis sur les anciennes emprises industrielles.

Et là surgit l’objet le plus déroutant de toute la randonnée : une marina. À l’emplacement de l’ancienne cimenterie Lafarge sur ces berges qui comptaient, au début du XXe siècle, parmi les grands ports de plâtre du fleuve, le quartier Seine Parisii a fait sortir de terre un vrai port de plaisance : cent cinquante anneaux, des vedettes amarrées au pied des immeubles, un pont de brique et des tourelles à toit pointu, dans un pastiche d’architecture balnéaire Belle Époque signé de l’architecte Xavier Bohl. Celui de Port-Cergy. 

À douze kilomètres de la Concorde, on y promet un morceau de Côte d’Azur échoué sur la Seine francilienne qui résume à lui seul la mue de ces rives, hier livrées au plâtre et au ciment, aujourd’hui rendues à la flânerie et à la plaisance. Encore quelques pas, et c’est la Seine, enfin. 

Ceci est une ancienne carrière de plâtre, sur la Butte de Cormeilles. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

La dernière carrière à ciel ouvert encore en exploitation a fermé il y a quelques années. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
En fin de parcours, dans la boucle de la Seine, la drôle de marina de La Frette, inspirée de Port-Grimaud et de Port-Cergy. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
En fin de parcours, dans la boucle de la Seine, la drôle de marina de La Frette, inspirée de Port-Grimaud et de Port-Cergy. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

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