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Un tunnel va (enfin) relier la Gare du Nord à la Gare de l’Est. Et à des terrasses uniques

Ce sera bientôt fini, le chaos de la rue du Faubourg-Saint-Denis, les valises qui cognent et les correspondances métro à rallonge. En mars 2027, un passage souterrain permettra de basculer d'une gare à l'autre en cinq minutes. Et à la sortie, une surprise : une rue-belvédère suspendue au-dessus des voies, avec vue sur le ciel parisien et ses humeurs.

Emprise ferroviaire de la gare de l'Est
Emprise ferroviaire de la gare de l’Est / Photographie © Jean-Fabien Leclanche pour Enlarge Your Paris

Ça fait des décennies qu’on en parle. Des décennies qu’on traîne nos valises sur 600 mètres pour relier la Gare du Nord à la Gare de l’Est. Et surtout, des décennies qu’on s’inflige la sortie côté rue du Faubourg-Saint-Denis : la cohue, les vendeurs à la sauvette, les voyageurs internationaux qui croisent ceux du quotidien, et puis les deux grandes artères à traverser avec leurs bus, leurs pistes cyclables, leurs voitures en pagaille. Sept à dix minutes de stress. Ou alors, on s’engouffre dans le métro – ligne 4 ou ligne 5 – pour une correspondance qui n’a rien de rapide non plus.

Eh bien cette fois, c’est parti. Un tunnel de 60 mètres est en cours de creusement pour relier la gare Magenta à la rue des Deux-Gares. À la sortie, un escalator permettra de descendre directement au niveau de la Gare de l’Est. Fini le chaos de surface. Fini le dénivelé avec les valises. Le tout en moins de cinq minutes.

On parle ici du cœur battant du Grand Paris ferroviaire : la Gare du Nord et ses 800 000 voyageurs par jour (la plus fréquentée d’Europe), avec le RER B, les lignes H et K, les TER vers l’Oise ; Magenta et son RER E ; et la Gare de l’Est avec la ligne P. Seine-et-Marne, Val-d’Oise, banlieue nord et est : tout le monde transite par là. Environ 150 000 personnes font ce trajet chaque jour.

Le chantier avance : un tiers du creusement est déjà réalisé. Pas de tunnelier ici – trop court, trop peu profond, avec des réseaux, des égouts et des fondations d’immeubles à éviter. Tout se fait à la main et au marteau-piqueur, comme un travail d’orfèvre. Ouverture prévue : mars 2027, en même temps que le CDG Express.

Et puis creuser sous la Gare de l’Est, c’est frôler tout un univers souterrain. Quelque part sous les ballasts dort un immense bunker construit par les Allemands pendant l’Occupation. Un peu plus loin, bien planqué, le centre de tir de la Suge, la police ferroviaire. Des mythes, des galeries oubliées. Le sous-sol parisien n’a pas fini de nous surprendre.

Mais le plus beau, c’est peut-être ce qui nous attendra à la sortie du tunnel. On émergera rue des Deux-Gares – ça ne s’invente pas –, une rue-belvédère perchée au-dessus des voies ferrées. Et là, d’un coup, on respire. L’été, les terrasses s’y déploient. On s’attable, bistrot bobo ou resto africain, il y en a pour tous les goûts. À deux pas, la rue d’Alsace et son escalier monumental, aperçu dans Le Clan des Siciliens ou Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Sur la droite, le Centre Pompidou en travaux salue de loin. Et au-dessus de nos têtes, le spectacle : un opéra de nuages, de couchers de soleil, d’orages soudains. Le ciel parisien qui change, toujours.

Les quartiers de gare, tout chaotiques qu’ils soient, ont aussi leur beauté ineffable. Ce tunnel va nous permettre de la redécouvrir.